Guerre au Moyen-Orient. La charge de compensation pourrait dépasser 20 MMDH en 2026
La guerre au Moyen-Orient renchérit l’énergie, le fret et l’assurance, ce qui augmente le coût des produits subventionnés au Maroc. Ce choc menace de faire déraper la Caisse de compensation au-delà des 13,8 MMDH prévus dans le budget 2026. Selon des scénarios de hausse des coûts, la facture pourrait atteindre entre 20 et 21 MMDH pour les finances de l’État.
La guerre au Moyen-Orient peut entraîner plusieurs répercussions sur l’économie marocaine. Le mécanisme s'apparente à un effet domino déclenché par une tension sur l’énergie.
La structure de l’économie marocaine atténue une partie du choc pour le consommateur final sur certains produits encore subventionnés par l'État. La Caisse de compensation, malgré la réforme engagée en juillet 2024 puis gelée, demeure l’un des principaux amortisseurs.
La compensation porte essentiellement sur le gaz butane, le sucre et la farine nationale de blé tendre (FNBT).
Le scénario d’un retour vers 20 MMDH
En 2025, la consommation de gaz butane est estimée à environ 2,9 millions de tonnes, pour une charge de compensation de 12,8 MMDH. Pour le sucre, la consommation annuelle ressort à 1,3 Mt, avec une charge de 5,1 MMDH. Le blé tendre représente environ 1,32 MMDH.
Alors, combien la guerre au Moyen-Orient pourrait-elle coûter en plus à la Caisse de compensation ? Médias24 présente ses estimations.
Nous estimons la charge supplémentaire de compensation sur la base de trois scénarios de hausse des prix par rapport à ceux de 2025 : 10%, 15% et 20% appliqués seulement au gaz butane et au sucre. Le blé est supposé inchangé et n’entre pas dans la simulation, compte tenu des précipitations enregistrées au Maroc et du poids relativement marginal de ce poste dans la charge globale de compensation (environ 6%).
La charge totale de compensation observée en 2025 ressort à environ 19,2 MMDH, alors que la loi de finances 2026 prévoit une enveloppe de 13,8 MMDH. Il existe donc, avant même tout choc de prix, un écart initial d’environ 5,4 MMDH entre le niveau de dépense observé en 2025 et le montant budgété pour 2026.
Dans ces conditions :
- Scénario 10% : la hausse de prix accroît la charge d’environ 1,8 MMDH par rapport à 2025, portant la compensation à 20,9 MMDH. Le surcoût par rapport à l’enveloppe 2026 est alors d’environ 7,2 MMDH, soit 5,4 MMDH d’écart initial auxquels s’ajoutent 1,8 MMDH d’effet prix.
- Scénario 15% : l’effet prix est d’environ 2,7 MMDH, ce qui porterait la charge de 21,9 MMDH. Le surcoût total par rapport au budget 2026 atteindrait ainsi environ 8,1 MMDH.
- Scénario 20% : l’effet prix serait d’environ 3,6 MMDH, soit une charge totale de 22,8 MMDH. Le surcoût par rapport à l’enveloppe prévue en 2026 avoisinerait alors 9 MMDH.
Autrement dit, la charge de compensation se situerait entre 20 et 21 MMDH. Ce niveau est cohérent avec l’historique récent, puisque des montants comparables ont déjà été observés lors des chocs du Covid-19 puis de la guerre en Ukraine.
Nos scénarios ne décrivent donc pas un cas extrême, mais un ordre de grandeur déjà atteint lorsque les tensions internationales se prolongent et renchérissent les coûts des produits subventionnés.
Un risque de dérapage pour la Caisse de compensation
La loi de finances 2026 prévoit une enveloppe de 13,8 MMDH pour la Caisse de compensation, calculée sur la base d’hypothèses de prix relativement détendus, voire plus favorables que ceux observés en 2025, notamment pour le pétrole, le gaz et le sucre.
D’après les données sur les charges de compensation entre 2017 et 2025 analysées par Médias24, les montants prévus par la loi de finances ont, la plupart du temps, suffi. Les écarts apparaissent surtout pendant la période Covid, puis avec le choc des prix provoqué par la guerre en Ukraine.
Si le conflit actuel devait durer et continuer de renchérir l’énergie et la logistique, 2026 pourrait ressembler davantage à ces années hors norme.
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Ces estimations doivent toutefois être interprétées avec prudence. Les volumes consommés en 2025 ont été estimés à partir des données observées entre janvier et août, annualisées, en supposant que le rythme de consommation reste stable sur les quatre derniers mois de l’année. Les calculs supposent également que les volumes de consommation restent proches de ceux de 2025.
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