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ECONOMIE

Bourse de Casablanca. Pourquoi le MASI devient-il plus vulnérable aux chocs ?

Pourquoi le MASI corrige-t-il si violemment face à des chocs extérieurs, parfois plus que d’autres places pourtant plus exposées ? La guerre actuelle au Moyen-Orient a de nouveau mis en évidence la forte sensibilité de la Bourse de Casablanca. Derrière cette surréaction se posent plusieurs questions de fond, du poids croissant des petits porteurs à la confusion entre investissement et gains rapides.

Le MASI face aux chocs, les raisons d’une réaction excessive.
Le MASI face aux chocs, les raisons d’une réaction excessive.
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Le 17 mars 2026 à 10h58 | Modifié 17 mars 2026 à 11h15

Depuis la guerre de douze jours entre Israël et l’Iran, la Bourse de Casablanca a montré qu’elle réagissait fortement aux chocs.

Ce constat a été de nouveau confirmé par la guerre actuelle, déclenchée le 28 février 2026. Dès les premières séances de mars, le MASI a décroché fortement, dans des proportions surprenantes au regard de la structure largement domestique du marché.

La baisse cumulée des séances lors des 2 et 3 mars a avoisiné 10%, avant un rebond partiel.

L’ampleur de ce mouvement soulève une question importante. Pourquoi un marché largement composé de valeurs domestiques corrige-t-il aussi brutalement face à un choc extérieur ?

La montée des petits porteurs et le risque de sur-réaction

Pour répondre à cette question, il suffit de regarder ce qui a changé récemment sur le marché. Le changement le plus visible, c’est la montée des petits porteurs. Leur poids dans les échanges augmente continuellement.

Entre T1-2023 et T1-2025, la part des personnes physiques dans le volume échangé est passée de 10% à 25%. Puis elle a encore progressé pour atteindre 30,1% à fin T3-2025, selon l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).

En soi, ce n’est pas une mauvaise chose. Mais dans le cas du Maroc, où l’éducation financière demeure encore limitée, l’élargissement de la base des petits porteurs peut aussi accroître le risque de sur-réaction aux chocs.

Cela tient d’abord à un mécanisme humain, celui de l’aversion au risque. Lorsqu’un choc survient, la peur de perdre peut l’emporter sur l’analyse froide des fondamentaux. La sur-réaction apparaît alors lorsque de nombreux investisseurs cherchent à vendre rapidement pour éviter des pertes jugées plus importantes. Pris ensemble, ces comportements accentuent la baisse des cours et peuvent entraîner des corrections d’une ampleur excessive.

Une partie du problème tient aussi à une compréhension parfois incomplète de ce qu’est réellement la bourse. La bourse n’est pas un espace de gains rapides garantis, ni un lieu où l’on entre pour réaliser un gain rapide puis sortir aussitôt. Investir suppose, en principe, un horizon de moyen et de long termes. Un investisseur qui comprend la logique de placement de long terme est en général moins enclin à paniquer face à un choc ponctuel.

Il ne s’agit évidemment pas de généraliser à l’ensemble des petits porteurs. Leur présence est au contraire une évolution positive, mais elle peut aussi accroître la vulnérabilité du marché. Lorsqu’une partie de ces investisseurs intervient avec une logique de gain rapide, ou sans bien maîtriser la différence entre investir et spéculer, le marché devient plus sensible aux mouvements de panique.

À titre d’exemple, sur les réseaux sociaux, on voit parfois des réactions très révélatrices. Certains internautes se plaignent notamment des baisses récentes en demandant où étaient "les gains qu’on nous avait promis".

Ce type de réaction montre qu’une partie des petits porteurs peut avoir une mauvaise perception de la bourse, comme si elle garantissait des gains rapides. Or la bourse ne promet rien.

La bourse réagit aux taux, mais ne les dicte pas

Le regard financier de court terme tend à isoler la bourse et à en faire un quasi-baromètre unique de l’économie. Or la bourse n’est qu’un segment du système financier, lui-même distinct de l’économie réelle.

