img_pub
Rubriques
DROIT

Analyse juridique. CAN: le TAS peut-il remettre en cause le sacre du Maroc?

Sacré après forfait, le Maroc voit sa victoire validée par la Confédération africaine de football. Un recours éventuel devant le TAS a été annoncé par la Fédération sénégalaise de football, sans effet suspensif immédiat.

Le Maroc sacré sur tapis vert, analyse juridique de la décision de la CAF
Le Maroc sacré sur tapis vert, analyse juridique de la décision de la CAF
Par
Le 18 mars 2026 à 16h26 | Modifié 18 mars 2026 à 22h04

Le Maroc est champion d’Afrique. Ce mardi 17 mars 2026, le Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a invalidé la victoire (1-0) du Sénégal en finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2025. Et même si les réactions restent mitigées un peu partout dans le monde, voire critiques du côté des autorités sénégalaises, le fait est là : une décision a été rendue, avec ses effets juridiques.

Derrière cette conclusion, une question s’impose désormais : cette décision est-elle réellement définitive ? La Fédération sénégalaise de football (FSF) a d’ores et déjà annoncé son intention de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS). Mais concrètement, que peut encore changer un tel recours ?

Une décision exécutoire, malgré un éventuel recours

Comme le souligne Me Mourad El Ajouti, président du Club des avocats au Maroc, dans une déclaration transmise à Médias24, la décision du Jury d’appel de la CAF repose sur une lecture stricte des règlements.

“La décision du Jury d’appel de la CAF constitue une application stricte du principe de légalité réglementaire. En s’appuyant sur les articles 82 et 84 des règlements de la CAN pour infirmer la décision de la commission disciplinaire, le Jury a qualifié la conduite de l’équipe du Sénégal de manquement grave aux obligations contractuelles et sportives, énoncées dans le système de la compétition. Cela a entraîné l’effet juridique immédiat du forfait (3-0) en faveur du Maroc, une sanction objective qui ne souffre d’aucune interprétation dès lors que la réalité du manquement est établie”.

Sur le plan procédural, cette décision est considérée comme définitive au sein des instances internes de la CAF, ce qui lui confère une force exécutoire immédiate. Autrement dit, le Maroc est officiellement champion, indépendamment d’un éventuel recours.

“Le recours de la Fédération sénégalaise de football, s’il y en a, devant le TAS n’est pas suspensif de l’exécution de la décision de la CAF, sauf en cas de prononcé d’une mesure provisionnelle par le tribunal. Une telle procédure est soumise à des conditions juridiques extrêmement strictes”, précise l’avocat.

Le TAS, un rôle limité

Le recours au TAS, souvent perçu comme une dernière instance, ne signifie pas pour autant un nouveau procès sur le fond.

Le Tribunal arbitral du sport fonctionne, dans une certaine mesure, comme une cour de cassation. Il ne rejuge pas l’affaire dans son ensemble, mais vérifie que :

  • les règles du jeu ont été respectées ;
  • la procédure a été suivie correctement ;
  • les règlements de la compétition ont été appliqués ;
  • les délais ont été respectés ;
  • toutes les parties ont été entendues ;
  • etc.

Le TAS peut annuler (casser) une décision, mais ne se prononce pas sur le fond de l’affaire. Par ailleurs, les délais sont relativement longs. Il faut compter trois à quatre mois pour obtenir une décision.

Un cas inédit dans l’histoire des compétitions

Si des matchs gagnés ou perdus sur tapis vert ne sont pas nouveaux dans le football, la situation actuelle reste exceptionnelle. Ce type de décision est courant dans certaines compétitions, mais jamais à ce stade, et encore moins en finale avec un titre en jeu. Dans l’histoire du sport, des titres ont déjà été retirés, notamment pour des affaires de dopage, mais un cas comme celui-ci est inédit.

Cette affaire est appelée à faire jurisprudence. Elle marque un tournant important. Sans cette décision, il n’y aurait pas eu de sanction, et donc pas de justice. La sanction, en elle-même, a aussi une portée dissuasive.

D’ailleurs, depuis cette finale, trois à quatre cas similaires ont déjà été observés dans le monde, notamment en Turquie, où une équipe a quitté le terrain pour protester contre une décision arbitrale. Sur les réseaux sociaux, cette pratique a même été baptisée “la sénégalaise”.

Un signal clair est ainsi envoyé à tous : le fait de quitter le terrain volontairement n’est pas sans conséquence.

