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ECONOMIE

Guerre au Moyen-Orient. Face au grand bouleversement des routes maritimes, Tanger Med en embuscade

Les tensions au Moyen-Orient, combinées aux risques persistants en mer Rouge, poussent certains armateurs à revoir leurs itinéraires et à contourner les zones les plus exposées. Cette recomposition progressive des routes maritimes pourrait offrir de nouvelles opportunités à des hubs stratégiques comme Tanger Med.

Tanger Med en bonne position pour bénéficier des flux maritimes redirigés.
Tanger Med en bonne position pour bénéficier des flux maritimes redirigés.
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Le 10 mars 2026 à 16h20 | Modifié 10 mars 2026 à 17h15

Le détroit d’Ormuz, point vital du système énergétique international, par lequel transite une part importante des exportations d’hydrocarbures du Golfe, constitue l’un des goulets d’étranglement les plus sensibles de la planète.

Tensions à Ormuz et perturbations du trafic maritime

Selon les estimations de l’Energy Information Administration (EIA), environ 20% des flux mondiaux de pétrole transitent par ce passage stratégique. Le détroit voit également passer près de 20% du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui en fait un point névralgique pour l’approvisionnement énergétique mondial.

Avec l’intensification du conflit, des navires marchands ont été ciblés ou retardés, ce qui a perturbé le trafic et accru les inquiétudes des armateurs et des assureurs.

Guerre au Moyen-Orient. Face au grand bouleversement des routes maritimes, Tanger Med en embuscade
Source : Marinetraffic. Consultée le 10 mars 2026 à 12 h.

Les images satellites en temps réel confirment ce constat. On y observe une forte concentration de navires immobilisés ou en attente dans la zone, dont la grande majorité est constituée de pétroliers transportant du brut ou des produits énergétiques (couleur rouge). Cela illustre les perturbations qui affectent actuellement la circulation maritime dans l’un des corridors énergétiques les plus sensibles au monde.

Pour les navires à destination de l’Asie, principal débouché du pétrole transitant par Ormuz, le détroit de Gibraltar ne joue pratiquement aucun rôle. En revanche, certains cargos qui empruntaient traditionnellement la route de la mer Rouge, via Bab el-Mandeb et le canal de Suez, transitent désormais par le cap de Bonne-Espérance.

Au vu de ces éléments, il devient légitime de s’interroger sur la capacité d’autres hubs logistiques à capter une part des flux maritimes cherchant à éviter les zones exposées.

Le détroit de Gibraltar et le port de Tanger Med apparaissent comme des points stratégiques dans une éventuelle reconfiguration des routes maritimes.

Tanger Med : un hub crédible pour les flux détournés

Contacté par Médias24, Abdelaziz Mantrach, vice-président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et président de la commission logistique de l’association, indique que lorsque le risque géopolitique augmente, les armateurs et les chargeurs tendent à privilégier des routes maritimes ou des hubs portuaires considérés comme plus sûrs et plus stables.

"Les armateurs et les compagnies maritimes cherchent d’abord à réduire leur exposition au risque. Cela se traduit par des arbitrages logistiques. Les primes d’assurance augmentent, les coûts d’escale deviennent plus élevés, et l’incertitude sur la sécurité des routes pèse sur les décisions opérationnelles. Dans ces conditions, des hubs situés dans des zones perçues comme plus stables peuvent capter une partie des flux qui cherchent à éviter les zones les plus sensibles. Le détroit de Gibraltar, avec Tanger Med comme plateforme majeure, fait clairement partie de ces espaces capables d’absorber une grande partie de cette réorganisation des routes maritimes", explique-t-il.

"Le passage par Bab el-Mandeb et le canal de Suez reste une route structurante du commerce mondial, mais il demeure aussi exposé. Les attaques ou les menaces liées aux Houthis entretiennent une incertitude permanente quant à la sécurité de cette voie maritime. Cela ne signifie pas que la route disparaît, mais les flux qui y transitent diminuent", poursuit Abdelaziz Mantrach.

Face à ces contraintes, certaines compagnies modifient leurs trajectoires. Le détour par le cap de Bonne-Espérance constitue la solution la plus sûre, même s’il implique des coûts supplémentaires.

"Actuellement, plusieurs navires contournent les zones de tension en passant par le cap de Bonne-Espérance. Ce détour reste coûteux en temps, en carburant et en organisation logistique, mais il est souvent jugé préférable dans le contexte actuel et au regard des conditions d’assurance. Dans ce scénario, Tanger Med peut jouer un rôle clé en servant de plateforme crédible de réorganisation logistique pour les navires à destination de l’Europe et des pays de la Méditerranée", conclut notre interlocuteur.

Même constat pour le Pr Najib Cherfaoui, expert portuaire et maritime.

"En raison des tensions au Moyen-Orient, la flotte de navires de commerce en provenance d’Asie est actuellement contrainte de passer par le cap de Bonne-Espérance, puis d’accéder éventuellement à la Méditerranée via le détroit de Gibraltar. Pour des raisons évidentes liées aux risques de guerre, les passages par le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb sont actuellement suspendus par tous les grands transporteurs".

Ces nouveaux flux pourraient ainsi offrir davantage d’opportunités à Tanger Med.

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Le 10 mars 2026 à 16h20

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