L'or : que sait-on vraiment du potentiel aurifère du Maroc ?
Alors que l'or poursuit sa course effrénée sur les marchés mondiaux, franchissant durablement la barre historique des 5.000 dollars l'once, cet embrasement des prix réveille au Maroc une ambition ancienne. Mais quelle est la réalité du potentiel aurifère marocain et quelles ressources le Royaume peut-il effectivement mobiliser ?
Le cours de l’or poursuit sa flambée sur le marché mondial des métaux précieux. Malgré de légers replis et une phase de correction, le métal jaune se maintient toujours au-dessus du seuil des 5.000 dollars l’once.
Loin d'être une ascension éphémère, cette tendance s'appuie sur des facteurs structurels solides. Dans un climat d'incertitudes géopolitiques croissantes, notamment au Moyen-Orient, l'or confirme plus que jamais son statut de valeur refuge.
Au Maroc, cette envolée des prix relance le débat sur le potentiel aurifère de notre sous-sol. En effet, l’histoire minière du Royaume témoigne de grandes époques de production. Aujourd'hui, divers opérateurs explorent des prospects stratégiques avec l'ambition de restaurer l'âge d'or des mines marocaines.
Existe-t-il des réserves d’or au Maroc ?
Actuellement, la production nationale d’or repose principalement sur la mine de Tiouit, située dans la province de Tinghir, à quelques kilomètres au sud de Boumalne-Dadès. Sur ce site, l’activité se concentre sur le retraitement des stériles par des procédés de valorisation par cyanuration pour récupérer l’or contenu.
Bien que cette méthode permette de maintenir une activité, la production reste modeste et dépasse à peine une centaine de kilogrammes annuels. Toutefois, des programmes d'exploration sont actifs et visent à identifier, sur la base des avancées technologiques récentes, de nouveaux horizons miniers et à débloquer le potentiel latent de la zone.
Il est important de préciser que, si la production totale d’or du groupe Managem s’élève à environ 5 tonnes, celle-ci provient essentiellement de ses exploitations dans d'autres pays africains. Par conséquent, ce volume ne peut être comptabilisé comme une production strictement nationale.
Au niveau local, la production historique de Managem a marqué le pas avec l’épuisement des réserves d’or de la mine d’Akka. Ce site a depuis été reconverti dans l’exploitation du cuivre à partir des scories métallurgiques.
Pour rappel, la mine d'Akka avait connu ses heures de gloire entre 2002 et 2006, période durant laquelle la production annuelle était passée de 2,6 tonnes à 1,05 tonne, témoignant de l'importance passée de ce gisement pour l'économie minière du Royaume.
Même après la fermeture de la mine d’Akka, l’or était précédemment extrait en sous-produit de plusieurs mines, notamment du cobalt et d’argent. Ce qui a maintenu une production modeste ne dépassant quelques dizaines de kilogrammes.
Le Maroc peut-il envisager la découverte de nouveaux gisements aurifères ?
L’investissement dans des projets d’exploration aurifère est particulièrement risqué comparé à d’autres métaux critiques, en raison des caractéristiques chimiques spécifiques de l’or.
L’examen de la carte des indices miniers révèle une trentaine d’indices aurifères au Maroc, répartis principalement dans les régions du sud et de l’est du pays (Guelmim, Aousserd, Tata, Tinghir, Errachidia…), et plus de six entreprises développent actuellement des projets liés à l’exploration de l’or.
Même si les réserves d’or connues semblent s’épuiser, les secrets du sous-sol pourraient en révéler de nouvelles, surtout avec les avancées technologiques récentes dans les méthodes d’exploration minière.
Il est pertinent de rappeler que la mine de Tiouit, découverte pendant la période du protectorat français, ne l’a été qu’à la suite d’une exploitation de plomb et de cobalt, qui livrait l’or et l’argent comme sous-produits.
Les projets d’exploration les plus prometteurs
Dans la région de Tinejdad, le projet de la mine de Boumadine, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2030, devrait marquer un tournant. L'exploitation portera sur un concentré polymétallique de plomb et de zinc, fortement enrichi en argent et en or.
Actuellement, ce type de produit est principalement convoité par les fonderies chinoises, seules capables de séparer efficacement les quatre métaux pour produire de l'or et de l'argent natifs.
Toutefois, la création d'une fonderie marocaine couplée à la mine de Boumadine est actuellement à l'étude et en négociation. Elle permettrait non seulement d'améliorer la rentabilité globale du projet, mais aussi d'assurer, à court terme, une production locale d'or raffiné.
Sur le front de l'exploration, la compagnie Stellar AfricaGold a récemment publié des résultats positifs issus de la campagne de forage de son projet Tichka Est. Ces travaux confirment une minéralisation aurifère atteignant 6,12 g/t, concentrée au sein de diorites fracturées et de zones d'altération carbonatées. La compagnie prévoit de poursuivre ses forages afin d'affiner l'estimation des ressources avant de lancer les études de viabilité économique.
Faisant l'objet d'une promotion actuelle par le ministère de la Transition énergétique, la région minière de Tafilalet et de Figuig recèle également d'un potentiel aurifère encore à explorer. Si elle est historiquement réputée pour sa richesse en plomb, des indices aurifères prometteurs sont attestés, notamment dans le gîte minéral de Tamelalt, près de Bouarfa. Cette dernière a fait l'objet d'une exploitation artisanale pour la barytine avant la découverte d'une minéralisation de cuivre, qui a également permis de constater la présence d'indices aurifères.
De son côté, l’ONHYM poursuit la promotion de plusieurs projets stratégiques via un programme de développement visant à réduire le risque minier pour les investisseurs, notamment à travers deux projets aurifères situés aux environs de Tafraout. Il s'agit du site d'Afoud, qui présente des teneurs allant jusqu’à 5,8 g/t, et de celui de Tizeggouine-Moumjjoud, dont les teneurs peuvent atteindre 27 g/t.
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