La famille au Maroc. Mariages plus tardifs, modèle nucléaire dominant… ce que révèle l’enquête 2025 du HCP
Trente ans après la précédente enquête, le HCP met en lumière une famille marocaine qui reste un pilier de solidarité, mais sur laquelle pèsent désormais de nouvelles tensions. Vieillissement de la population, fragilité de certaines configurations familiales, pression économique croissante sont autant de réalités que les politiques publiques ne pourront plus traiter à la marge.
Le haut-commissariat au Plan (HCP) a présenté, le 8 avril 2026, les premiers résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025, menée entre mai et septembre 2025 auprès d’un échantillon de 14.000 familles.
Lors de cette présentation, Chakib Benmoussa a insisté sur l’importance de cette enquête, d’autant plus qu’elle intervient trente ans après sa dernière édition, réalisée en 1995.
"Cette orientation thématique n’est pas uniquement descriptive. Elle s’inscrit dans un cadre de production d’un référentiel statistique susceptible d’éclairer des champs variés de politique publique : logement, protection sociale, soutien à la parentalité, prise en charge du vieillissement, inclusion économique, égalité femmes-hommes et cohésion sociale", indique le haut-commissaire au Plan.
Trente ans de mutations
Les premiers résultats de l’enquête montrent que la famille marocaine n’a pas été, durant les trente dernières années, à l’abri des changements culturels, sociaux et économiques. Ceux-ci ont, d’une manière ou d’une autre, eu un impact sur elle.
Le premier constat est celui d’une transformation réelle de la structure familiale. La famille nucléaire s’impose désormais comme la forme dominante, représentant 73% des ménages contre 60,8% en 1995. Dans le même temps, les familles élargies reculent fortement, passant de 35,2% à 19,8%.
Mais cette nucléarisation ne signifie pas la disparition des solidarités. Au contraire, les liens familiaux restent puissants. 59,3% des personnes âgées vivent encore avec au moins un de leurs enfants, et la proximité résidentielle avec les parents demeure forte, même si elle prend des formes différentes selon les territoires.
En ville, elle passe souvent par la cohabitation dans le même immeuble ou à proximité. Dans le monde rural, elle s’exprime davantage à l’échelle du douar. La famille reste donc un appui concret dans la vie quotidienne, même lorsqu’elle ne vit plus sous un même toit élargi.
L’enquête fait aussi apparaître une transformation du rapport au mariage. L’âge moyen au premier mariage atteint désormais 33,3 ans pour les hommes et 26,3 ans pour les femmes, ce qui confirme le recul de l’entrée en union.
Dans le même sens, 51,7% des célibataires adultes déclarent ne pas souhaiter se marier. Ce changement traduit le poids de contraintes matérielles de plus en plus fortes.
Les unions restent encore largement accompagnées par la famille, et les mariages entre apparentés, bien qu’en recul, représentent encore 20,9% des cas.
L’enquête montre également que les formes familiales se diversifient. Les familles monoparentales occupent une place plus visible dans le paysage social, et dans 90,7% des cas, elles sont dirigées par des femmes. De même, la hausse des couples sans enfants reflète d’autres mutations de fond, liées notamment au vieillissement démographique et à l’évolution des parcours de vie.
Sur le plan des valeurs, la famille conserve une place décisive. 75% des ménages estiment qu’elle joue un rôle central dans la transmission des valeurs aux enfants.
Par ailleurs, la technologie a pris sa place dans la famille marocaine. Ainsi, plus de la moitié des personnes interrogées considèrent que la technologie contribue aujourd’hui à renforcer les liens familiaux. Là aussi, le changement ne se traduit pas par une rupture. Les outils et les modes de vie évoluent, mais la famille continue d’être perçue comme un espace de repère, de transmission et de cohésion.
Ces premiers résultats mettent en évidence le fait que la famille marocaine change dans ses formes, dans ses rythmes et dans ses trajectoires. Elle devient plus nucléaire, les unions se forment plus tard, les parcours sont plus diversifiés. Mais elle reste au cœur de l’organisation sociale, de la solidarité entre générations et de la transmission des valeurs.
La question est désormais de savoir comment les politiques publiques vont accompagner cette mutation. Certaines réalités ne peuvent plus être ignorées, en particulier le vieillissement de la population, la situation des femmes chefs de famille et celle des personnes âgées.
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