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Électricité. Après trois ans d’attente, le Maroc débloque enfin l’autoproduction

Publié au Bulletin officiel, le décret d’application fixe un cadre opérationnel attendu de longue date, ouvrant la voie à l’autoconsommation et à la revente partielle de l’électricité dans un contexte de forte pression sur la facture énergétique nationale.

Électricité. Après trois ans d’attente, le Maroc débloque enfin l’autoproduction
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Le 18 mars 2026 à 17h48 | Modifié 19 mars 2026 à 10h01

Trois ans après l’adoption de la loi 82-21 sur l'autoproduction énergétique, le décret d’application fixant les conditions et les modalités de réalisation et d'exploitation des installations d'autoproduction de l'énergie électrique a été publié au Bulletin officiel n° 7489.

Son entrée en vigueur, qui devrait intervenir dans les trois mois suivant sa publication, soit le 9 juin 2026, permettra enfin de débloquer le statut légal de l’autoproducteur.

Ce texte d’application arrive dans un contexte particulier de crise énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient, dont plusieurs enseignements doivent être tirés, notamment la nécessité pour notre pays de réduire et de rendre efficace sa lourde facture énergétique dépendante des énergies fossiles à 87,5%.

Si ce texte était très attendu, c'est parce qu'il dissipe un verrou politique et psychologique. Il met fin à l’idée tenace selon laquelle autoriser l’autoproduction risquerait de concurrencer, voire d'affaiblir, la compétitivité du réseau électrique national.

L’autoproduction domestique (inférieure à 11 kW), un modèle taillé pour l'autoconsommation

Le décret 2.25.100 ouvre une voie claire à l'autoconsommation électrique au Maroc, compte tenu de l'abondance des ressources renouvelables, en particulier solaires, et des récentes évolutions technologiques. Celles-ci incluent les batteries LFP qui offrent une plus grande autonomie, ainsi que les onduleurs modernes permettant de se connecter au réseau afin d'optimiser le mix entre l'autoproduction et la consommation classique.

Concernant les installations d'une capacité inférieure à 11 kW, correspondant généralement à la consommation d'une habitation ou au pompage solaire agricole, aucun frais n'est exigé. Le décret prévoit ici deux régimes distincts :

  • Le régime déclaratif : il consiste en une simple déclaration auprès du ministère de la Transition énergétique si l'installation n'est pas connectée au réseau.
  • Le régime d’accord de raccordement : il implique une demande de raccordement auprès du gestionnaire du réseau de distribution, à savoir les sociétés régionales multiservices (SRM). Elles doivent s'assurer de la disponibilité de la capacité d'accueil selon le principe du premier arrivé, premier servi.

À ce titre, l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) a récemment fixé cette capacité d'accueil à 691 MW, répartie sur l'ensemble des gestionnaires du réseau de distribution.

Au-delà de 11 kW, des exigences techniques sont imposées

Pour les installations dont la capacité est comprise entre 11 kW et 5 MW, ciblant notamment les bâtiments, les commerces, les grandes surfaces ou les usines, l'obtention d'un accord de raccordement aux réseaux de basse et de moyenne tension est requise.

En plus de la disponibilité de la capacité d’accueil, ce régime nécessite la préparation d'un dossier administratif et technique complet comprenant la localisation, la description de l'installation, l'étude d'impact sur l'environnement, la prévision de production des trois prochaines années, ainsi que le schéma de raccordement électrique de l'ensemble de l'installation d'autoproduction, y compris les équipements de raccordement à l'installation d'autoconsommation.

La décision d'accorder ce raccordement revient aux SRM sous réserve de résultats positifs de l'étude technique.

Les installations d'une capacité supérieure à 5 MW, destinées aux grandes structures industrielles, sont quant à elles soumises à l'obtention d'une autorisation préalable pour leur réalisation et leur exploitation. Ce régime spécifique permet de se connecter directement aux réseaux de moyenne et haute tension.

