Exportations : pourquoi le textile marocain commence à reculer en Europe
Le marché européen reste le principal débouché du textile-habillement marocain, mais la concurrence s'est durcie en 2025 avec la montée en puissance des pays asiatiques. Les parts de marché du Maroc s'érodent légèrement, une évolution partiellement amortie par sa forte dépendance à des donneurs d’ordre comme Inditex.
À titre d’illustration, les importations européennes progressent, en valeur, de 88,15 milliards d’euros en 2024 à 90 milliards en 2025, tandis que les importations en provenance du Maroc restent quasi stables, passant de 2,736 à 2,728 milliards d’euros.
Mécaniquement, la part de marché recule de 3,10% à 3,03% sur un an. Le Maroc tient sa place, mais ne capte pas la croissance du marché.

Depuis l’instauration de droits de douane par l’administration Trump visant plusieurs pays asiatiques, leaders mondiaux du textile-habillement, ces derniers ont renforcé leur présence sur le marché européen, mettant sous pression les parts de marché du Maroc.
Cela se reflète dans les exportations marocaines de textile-habillement (hors maroquinerie), qui ont accusé une baisse de 4,7% entre 2024 et fin 2025.
Dans le même sens, les données d’Eurostat laissent apparaître une recomposition des parts de marché.
Entre 2024 et 2025, voici les gagnants en parts de marché :
- le Bangladesh : 0,78 point, à 21,57% ;
- le Cambodge : 0,54 point, à 4,99% ;
- le Pakistan : 0,30 point, à 4,29% ;
- l’Inde : 0,27 point, à 5,02%.
À l’inverse, d’autres pays ont cédé des parts :
- la Turquie : -1,34 point, à 9,27% ;
- la Tunisie : -0,14 point, à 2,36% ;
- le Maroc : -0,08 point, de 3,11% à 3,03%.
Quand la concentration devient un amortisseur conjoncturel
L’Espagne, premier marché du Maroc, illustre le rôle d’amortisseur joué par ce débouché. En 2025, le Maroc représente 11,9% des importations espagnoles de vêtements et s’impose comme le troisième fournisseur, derrière la Chine et le Bangladesh.
En valeur, les achats espagnols auprès du Maroc progressent légèrement, de 1,66 en 2024 à 1,69 milliard d’euros en 2025, soit une progression de 1,8% sur un an.
La forte dépendance des exportations marocaines à l’Espagne et à des donneurs d’ordre majeurs comme Inditex, qui concentrent plus de 60% des exportations de textile-habillement, constitue un risque en temps normal, car elle expose le secteur à un choc sur un pays, un client ou un modèle de commande.
Mais dans la conjoncture actuelle, cette concentration a aussi joué un rôle stabilisateur. L’existence d’un noyau de commandes relativement prévisible a permis d’amortir les à-coups de la demande et de limiter l’érosion des parts de marché, au moment où la compétition s’intensifie en Europe et où les arbitrages des donneurs d’ordre deviennent plus sensibles au prix.
Ce mécanisme a toutefois un revers. Il réduit la marge de manœuvre pour élargir le portefeuille de clients, monter en puissance sur d’autres marchés européens et diversifier les débouchés, autant de conditions nécessaires pour sortir durablement d’une stagnation et transformer la résilience actuelle en dynamique de croissance.
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