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POLITIQUE

Sahara : derrière la nouvelle tribune de Christopher Ross, le vieux logiciel anti-autonomie

Dans une nouvelle tribune publiée le 6 mars, l’ancien envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies au Sahara reprend, presque mot pour mot, les arguments les plus classiques du discours algérien contre l’initiative marocaine d’autonomie. Une sortie qui ravive les interrogations sur son positionnement et sur les huit années qu’il a passées aux commandes du dossier onusien.

Sahara : derrière la nouvelle tribune de Christopher Ross, le vieux logiciel anti-autonomie
Christopher Ross.
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Le 10 mars 2026 à 15h20 | Modifié 10 mars 2026 à 15h20

À chaque fois qu'il prend la parole ou la plume, comme c'est le cas en l'espèce, Christopher Ross vient systématiquement rappeler pourquoi le Maroc avait eu raison de lui retirer sa confiance en mai 2012, au moment où le diplomate américain s'employait en tant qu'envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies au Sahara.

Dans une tribune publiée le 6 mars 2026 sur le site de l'International Centre for Dialogue Initiatives (ICDI), la deuxième qu'il signe en l'espace de quatre mois pour le compte de ce centre de réflexion spécialisé dans la médiation et la résolution des conflits internationaux dans la région MENA, l'intéressé a en effet repris son bâton de pèlerin pro-algérien, relayant presque mot à mot certaines des marottes les plus chères au voisin de l'Est : que ce dernier ne serait qu'un État voisin et observateur dans le différend autour des provinces du Sud et non une partie prenante directe, ou encore que seule une consultation référendaire serait à même de garantir à la population de la région de s'autodéterminer.

Et comme on pouvait encore s'y attendre, il a de nouveau décoché ses flèches à l'encontre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui, on le rappelle, avait entériné le 31 octobre dernier la prééminence de l'initiative marocaine pour la négociation d'un statut d'autonomie comme base pour "une solution politique définitive et mutuellement acceptable".

Un programme qui ne semble pas tant que cela ravir M. Ross, qui dès le premier paragraphe de son texte se demande, de manière visiblement dubitative, "si ce changement et la série accélérée de réunions qu’il a entraînée déboucheront sur une percée, une avancée ou un retour à l’impasse".

Le procès de la résolution 2797

Car c'est également le processus qui s'est suivi de la résolution onusienne qui est dans le viseur de celui qui fut aussi, dans une vie passée, ambassadeur des États-Unis à Alger (août 1988-août 1991). En l'occurrence, les trois réunions organisées jusqu'ici, à la double initiative des Nations unies et de Washington, entre les quatre parties désignées nommément par le Conseil de sécurité, à savoir le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie ainsi que le mouvement séparatiste du polisario. "S’appuyant sur le passage de la résolution "se félicitant de la disposition des États-Unis à accueillir les négociations dans le cadre de la mission menée par l’envoyé personnel", les États-Unis se sont emparés de l’initiative de faciliter et de conduire ces négociations, reléguant l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies [l'Italo-Suédois Staffan de Mistura, NDLR] à un rôle de "coparrain"", accuse-t-il.

Ce qui ressort, in fine, quand on lit cet "op-ed" de M. Ross, et c'est le cas généralement pour toutes les sorties qu'il accumule surtout depuis la reconnaissance, en décembre 2020, de la souveraineté du Maroc sur son Sahara par les États-Unis, c'est qu'en réalité il se pose davantage en promoteur d'un crédo algérienmême s'il s'en défend — que de quêteur d'une issue, dans le cadre d'une vision étriquée sous un faux vernis formaliste. Et c'est intéressant de s'y attarder car, en vérité, c'est malheureusement aussi partagé par de nombreux hauts fonctionnaires internationaux qui se sont retrouvés, à un moment donné, associés au processus de paix au Sahara.

Ainsi, et alors qu'il est clair et évident que la tenue d'un référendum est absolument impossible, et que le Conseil de sécurité lui-même ne reprend plus à son compte cette option depuis la résolution 1359 du 29 juin 2001, ces parties persistent à soutenir qu'il n'y aurait pas d'autre voie en vue, quitte à faire perdurer encore dans le temps cette "impasse" même qu'ils se disent dénoncer.

C'est, en d'autres termes, la logique de "feuilleton" que regrettait, à très juste titre, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, au lendemain de la décision américaine favorable à l'intégrité territoriale du Maroc. "Quel est le point d’arrivée ?", mettait en avant le chef de la diplomatie dans une interview à notre confrère "Kifache TV".

L’argument afghan

Sur la forme, en diplomate chevronné qu'il est, M. Ross ne présente bien sûr pas les choses de façon aussi crue. Dans un passage de sa tribune, il laisse même entendre que, bien que "le référendum soit l’outil traditionnel" pour s'autodéterminer, "il peut exister d’autres voies vers l’autodétermination"... mais c'est pour tout de suite après donner l'"exemple" que constitue, à ses yeux, "la loya jirga afghane", un système où c'est une grande assemblée de notables et de chefs traditionnels qui tient lieu d’instance de décision collective.

En tout état de cause, tous les arguments sont bons, même s'ils viennent d'aussi loin que l'Afghanistan, pour jeter aux orties le plan d'autonomie marocain, selon une logique où le Maroc, décrit comme "très centralisé malgré ses tentatives de régionalisation" par M. Ross, ne serait de toute façon "pas en mesure d’aller jusqu’au bout, d’autant qu’une autonomie pleine et entière, telle que la réclament les Sahraouis, pourrait susciter des revendications similaires dans le Rif et dans d’autres régions". Et à partir de là d'en appeler carrément à "la nécessité de garanties internationales".

La Jemaâ, l’oubli commode

Soit dit en passant, pour revenir à sa proposition de calquer le modèle de la loya jirga, M. Ross oublie, ou feint peut-être d'oublier, qu'une institution similaire a déjà existé à la fin de la colonisation espagnole au Sahara, qu'elle s'appelait la Jemaâ, et, surtout,... qu'elle a voté la rétrocession au Maroc en février 1976 pour Sakia El Hamra et en août 1979 pour Oued Ed Dahab, ce qui était de toute façon une condition sine qua non posée sur la table par l'Espagne au moment de la conclusion des accords de Madrid le 14 novembre 1975. Pourquoi, partant, ne pas aller au bout de la réflexion et reconnaître ce que répète, à l'envi, Rabat depuis cinquante ans, à savoir que le territoire est déjà récupéré par décolonisation et que ce dont il est question actuellement, c'est uniquement du règlement onusien ?

Et puisque l'on serait dans une situation, comme il veut le faire croire, où seuls seraient opposés le Maroc et le polisario, et où ce dernier agirait donc en tant que représentant des Sahraouis, pourquoi met-il en "contradiction" — c'est son propre mot — "un accord sur l’autonomie négocié à huis clos et, d’autre part, le libre exercice du droit d’un peuple à l’autodétermination" ?

Cela n'implique-t-il pas qu'en définitive, il ne servait à rien en tant qu'émissaire onusien dans la mesure où justement l'essentiel de sa mission consistait à arracher, par la négociation, un accord politique qu'il estime désormais opposable au droit à l'autodétermination ?

Au total, le mandat de M. Ross au Sahara aura duré huit ans, de janvier 2009 à mars 2017. Rétrospectivement, et à l'aune de ces prises de position toutes plus accablantes les unes que les autres, on peut aussi regretter que ce soient huit années de perdues, y compris pour ces Sahraouis dont il se présente aujourd'hui comme le champion.

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Le 10 mars 2026 à 15h20

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