Le régime d’autorisation relève du gestionnaire du réseau électrique national, c'est-à-dire l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE), qui, sur la base d’un avis technique pour chaque demande, détermine la faisabilité de l'intégration de l'installation d'autoproduction au réseau. Si des contraintes techniques sont identifiées, il propose une solution alternative pour permettre le raccordement.

Le décret permet également aux installations déjà opérationnelles de demander un raccordement au réseau de distribution ou de transport, selon le régime correspondant à leur capacité : accord de raccordement pour les puissances comprises entre 1 kW et 5 MW, ou autorisation au-delà de 5 MW. Ces demandeurs doivent fournir un rapport sur la consommation annuelle d'énergie électrique des trois dernières années, ou sur la période d'exploitation si celle-ci est inférieure à trois ans.

L'ANRE finalise le cadre réglementaire de l'autoproduction électrique

Bien que le décret d'application ait été adopté en Conseil de gouvernement en octobre 2025, son déploiement effectif restait suspendu à plusieurs textes complémentaires.

Un vide réglementaire que l’ANRE vient tout juste de combler. À travers quatre décisions majeures publiées entre le 30 janvier et le 20 février 2026, le régulateur a posé les derniers jalons chiffrés de l'autoproduction :

  1. Les autoproducteurs pourront injecter et revendre leur surplus d'énergie sur le réseau public, dans une limite stricte de 20% de leur production annuelle. L'ANRE a fixé ce tarif de rachat à 21 centimes/kWh pendant les heures de pointe, et à 18 centimes/kWh en heures creuses.
  2. Le tarif d'utilisation du réseau électrique moyenne tension de distribution a été établi à 6,07 centimes/kWh. Cette fixation offre aux investisseurs une visibilité claire sur les coûts liés au raccordement et à l'acheminement de leur production.
  3. L'ANRE a également fixé à 6,85 centimes/kWh le tarif d'utilisation du réseau national de transport. Ce tarif revêt une importance particulière pour les industriels qui ne disposent pas, sur leur site d'exploitation, de l'espace ou des conditions nécessaires à une production optimale d'énergie renouvelable. Il leur permet d'envisager de produire sur un site plus favorable et d'acheminer l'électricité jusqu'à leur lieu de consommation.
  4. Pour éviter la saturation de l'infrastructure nationale, le raccordement est plafonné. Après déduction des projets déjà autorisés en 2025, la capacité d'accueil globale disponible a été fixée à 3.886 MW, répartie entre l'énergie solaire (72%) et l'éolien (28%).

Jusqu'où peut-on vraiment autoproduire ?

La revente de l'énergie excédentaire, actuellement plafonnée à 20%, constitue un levier majeur pour rentabiliser une installation renouvelable. Les tarifs de rachat fixés par l'ANRE (21 centimes en heures de pointe et 18 centimes en heures creuses) équivalent au rapport rachat/prix réseau en France. Cependant, les acteurs du secteur attendent encore l'approbation d'un nouveau décret censé promouvoir l'autoproduction en redéfinissant les conditions de révision du plafond de revente de l'excédent de 20%.

L’autoproduction représente une véritable transition philosophique visant à transformer le consommateur passif en un acteur engagé. Le modèle australien, où un tiers des foyers produit sa propre électricité, prouve qu'une révolution énergétique citoyenne est possible.

Toutefois, l'adoption massive du solaire soulève un problème technique complexe pour le réseau national (courbe de canard). En pleine journée, la forte autoconsommation fait chuter brutalement la demande globale. Les centrales classiques sont alors contraintes de s'arrêter, puis de redémarrer en urgence à la tombée de la nuit lorsque la consommation remonte en flèche.

Ce fonctionnement quotidien augmente considérablement les coûts de maintenance, exige une grande flexibilité et menace la stabilité globale du réseau.

Pour amorcer cette adoption de masse, le Maroc a limité ses capacités d'accueil en fonction des capacités de son réseau et anticipe une évolution progressive de cette capacité qui devrait doubler à l'horizon 2030. L'enjeu marocain de demain sera donc de concilier l'encouragement à l'autoproduction avec des solutions de stockage performantes pour lisser ces pics de production.

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Le 18 mars 2026 à 17h48

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