Mondial 2030. Un choc d’investissement porteur de croissance durable, mais dépendant de son efficacité selon le FMI
Selon les simulations du FMI, les investissements liés à la Coupe du monde de football 2030 peuvent soutenir la croissance, générer des gains de productivité et laisser un héritage économique au-delà de l’événement lui-même. Mais cet effet dépendra de plusieurs facteurs, dont la qualité de l’exécution, la maîtrise des coûts et la structure du financement.
Les préparatifs marocains pour la Coupe du monde de football 2030 apparaissent, dans une simulation du Fonds monétaire international (FMI), comme un grand cycle d’investissement public capable de soutenir durablement l’activité, mais à condition d'une exécution efficace des investissements.

Le programme étudié couvre la période 2024-2030 et représente 190 MMDH, soit 11,9% du PIB de 2024 (1.596,8 MMDH).Le programme porte sur les chemins de fer, les aéroports, les stades, les routes et les infrastructures urbaines et touristiques.
Il s’agit donc d’un programme massif, directement lié à la montée en capacité du pays avant 2030, mais aussi à une logique plus large de connectivité, d’attractivité et de modernisation territoriale.
Les canaux de croissance et leurs limites
Dans le scénario de base, cette montée de l’investissement porte le PIB réel d’environ 2% à l’horizon 2030 par rapport à une trajectoire sans ce programme. Après 2030, lorsque le capital public accumulé commence à produire davantage d’effets sur la productivité, le gain de long terme atteint autour de 3% du PIB.
L’effet positif ne vient pas seulement de la dépense elle-même. Il vient surtout du fait que de meilleures infrastructures peuvent améliorer la productivité, renforcer la compétitivité et soutenir ensuite l’investissement privé.
Cette lecture repose aussi sur un constat important. Le FMI rappelle que l’amélioration de la quantité et de la qualité des infrastructures a contribué de manière importante aux gains de productivité au Maroc. Selon son estimation, cette contribution représente environ un cinquième de la progression de la productivité depuis 2005, avec un rôle particulièrement marqué des télécommunications et des ports.
L’image n’est toutefois pas entièrement positive. Le FMI indique que le contenu importé du programme d’investissement reste élevé, autour de 60% des dépenses d’investissement, notamment en raison des équipements et intrants liés au rail et aux aéroports.
Cela réduit l’effet immédiat sur l’activité. Ainsi, seule une partie du choc de dépense soutient directement l’économie nationale, tandis qu’une autre part se traduit par une fuite vers l’extérieur.
De la même manière, la simulation met en évidence un effet d’éviction temporaire sur l’investissement privé. À court terme, le recours accru à l’endettement public relève les primes de risque souveraines et les taux d’intérêt réels, ce qui freine l’investissement privé.
Mais cet effet s’atténue ensuite. À moyen terme, l’accumulation de capital public et les gains de productivité améliorent les rendements et soutiennent de nouveau l’investissement privé.
Par ailleurs, le résultat le plus instructif concerne la qualité de l’exécution. Lorsque l’efficacité de l’investissement public est relevée de 20% dans la simulation, le gain de PIB de long terme monte autour de 3,5 à 4%. Cependant, lorsqu’elle est abaissée de 20%, le gain retombe autour de 2 à 2,5%.
Cela dit, le volume de dépense compte, mais la qualité de la dépense compte tout autant. Un même montant peut produire des résultats très différents selon la gouvernance, la coordination, le suivi des chantiers et la maîtrise technique.
Financement et risques budgétaires
Selon la simulation, le déficit public s’élargirait en moyenne d’environ 1,2 point de PIB pendant la phase 2024-2030. La dette publique augmenterait de 7 à 8 points de PIB jusqu’en 2030, avant de commencer ensuite à reculer, sous l’effet combiné de l’amortissement de la dette et du renforcement de la croissance.
Un tel programme d’investissement pourrait ainsi produire un dividende macroéconomique, mais pas sans exercer une pression temporaire sur les finances publiques
Il faut toutefois préciser que ces hausses du déficit et de la dette mesurent, dans la simulation, l’effet additionnel du programme d’investissement par rapport à un scénario sans ce programme. Elles ne signifient donc pas automatiquement que la dette marocaine augmenterait de 7 à 8 points de PIB d’ici 2030.
La trajectoire effective dépendrait aussi de la croissance, de l’inflation, de l’évolution des recettes ordinaires, des autres dépenses et des choix de financement.
Le principal risque mis en avant est celui des dépassements de coûts. Dans la simulation, un scénario de surcoûts de 30% conduirait, vers 2034, à un niveau de dette publique supérieur de 2 à 3 points de PIB à celui du scénario de base, alors que les gains de PIB resteraient globalement proches.
En d’autres termes, à cet horizon, un programme plus coûteux alourdirait surtout la dette sans amélioration significative de la croissance.
Un autre résultat intéressant concerne le financement. Dans la simulation, le financement de 4,6 points de PIB d’investissement par une hausse de la fiscalité sur la consommation réduirait la dette du secteur public de 3 à 4 points de PIB par rapport au scénario de base.
À court terme, l’effet serait une baisse temporaire de la consommation réelle, sous l’effet du recul du revenu disponible. Mais à l’horizon d’une dizaine d’années, le PIB réel finirait même par dépasser celui du scénario de base, notamment grâce à une prime de risque plus faible.

Dans le même sens, il convient de noter que la part du Trésor dans le financement du programme d’investissement ne dépasse pas 12%. Le reste est assuré par les EEP et les collectivités territoriales.

De même, concernant le risque d’endettement, plus des deux tiers de l’enveloppe d’investissement proviennent du financement bancaire interne. Quant au financement extérieur, il ne dépasse pas 17% du financement total, soit 33,5 MMDH.
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