La macroéconomie, elle, oblige à replacer le marché actions dans un ensemble plus large. Une baisse boursière peut traduire une montée de l’aversion au risque, un choc de liquidité, des rachats de fonds ou un mouvement de panique sans pour autant signaler, à elle seule, qu’il faut changer l’orientation de la politique monétaire. C’est toute la différence entre une lecture de salle de marché et une lecture de banque centrale.La bourse peut réagir à la politique monétaire, mais elle n’en est jamais la cibleMême lorsqu’une économie enregistre une croissance solide, couplée à une désinflation, comme au Maroc, cela ne veut pas dire automatiquement qu’il faut baisser les taux.

La politique monétaire est d’abord contracyclique. Sa fonction principale est de contenir l’inflation et d’ancrer les anticipations, non de soutenir l’activité lorsque celle-ci évolue déjà à un rythme satisfaisant.

Suivant la même logique, la mission principale de Bank Al-Maghrib est la stabilité des prix. Ses décisions reposent sur un ensemble d’agrégats macroéconomiques, notamment la demande, l’activité, l’inflation, le crédit bancaire, les finances publiques, les échanges extérieurs, le marché de l’emploi et les réserves de change.

Contacté par Médias24, Lhoucine Bilad, économiste financier, indique que la politique monétaire n’est pas conçue et mise en œuvre pour soutenir le marché et le prix des actifs.

"En agissant ainsi, la banque centrale fixerait indirectement le prix du risque, le rendement de l’épargne et le coût du capital, qu’il s’agisse d’actifs risqués, comme les actions, ou d’actifs sans risque, comme la dette du Trésor à moyen et long termes. Or, la fixation des prix relève d’abord du marché, dont la fonction est d’organiser les échanges et de favoriser la liquidité. Il y a de nombreuses raisons qui justifient le non-ciblage des prix des actifs par la politique monétaire. D’autant plus qu’au Maroc, les effets de richesse qu’une telle intervention produirait et creuseraient les inégalités, puisque les actifs en question sont principalement détenus par les plus aisés, et qu’une telle intervention constituerait pour eux une forme d’assurance gratuite", explique-t-il.

"Le marché actions marocain, d’autant plus qu’il est essentiellement secondaire, avec très peu d’émissions d’actions, d’augmentations de capital qui financent l’investissement des entreprises et la croissance, ne doit pas être au centre de gravité macroéconomique du pays. L’économie marocaine a besoin d’investissements, notamment privés, pour alimenter sa croissance et générer des revenus pour les ménages, des recettes fiscales pour l’État et des dépenses à caractère social. Un marché financier doit développer un fonctionnement autonome et efficient, et former les prix et la performance en internalisant les paramètres structurels, de la conjoncture nationale et internationale, ainsi que des politiques monétaire et budgétaire", poursuit notre interlocuteur.

Selon lui, la banque centrale ne baisse pas ses taux pour entretenir un rallye boursier ou soutenir des cours en baisse.

"La bourse peut réagir aux taux, mais elle ne doit pas dicter l’orientation de la politique monétaire et la décision de la banque centrale, dont les objectifs prioritaires sont d’abord l’inflation et, secondairement, l’activité réelle si cela est justifié et si cela ne contredit pas l’objectif de stabilité des prix. Certaines banques centrales orthodoxes n’hésitent pas à resserrer la politique monétaire pour contrer des marchés financiers qui deviennent exubérants, afin d’éviter l’accumulation des risques financiers qui pourraient engendrer des effets négatifs sur l’économie réelle (croissance, emploi) en cas de correction à la baisse et de normalisation du prix du risque", souligne Lhoucine Bilad.

"Le marché financier des capitaux, dont la bourse, collecte et oriente l’épargne et non la monnaie, qui est créée, pilotée et gérée par la banque centrale avec le système bancaire qu’elle supervise et contrôle", conclut-il.

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Le 17 mars 2026 à 10h58

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