Tourisme de croisières. Pendant la guerre, le Maroc gagne des escales… mais pour combien de temps ?
Alors que le conflit au Moyen-Orient et la flambée des prix de l’énergie inquiètent les opérateurs touristiques, le Maroc semble paradoxalement tirer son épingle du jeu dans le secteur des croisières. Mais cet effet d’aubaine pourrait n’être que temporaire si la situation devait s’éterniser. Explications.
La crise énergétique et les tensions géopolitiques font peser de lourdes incertitudes sur le tourisme de croisières. Si certains opérateurs redoutent une baisse des escales au Maroc, notamment à Casablanca, un expert du secteur affirme tout le contraire, à moins d'une crise durable.
Un effet immédiat positif pour le Maroc
Contrairement aux craintes, le Maroc ne subit pas pour l’instant les effets de la guerre au Moyen-Orient, estime Jalil Madih, le plus grand spécialiste du tourisme de croisière du pays. Pour ce dernier, la tendance est même à la hausse.
"Pour l’instant, les perspectives sont très bonnes, car nous n’avons reçu aucune annulation. Au contraire, on a eu plus d’escales que prévues", affirme notre interlocuteur. Il ajoute que certaines escales programmées initialement ailleurs ont même été redirigées vers les ports marocains qui reçoivent des paquebots de croisière.
Ainsi, l’activité reste soutenue au port de Casablanca depuis le début de la guerre. Pour le seul mois d’avril, une vingtaine d’escales ont été programmées à Casablanca avec des navires transportant entre 1.500 et 4.000 passagers, soit plusieurs dizaines de milliers de croisiéristes au total.
Le Moyen-Orient à l’arrêt, une opportunité indirecte
Selon le spécialiste, l’explication tient à un basculement géographique des flux, avec des croisières au Moyen-Orient à l’arrêt notamment en Égypte, en Jordanie, à Dubaï, à Abu Dhabi, au Qatar… qui ne sont plus sur la carte des armateurs.
La conséquence directe est que les compagnies redéploient leurs navires de croisiéristes, avec des itinéraires alternatifs incluant notamment le Maroc qui en bénéficie directement.
Un avantage structurel face à ses concurrents
Au-delà de la conjoncture, le Royaume dispose, selon lui, de plusieurs atouts, car contrairement à des destinations concurrentes comme Barcelone ou Lisbonne, il bénéficie d’un statut spécifique.
"Le Maroc est la première zone portuaire hors espace Schengen qui offre la possibilité aux armateurs de récupérer la TVA. Et depuis que Gibraltar n’est plus dans l’Union européenne, beaucoup d’escales se déplacent vers le Maroc", précise Jalil Madih. Il souligne un autre avantage stratégique du pays : sa double ouverture Atlantique/Méditerranée, unique dans la région.
Un secteur résilient mais extrêmement volatile
Pour autant, le professionnel appelle à la prudence. Il affirme que le tourisme reste une industrie très sensible aux crises, car les gens pensent d’abord à se nourrir avant de partir en vacances. C'est ce qui s’était passé lors des attentats au Maroc, des guerres du Golfe et de la crise sanitaire de la Covid.
Et d’ajouter que le principal danger reste celui d’une flambée durable des prix de l’énergie, avec un baril qui pourrait selon certains experts atteindre 200 dollars. Les conséquences seraient radicales. Dans ce cas, "seuls les plus fortunés pourront encore voyager."
Tout en précisant que le carburant ne représente "que" 10% à 12% des coûts d’un paquebot, notre interlocuteur craint un impact global et systémique sur le transport aérien, routier et maritime.
"Ce n’est pas un problème marocain, c’est toute l’industrie mondiale qui serait impactée".
Des fragilités logistiques persistantes
Au-delà des facteurs externes, le Maroc doit relever plusieurs défis internes. Notre expert pense que le pays ne dispose pas encore d’un véritable écosystème de croisière, en raison d'un manque d’autocars et de guides pour accueillir les croisiéristes en quête d’excursions.
L’autre enjeu est de faire du Maroc un port tête de ligne, soit le point de départ des croisières et non plus une simple escale. Ce qui nécessite une coordination port-aéroport, une simplification douanière et des infrastructures adaptées.
Récemment, plusieurs événements ont illustré cette fragilité, avec la combinaison de la houle et d'une congestion portuaire ayant entraîné l’annulation d’une dizaine d’escales de paquebots, notamment à Casablanca et à Tanger.
Une trajectoire de croissance toujours intacte
Malgré ces limites, les perspectives restent solides. Après l'accueil de 240.000 croisiéristes en 2024, la tendance était à la hausse en 2025, et 2026 est annoncée comme une année record avec davantage d’escales.
Si l’objectif d’atteindre 1 million de croisiéristes à l'horizon 2030 est ambitieux, il reste cependant crédible, estime Jalil Madih. Ce dernier est convaincu que le Maroc peut y arriver avant 2030… à condition d’améliorer le service. Pour être à la hauteur des attentes des clients internationaux, le véritable enjeu est qualitatif.
Et de conclure que cette opportunité conjoncturelle d’un contexte géopolitique qui redessine les flux touristiques à son avantage devra être mise à profit et pérennisée par le Maroc. Bien qu'à long terme, tout dépendra de facteurs non maîtrisés comme la guerre, le prix du pétrole et, enfin, la stabilité mondiale.
En effet, dans l’industrie des croisières comme ailleurs, les crises peuvent générer des opportunités. Mais elles peuvent aussi les effacer brutalement, du jour au lendemain.
à lire aussi
Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.
Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.
Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.
Article : L’Oukaïmeden, station d’hiver et espace culte de transhumance
Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.
Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.
Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.