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Le congressman Joe Wilson à Médias24 : “Inscrire le polisario sur la liste terroriste aidera à instaurer la paix”

INTERVIEW. Principal promoteur au Congrès américain du projet de loi visant à classer le polisario comme organisation terroriste, l’élu républicain de Caroline du Sud estime que cette initiative pourrait contribuer à rapprocher le Maroc et l’Algérie, tout en limitant l’influence de l’Iran et de la Russie dans la région.

Portrait du congressman américain Joe Wilson évoquant le classement du Polisario comme organisation terroriste
Joe Wilson.
Par
Le 9 mars 2026 à 19h26 | Modifié 10 mars 2026 à 16h00

Et un député de plus.

Introduit le 24 juin 2025 dans le circuit législatif américain, le projet de loi H.R. 4119, visant à désigner le mouvement séparatiste du polisario comme organisation terroriste, ne cesse d'accumuler les soutiens des "lawmakers" au sein du Congrès. Dernier d'entre eux, Don Bacon.

Comme le détaille le site du Parlement des États-Unis, cet élu républicain du deuxième district de l'État du Nebraska a rejoint, le 3 mars 2026, une liste de huit cosponsors qui compte déjà dans ses rangs Jimmy Panetta (démocrate, Californie), Mario Diaz-Balart (républicain, Floride), Jefferson Shreve (républicain, Indiana), Randy Fine (républicain, Floride), Lance Gooden (républicain, Texas), Pat Harrigan (républicain, Caroline du Nord) et Zachary Nunn (républicain, Iowa). Sans compter, bien sûr, le sponsor principal, Joe Wilson.

Joe Wilson en première ligne

Membre depuis décembre 2001 de la Chambre des représentants, où il représente le deuxième district de la Caroline du Sud pour le compte du Parti républicain, Addison Graves Wilson Sr., de son nom complet, est actuellement le pire cauchemar pour le front algéro-polisarien sous les lambris parlementaires américains.

Déjà, il s'était trouvé dans le viseur du voisin de l'Est au moment de participer au lancement, en mai 2013, du Congressional Morocco Caucus, un groupe informel bipartisan du Congrès dont il est depuis lors le coprésident et qui a pour but de promouvoir et de renforcer les relations entre les États-Unis et le Maroc. Mais le dépôt, par ses soins, du projet de loi H.R. 4119 en a fait une cible encore plus régulière de la machine de propagande d'Alger.

Paradoxalement, et cela Médias24 le déduit de l'échange qu'il a eu avec lui, Joe Wilson n'a pas de sentiments anti-algériens. Au contraire, son souhait est qu'un jour l'Algérie aussi, et ce à l’instar du Maroc, puisse consolider sa relation avec Washington. "La désignation du polisario aidera le président Trump dans ses efforts pour instaurer la paix entre le Maroc et l’Algérie, en rapprochant l’Algérie des États-Unis et en l’éloignant du [président russe Vladimir] Poutine", plaide notre interlocuteur.

Car le constat de Joe Wilson est, à cet égard, sans appel : aujourd’hui, "la campagne menée par le polisario contre le Royaume du Maroc a créé une brèche exploitée par des acteurs malveillants comme la Russie et l’Iran", martèle celui qui, selon ses propres mots, s'est donné pour mission de "défendre la lutte contre la Russie, l’Iran et leurs relais à travers le monde, notamment en Afrique du Nord".

Cet argumentaire, on le trouvait déjà, en partie, dans le projet de loi H.R. 4119. Car bien évidemment, ce dernier devait bien s'appuyer sur des faits vérifiables et vérifiés pour pouvoir gagner en soutien au niveau du Congrès — comme c'est le cas en ce moment.

Le nœud du dossier : l’Iran

Par rapport à la Russie en particulier, le texte ne s'y attarde pas vraiment ; tout juste dispose-t-il qu'au plus tard 180 jours après l’entrée en vigueur de la loi, le secrétaire d’État devra soumettre aux commissions compétentes du Congrès un rapport sur le polisario comprenant notamment une description de ses relations, soutiens, financements et associations avec Moscou. Mais il avait été extrêmement disert sur les liens interlopes polisario-Iran, dont les origines vont pratiquement jusqu'à la soi-disant "révolution islamique" de 1979.

