Crise énergétique. Face aux tensions au Moyen-Orient, le gaz russe revient dans le jeu
La montée des incertitudes sur les marchés pétroliers et gaziers contraint plusieurs puissances à revoir leurs priorités en matière d’approvisionnement. Une évolution qui pourrait aussi avoir des répercussions sur les économies dépendantes des importations d’énergie, à commencer par le Maroc.
L’Europe pensait avoir engagé une sortie progressive de la dépendance énergétique qui l’avait fragilisée depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Avant la guerre, la Russie représentait environ 45% des importations de gaz de l'Union européenne (UE). Cette part est aujourd’hui tombée autour de 12%.
Cependant, la situation actuelle du marché énergétique impose une autre réalité.
Quand la sécurité énergétique prime sur les sanctions
Sur le plan politique, Bruxelles a même adopté une réglementation visant à éliminer totalement les importations de gaz russe d’ici 2027. Cette stratégie reposait sur une diversification accélérée des approvisionnements, un recours massif au GNL et une réduction drastique des importations d’hydrocarbures russes.
Or, la guerre en cours au Moyen-Orient, marquée par des tensions sur les routes maritimes et des perturbations de l’offre, crée un contexte où le maintien strict des sanctions pourrait devenir coûteux pour les économies occidentales elles-mêmes.
Les États-Unis, l’Europe et de grands pays importateurs d’énergie, comme l’Inde, doivent désormais choisir entre le maintien de leurs sanctions et la sécurité de leur approvisionnement énergétique.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a annoncé une dérogation temporaire autorisant les raffineurs indiens à acheter du pétrole russe déjà en transit sur les marchés internationaux. Cette autorisation, valable 30 jours, du 5 mars au 5 avril 2026, ne concerne que les cargaisons déjà en mer.
Dans la même logique, certains gouvernements et acteurs énergétiques cherchent à sécuriser des volumes supplémentaires de gaz russe avant l’entrée en vigueur complète des restrictions européennes. La Slovaquie illustre clairement cette dynamique. Son entreprise publique SPP est actuellement en discussion avec Gazprom pour augmenter ses importations de gaz russe en 2026 et 2027, avant l’application totale de l’interdiction européenne.
Ces décisions reflètent un assouplissement pragmatique de la position occidentale vis-à-vis du pétrole et du gaz russes, d’autant plus que plusieurs perturbations potentielles de l’offre s’accumulent.
Le choc énergétique
Le Brent se négociait autour de 90$ le baril au moment de la publication de cet article. Sur le marché européen, le gaz naturel dépasse les 52 €/MWh, soit une hausse de plus de 60% en une semaine, reflet des inquiétudes liées aux perturbations des flux énergétiques au Moyen-Orient.
De même, le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL, a suspendu ses exportations. Or, près d’un cinquième du commerce mondial de GNL transite par la région du Golfe. Même en cas de reprise, un redémarrage ne serait pas immédiat, puisqu’il faudrait environ un mois de maintenance avant de relancer la production.
Une interruption prolongée des exportations qataries pourrait donc réduire l’offre disponible sur le marché mondial et pousser les prix à des niveaux difficiles à soutenir, notamment en Europe, où la libéralisation des marchés de l’énergie implique que les hausses de prix se répercutent directement sur les consommateurs.
Dans le même temps, l’Irak a indiqué qu’il réduisait sa production d’environ 1,5 million de barils par jour. Cette baisse s’explique par la saturation des capacités de stockage, elle-même liée à l’impossibilité d’acheminer les cargaisons en raison du blocage du détroit d’Ormuz.
Par ailleurs, le Koweït et les Émirats arabes unis pourraient également réduire leur production. L’accumulation de ces baisses, à la fois sur le pétrole et sur le GNL, pourrait provoquer un choc significatif sur les marchés. Les prix pourraient alors dépasser les niveaux observés au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine.
Qu’en est-il du Maroc ?
Au Maroc, les premières répercussions sont attendues dans les prochains jours à travers la hausse des prix à la pompe. Le pays étant intégralement connecté au marché mondial des hydrocarbures, tout choc sur les cours internationaux finit par se transmettre au marché intérieur.
Il reste toutefois difficile d’évaluer précisément l’exposition du Maroc. Les informations publiques sur l’origine des approvisionnements, leur répartition par fournisseur et les marges de substitution réellement disponibles restent insuffisantes. Ainsi, toute conclusion sur le degré de vulnérabilité immédiate du pays relèverait de la spéculation.
Cependant, la vraie question est celle du stockage. Plus que l’origine des approvisionnements, c’est la capacité du pays à absorber un choc temporaire qui devient décisive. Or le niveau effectif des stocks stratégiques et leur couverture réelle restent flous. Dans le contexte actuel, ce manque de visibilité constitue en lui-même un facteur de risque.
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