Shahed-136 : ce drone “low-cost” qui affaiblit les capacités de riposte américaines
Devenu la pièce maîtresse de la stratégie d’usure iranienne, le drone Shahed-136 bouleverse les équilibres militaires.
Dans la vaste famille des drones Shahed, qui compte une dizaine de modèles allant de la reconnaissance à l'attaque, le Shahed-136 s'est imposé comme le "game changer" absolu. Selon notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, cet engin redéfinit les doctrines militaires mondiales par sa capacité à transformer un conflit en une équation financière insoluble pour les puissances occidentales.
Le Shahed-136 est une munition rôdeuse capable de voler à une vitesse moyenne de 180 km/h et d'atteindre théoriquement des cibles à 1.000 km de distance. "Son point fort, c'est sa capacité à voler à très basse altitude, ce qui le rend indétectable par les radars terrestres", explique Harifi.
Cette furtivité impose un mode d'interception complexe. Dans le Golfe (Émirats, Koweït, Qatar, Bahreïn), l'essentiel du travail est effectué par l'aviation et non par la défense aérienne au sol. Cette dernière n'intervient qu'au dernier moment, ce qui explique pourquoi les dégâts sont souvent causés par les débris à proximité immédiate des cibles.
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les missiles balistiques qui ont causé le plus de dommages en Arabie saoudite, au Qatar ou à Bahreïn. "La majorité des cibles qui ont été touchées par les attaques iraniennes, c'était à cause de ces drones et pas à cause des missiles balistiques", souligne Abdelhamid Harifi.
L'Iran a anticipé ce conflit en produisant ces engins en masse depuis des années. Les cibles sont stratégiques : bases aériennes — comme Nevatim ou Ramon en Israël —, infrastructures de renseignement, mais aussi complexes énergétiques et terminaux pétroliers dans le Golfe. L'objectif est de perturber l'économie mondiale, créer un effet de saturation, non seulement lors d'une attaque, mais aussi dans la durée, et affaiblir ainsi les capacités de riposte alliées à moindre frais.
C'est ici que le bât blesse pour Washington. Pour contrer un drone à 20.000 euros, les États-Unis utilisent des missiles Patriot coûtant 1,5 million d’euros l'unité, fragilisant ainsi les réserves américaines.
Face à cet épuisement des stocks, le président Donald Trump a pris la décision de solliciter l'aide de son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky. L'Ukraine, qui intercepte plus de 90 % de ces drones (fournis par l’Iran à la Russie) grâce à des drones intercepteurs (une technologie low-cost), possède désormais un savoir-faire que Washington souhaite s'approprier pour protéger ses propres bases au Moyen-Orient.
Une capacité iranienne intacte ?
Malgré les rapports médiatiques suggérant une baisse des capacités d'attaque iraniennes, Abdelhamid Harifi reste prudent : "Parler d'une baisse des capacités des Iraniens à faire mal est pour le moment très prématuré".
Il note également que certaines attaques récentes contre les Émirats n'ont pas été totalement répertoriées dans les suivis habituels, suggérant que la menace reste entière.
Face à ce constat, le Maroc a pris une avance stratégique. Le Royaume ne se contente plus d'observer : il implante des usines pour la production locale de munitions rôdeuses.
L'ambition marocaine est double selon l'expert :
- Le transfert de technologie pour copier et adapter des modèles proches du Shahed.
- L'innovation nationale avec le développement de solutions "maroco-marocaines".
En plaçant la munition rôdeuse en tête de ses priorités, le Maroc s'aligne sur une réalité mondiale : aujourd'hui, la puissance d'une armée ne se mesure plus seulement à ses avions de chasse, mais à sa capacité à mener (et contrer) cette nouvelle "guerre de récession" aérienne.
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