Un précédent marocain… confirmé par le TAS

Depuis la finale du 18 janvier 2026, le retrait des joueurs sénégalais de l’aire de jeu n’a cessé de faire écho à l’affaire du WAC contre l’EST (Espérance sportive de Tunis), en 2019.

À l’époque, la CAF avait déclaré le Wydad Athletic Club perdant pour abandon de match et infligé des sanctions financières. Une décision confirmée par le TAS. “La formation arbitrale avait estimé que le refus de reprendre le jeu constituait bien un abandon au sens de l’article 148 du Code disciplinaire de la CAF. Elle avait ainsi validé la décision de déclarer le WAC perdant par forfait”, lit-on dans un communiqué du TAS.

Ce précédent montre que ce type de sanction a déjà été appliqué… contre un club marocain.

Un dossier solide pour le Maroc

Dans le cas actuel, plusieurs éléments renforcent la position marocaine. D’abord, le départ de l’équipe adverse a été qualifié de volontaire, avec une absence du terrain de plus de 12 minutes. Ensuite, les différents rapports officiels – commissaire du match, sécurité, arbitrage – sont tous concordants et ne font état d’aucun incident sécuritaire justifiant une telle décision.

Les images et les déclarations viennent également corroborer ces éléments.

Certains ont invoqué la loi 5 de l’IFAB (International Football Association Board), selon laquelle “les décisions de l’arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont définitives”. Mais cette règle s’applique strictement au jeu sur le terrain. En dehors de ce cadre, les articles 82 et 84 du règlement de la CAN deviennent déterminants.

Ici, la question n’est pas celle d’une contestation arbitrale, mais celle de l’application du règlement face à un comportement qualifié juridiquement. Le constat est donc clair : il s’agit d’un forfait, avec les conséquences qui en découlent, à savoir l’attribution au Maroc d’une deuxième couronne africaine.

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Tags : CAF, CAN 2025, TAS
Par
Le 18 mars 2026 à 16h26

à lire aussi

Prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie (DGM): - Températures en hausse avec temps […]

Dette hybride. Au-delà de la levée, le modèle et les contraintes d’OCP
BUSINESS

Article : Dette hybride. Au-delà de la levée, le modèle et les contraintes d’OCP

Derrière le succès de son émission obligataire hybride d’avril 2026, le groupe OCP révèle une équation financière complexe. Entre montée de la fiscalité, politique de dividendes, investissements massifs dans la transition verte et dans des activités hors cœur de métier, le champion des phosphates doit désormais arbitrer dans un environnement compliqué.

Un nouveau “dictionnaire critique” pour relire le Maroc colonial
IDEES

Article : Un nouveau “dictionnaire critique” pour relire le Maroc colonial

Un ouvrage collectif dirigé par l’anthropologue marocain Hassan Rachik propose une relecture de la période coloniale à travers un format original de dictionnaire, réunissant une vingtaine de chercheurs marocains, français et espagnols.

Sahara: despite Algiers’ efforts, Washington’s position remains unchanged
DIPLOMATIE

Article : Sahara: despite Algiers’ efforts, Washington’s position remains unchanged

On the sidelines of the Antalya Diplomacy Forum in Turkey, Algeria’s foreign minister and the U.S. president’s senior advisor for Arab and African affairs discussed several regional issues, including the Sahara. Yet behind the carefully worded Algerian statement, Washington’s support for Morocco’s territorial integrity remains clear and unchanged. Since December 2020, that position has taken on the weight of state continuity, suggesting it will endure regardless of political turnover in Washington or diplomatic initiatives from Algiers.

Santé animale : Biopharma et le Tchad passent à la phase opérationnelle de leur partenariat
Santé

Article : Santé animale : Biopharma et le Tchad passent à la phase opérationnelle de leur partenariat

La société pharmaceutique marocaine Biopharma a signé à N’Djamena une feuille de route de coopération avec l’Institut tchadien de recherche en élevage pour le développement (IRED), dans le cadre du renforcement de la coopération maroco-tchadienne dans le domaine de la santé animale.

Casablanca : les autorités démentent auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa
SOCIETE

Article : Casablanca : les autorités démentent auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa

Les autorités ont démenti, auprès de Médias24, l’existence d’une décision imposant la fermeture des commerces, cafés et restaurants à 23 heures dans le ressort de la préfecture d’arrondissements de Casablanca-Anfa, après la circulation d’informations en ce sens sur certains sites et réseaux sociaux.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité