Économies d'énergie : pourquoi le GMT+1 est survendu
Présenté depuis des années comme un levier d’économie électrique, le GMT+1 ne produirait en réalité que des gains marginaux au regard de la consommation nationale. De quoi relancer le débat sur la pertinence énergétique d’un fuseau horaire toujours massivement rejeté.
Le retour à l'heure GMT+1 a suscité de nombreuses réactions chez les citoyens, qui peinent à s'adapter à ce fuseau horaire. En témoigne une pétition qui, à l'heure où nous écrivons ces lignes, dépasse les 300.000 signataires.
Dans le 12/13, Médias24 a interrogé des experts afin de décortiquer les raisons pour lesquelles, quatorze ans après son introduction en tant qu’heure d’été et huit ans après la généralisation permanente du GMT+1, une large partie des Marocains peine à s'adapter à ce fuseau horaire.
Alors que les effets sur la santé sont avérés et que l'impopularité du GMT+1 n'est plus à démontrer, l'argument de la facture énergétique est sans cesse brandi, surtout que la dépendance énergétique du Maroc à hauteur de 87,5 % est parmi les plus élevées de la région. D'un point de vue purement technique, cette justification tient-elle toujours la route aujourd'hui ?
GMT+1 : entre mythe d’économie et réalités de la consommation
Théoriquement, le maintien du GMT+1 vise à prolonger l’ensoleillement en fin de journée, décalant ainsi les heures de pointe de consommation électrique (vers 17 h en hiver et 18 h en été, dans l’horaire GMT) vers une période encore lumineuse. Cela réduirait le besoin d’éclairage artificiel dans les secteurs résidentiel et tertiaire et rapprocherait la consommation des heures creuses (vers 22 heures en hiver et 23 heures en été dans l’horaire GMT).
Du côté de la production, cet horaire est présenté comme un moyen d’améliorer la contribution des énergies solaires pendant les pics de demande et de limiter le recours aux centrales thermiques, plus coûteuses et plus émettrices de CO₂. Il permettrait en outre d’atténuer les effets de l’intermittence des renouvelables en alignant d'une meilleure façon l’offre solaire avec la demande.
Cependant, cet argument demeure essentiellement théorique. La part du solaire dans le mix électrique marocain repose encore largement sur le CSP (solaire à concentration), une technologie équipée de stockage thermique qui permet de produire de l’électricité même en dehors des heures d’ensoleillement direct, réduisant ainsi significativement le problème de l’intermittence.
Lors de sa généralisation en 2018, les arguments officiels mettaient en avant que le GMT+1 permettrait d’économiser 37,6 GWh d’électricité en hiver, 75,8 GWh en été, soit un total annuel estimé à 113,4 GWh.
À première vue, ce chiffre peut sembler significatif. Pourtant, si rapporté à la consommation nationale d’environ 45.713 GWh en 2018, ces économies ne représentaient que 0,24 % de la demande totale. Mais ce pourcentage mérite d’être relativisé. Entre 2018 et 2024, l’énergie nette appelée est passée d’environ 35,4 TWh à près de 45,6 TWh, soit une augmentation de plus de 28 % en six ans.
La faiblesse des apports du GMT+1 saute d'autant plus aux yeux lorsqu'on la compare à d'autres initiatives. Le programme de l'Office nationale de l'électricité et de l'eau potable (ONEE) dédié aux lampes à basse consommation a permis de réduire amplement une lourde facture énergétique d'éclairage pour les collectivités et d'effacer une pointe de puissance de 310 MW, générant ainsi des économies annuelles colossales de l'ordre de 800 GWh, soit environ 8 fois les économies du GMT+1.
S’ajoute à cela que les économies ne sont pesantes qu’à partir du mois d’avril, où la période entre le début des heures de pointe et le coucher du soleil dépasse 3 heures à partir de mai, à 3 h 40 min en août dans le cas de Rabat.
Que nous apprennent les recherches sur l’heure avancée ?
Ce 29 mars, les pays européens devront passer à l’heure d’été (GMT+2), au moment où plusieurs pays étudient la possibilité de revoir ce changement, à l’instar de l’Espagne qui avait proposé en octobre 2025 une révision du passage à l’heure d’été.
À l’image du Maroc, les études européennes n’ont pas détecté de marge d’économie énergétique importante. En revanche, les laboratoires scientifiques ont largement étudié l’apport de cette heure supplémentaire.
Selon une étude australienne parue en juin 2017, le passage à l’heure d’été, s'il permet de limiter la consommation en début de soirée, accroît paradoxalement la demande électrique en fin de nuit et en matinée. Cette évolution indique que la finalité historique de l'heure avancée est remise en question.
En Espagne, qui a changé son fuseau horaire il y a longtemps, passant du GMT au GMT+1 bien avant le Maroc (dans les années 40), en plus de son passage annuel au GMT+2 à partir de mars, une étude scientifique conclut que le retour au GMT entraînerait une augmentation de 0,38 % de la consommation sur l’ensemble de l’année, répartie de manière à peu près homogène sur tous les mois, ce qui rend cet impact négligeable.
L’heure d’été est particulièrement avantageuse dans les pays scandinaves, situés aux latitudes plus élevées de l’hémisphère nord, où les jours sont plus longs en été, avec jusqu’à 19 heures d’ensoleillement, ce qui rend l’adoption de l’heure d’été plus efficiente.
Au-delà de la consommation électrique, le maintien du GMT+1 ne risque-t-il pas de favoriser une "nocturnisation des habitudes de vie" au Maroc ? En décalant artificiellement la fin de journée, on incite la population à prolonger ses activités sociales et commerciales tard le soir, retardant ainsi le basculement des heures de pointe vers les heures creuses au-delà de minuit. À l'exception de quelques études institutionnelles, ce questionnement met en lumière un manque flagrant de recherches scientifiques nationales dédiées à l'évaluation énergétique du GMT+1 au Maroc.
GMT+1 : un décalage entre positionnement méridien et heure légale
À l’image de l’Espagne, le Maroc est géographiquement situé loin de la zone "naturelle" du fuseau horaire GMT+1 (heure normale d'Europe centrale), qui commence théoriquement à l’extrême est de la France.
L'heure solaire, qui correspond au moment où le soleil est au plus haut dans le ciel, soit le vrai midi, montre que l’adoption du GMT+1 fait avancer d'environ 1h30 à 2 heures par rapport à la position réelle du soleil sur la majeure partie du territoire marocain. Concrètement, lorsque l'horloge indique 12h00, le soleil n'atteint son zénith qu'entre 13h30 et 14h00 selon les régions.
En effet, si l’est du pays (notamment la région d’Oujda et Figuig) se situe pleinement dans le fuseau GMT, l’ouest (comprenant Casablanca, Agadir ou encore Marrakech) se situe plutôt dans le fuseau GMT-1.
Cette extension est-ouest du Maroc crée une différence naturelle de lever et coucher du soleil d’environ 55 minutes entre l’extrême est (Figuig-Oujda) et l’extrême ouest du pays (Lagouira). Cependant, ce décalage reste tout à fait normal et gérable avec un seul fuseau horaire, surtout que la majorité des régions ouest se situent au début du GMT-1.
De nombreux grands pays vivent avec plusieurs fuseaux horaires (États-Unis, Russie, Canada, Chine, etc.), ce qui génère parfois des complexités pour les transports, les communications et le mode de vie entre régions.
Les vraies économies d’énergie ne viennent pas du changement d’heure
La dépendance du Maroc aux énergies fossiles impose une rationalisation urgente de sa consommation électrique. Cette vulnérabilité expose le Royaume à la volatilité des cours mondiaux, accentuée par l'actuelle instabilité au Moyen-Orient, dont l'issue et les impacts économiques demeurent imprévisibles.
La bonne réflexion doit porter sur la recherche de solutions qui offrent des économies plus importantes tout en améliorant la participation des énergies renouvelables, laquelle ne dépasse pas 20 % de la consommation finale, malgré des capacités installées qui représentent plus de 46 % du mix énergétique.
À l'inverse de l’apport marginal du GMT+1, le levier majeur se trouve dans le secteur du bâtiment qui, avec 33 % de la consommation totale du pays, surpasse l'industrie. Prioriser la performance énergétique des bâtiments pourrait générer un impact économique bien plus lourd et durable que le changement d'heure.
GMT+1 : plus de 250.000 signatures pour un retour à “l’heure naturelle”
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