"Le polisario entretient un historique documenté de liens idéologiques et opérationnels avec l’Iran, État considéré comme soutenant le terrorisme, remontant au moins à 1980, lorsque des combattants du polisario ont publiquement posé avec des portraits de l’ayatollah Rouhollah Khomeini afin d’acquérir une crédibilité révolutionnaire et d’attirer le soutien iranien", rappelle le projet de loi par rapport à un fait que, à l'époque, l'agence de presse américaine AP avait parfaitement documenté.

Dans les années récentes, poursuit le projet de loi, le polisario a reçu dans sa base arrière de Tindouf, en Algérie, des instructeurs du Hezbollah — raison, parmi d'autres, pour laquelle Rabat avait finalement choisi de rompre en mai 2018 avec Téhéran, dont c'est un secret de polichinelle que la célèbre organisation chiite libanaise n'est qu'un faux-nez. Et il se trouve surtout qu'un de ces instructeurs, Ali Musa Daqduq, non désigné nommément dans le projet de Joe Wilson, avait aussi attenté, par le passé, aux intérêts des États-Unis en prenant part à la planification de l’attaque du 20 janvier 2007 contre le centre de coordination de Karbala (Irak), suite à quoi cinq soldats américains avaient été tués.

En outre, le projet de loi H.R. 4119 met également en exergue les menaces, proférées en septembre 2022 par le "ministre" de l'Intérieur du polisario, Omar Mansour, d'avoir recours à des drones iraniens, ou encore la participation du mouvement, rapportée le 12 avril 2025 par le quotidien américain The Washington Post, au théâtre de la guerre en Syrie aux côtés des autres milices pro-iraniennes. Autant d'éléments qui, pris ensemble, laissent comprendre qu'il y a vraiment l'idée, du côté des mollahs iraniens, de faire du polisario les "Houthis de l'Afrique de l'Ouest", comme en avertissait le sénateur Ted Cruz le 3 février 2026 au Congrès.

Soit dit en passant, cet engagement de Ted Cruz afin de désigner le polisario pour ce qu'il est réellement, à savoir une organisation terroriste, fait dire à Joe Wilson que c'est bel et bien "une dynamique" qui est actuellement à l'œuvre au Capitole, siège du Congrès. "Il existe au Congrès un fort soutien en faveur de la stabilité en Afrique du Nord, un soutien à la fois bipartisan et partagé par les deux chambres", indique-t-il.

Il faut dire aussi que Ted Cruz ne s'était pas seulement contenté de faire une comparaison en l'air avec les Houthis mais il avait motivé son analogie en expliquant comment l'Iran comptait faire usage du polisario en tant que "force supplétive capable de mener des actions armées afin de menacer la stabilité régionale et de faire pression sur les partenaires des États-Unis chaque fois que Téhéran souhaite disposer d’un levier".

"Le polisario collabore avec des organisations terroristes iraniennes. Il reçoit des drones du corps des gardiens de la révolution islamique. Il fait circuler des armes et des ressources dans la région, y compris à destination de groupes jihadistes, et bien plus encore", avait étayé l'homme politique républicain. Un propos qu'il avait réitéré dans un passage dans un podcast le lendemain, en réaffirmant qu'il était disposé à soumettre un autre projet de loi au Sénat pour désigner le polisario "si [le] comportement [de ses dirigeants] ne changeait pas".

Une initiative à finalité politique

Dans son échange avec Médias24, Joe Wilson nous a confié que pour l'heure, et tout en œuvrant encore pour que son projet de loi soit examiné au sein des commissions parlementaires afférentes, il espérait tout de même que les négociations menées actuellement sous la double égide des Nations unies et des États-Unis sur la base du plan d'autonomie marocain aboutiront. C'est d'ailleurs, nous explique-t-il, la vraie finalité de son initiative.

"En plus d’aider le président Trump dans ses efforts pour établir la paix et la normalisation entre le Maroc et l’Algérie, ce projet de loi contribuera également à faire avancer le processus onusien afin que la population sahraouie obtienne une autonomie dans le cadre du Royaume du Maroc", insiste-t-il, tout en soulignant qu'"il n’est pas dans l’intérêt de la population sahraouie", à ses yeux, "de créer un État au milieu du désert du Sahara", et que "ce serait seulement une recette supplémentaire de déstabilisation".

Mais Alger et le polisario vont-ils accepter de l'entendre de cette oreille ?

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Le 9 mars 2026 à 19h26

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