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GITEX 2026

Lamiae Benmakhlouf : “35% de nos startups exportent déjà sur quatre continents”

À l'occasion de la 4e édition du GITEX Africa à Marrakech, "Le 12/13" de Médias24 reçoit Lamiae Benmakhlouf. Figure emblématique de l'écosystème entrepreneurial marocain, elle revient sur la mutation profonde du Technopark, le passage d'un modèle d'hébergement à un accompagnement proactif, et les ambitions chiffrées de la stratégie Maroc Digital 2030.

Lamiae Benmakhlouf : “35% de nos startups exportent déjà sur quatre continents”
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Le 9 avril 2026 à 15h48 | Modifié 9 avril 2026 à 16h30

Médias24 : Vous dirigez le réseau des Technoparks installés dans différentes villes du Royaume. Vous êtes passés d’un modèle d’hébergement des jeunes pousses à un modèle d’accompagnement proactif. De quel accompagnement parle-t-on concrètement et pourquoi avoir adopté ce shift ?

Lamiae Benmakhlouf : Merci pour la question, elle est très pertinente, parce qu’il faut toujours rappeler l’histoire et la genèse de ce Technopark. C’était en 2001. Sa Majesté le Roi l’a inauguré, et sa vision était justement de créer un espace, le premier incubateur de startups tech marocaines.

À l’époque, on ne savait même pas ce que c’était qu’une startup ni pourquoi la technologie, mais voilà, c’était visionnaire. On a démarré pour donner aux startups, petites entreprises technologiques naissantes, l’occasion d’être dans un même lieu qui va les rassembler et les doter des moyens, des infrastructures nécessaires et d’internet gratuit. Internet était cher à l’époque...

C’est comme ça qu’on a démarré. Et on a toujours eu des avantages compétitifs pour attirer les startups. On a démarré avec l’internet gratuit, avec le fait de les immerger dans un environnement où elles allaient être ensemble avec d’autres startups, partager les expériences, les expertises. Puis on a commencé à inviter des acteurs de l’écosystème à venir au Technopark et à être présents de manière permanente. Et c’est comme ça qu’est né un écosystème.

Puis, au fil des ans, on s’est dit : Technopark Casablanca est full. Donc en 2008, on était déjà à 100% de taux d’occupation, et on s’est dit qu’il fallait penser à une stratégie d’expansion régionale. Donc en 2010, on a dupliqué le modèle à Rabat, puis à Tanger en 2015, à Agadir en 2021 avec deux projets, la Cité de l’innovation et le Technopark d’Agadir, puis Essaouira en 2023. Et je peux vous dire qu’on a toujours eu des stratégies où le Technopark évoluait au fur et à mesure des besoins des startups.

La dynamique est là, et c’est un travail de longue haleine de la part des institutions publiques et privées. Nous sommes sous la tutelle du ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration. Nous sommes soutenus et épaulés par ce ministère dédié. C’est en 2021 qu’on a vu un ministère dédié, et vraiment, on a palpé le changement.

Et puis il y a cette stratégie Maroc Digital 2030, qui a posé les bases solides pour bâtir un écosystème startup et pour accélérer la transformation digitale du pays. Donc le Technopark est un des acteurs qui va déployer ces stratégies, particulièrement pour l’émergence de nouveaux champions nationaux, grâce justement au soutien financier et technique du ministère.

Donc, il y a une évolution au niveau de la qualité de l’accompagnement qu’on déploie, mais aussi une évolution au niveau de l’inclusion territoriale.

- Aujourd'hui, l'accès à Internet n'est plus le défi majeur. Quelles sont les véritables difficultés des jeunes pousses pour grandir et développer leur modèle technologique et business ?

- Nous accompagnons les startups sur cinq ans, de l'early stage jusqu'à l'accélération. À chaque phase correspondent des besoins spécifiques. En early stage : il s'agit de structurer le modèle, d'obtenir son MVP (Minimum Viable Product) et son POC (Proof of Concept).

La commercialisation : la startup doit être agile et tester ses solutions directement avec son premier client. On ne peut pas innover en silo.

Aujourd'hui, l'accompagnement est structuré sur mesure selon le secteur adressé. Que ce soit dans la santé ou la FinTech, nous aidons à la conformité réglementaire. C'est un accompagnement spécifique dépendant des secteurs.

- Dans un événement comme le GITEX, on parle beaucoup d'ambition africaine. Nos startups sont-elles prêtes à s'internationaliser et à exporter leur savoir-faire ?

- Nous traquons l'évolution de toutes les startups qui passent par le Technopark. Depuis trois ans, nous sommes impressionnés par le taux d'export : sur 450 startups et TPE digitales accompagnées, 35% exportent sur les quatre continents. C'est un taux très encourageant, particulièrement vers l'Europe et l'Afrique, mais aussi les États-Unis et le Moyen-Orient.

L'internationalisation doit être une stratégie appréhendée dès le démarrage. Pour "scaler", il faut adresser des marchés au-delà des frontières. Nous connectons nos startups aux accélérateurs internationaux et les dotons de programmes d'accompagnement à l'export, en partenariat avec l'APEBI ou l'ASMEX. Nous faisons même appel à d'anciennes startups internationales comme HPS. M. Horani vient lui-même coacher et mentorer ces jeunes pousses.

- L'internationalisation ne risque-t-elle pas de créer de la valeur ailleurs qu'au Maroc ?

- Une startup qui s'internationalise crée d'abord de la valeur dans son pays. Elle emploie plus, et ces emplois qualifiés sont créés ici, au Maroc. C'est une stratégie win-win. De plus, nous observons un "coming back" de la diaspora marocaine qui revient vers le pays.

- Justement, comment mesurez-vous l'impact de cet écosystème sur l'employabilité des jeunes ?

- Nous menons une enquête annuelle. Nous affichons un taux de réussite de 90% pour les startups que nous accompagnons, mesuré par l'évolution du chiffre d'affaires, de l'effectif et des références clients. En moyenne, chaque startup crée 3 à 5 emplois la première année. À la deuxième ou troisième année, cela monte à 10 ou 15 emplois, pour atteindre environ 30 emplois à leur sortie du Technopark. Voici les chiffres de création d'emplois au sein du Technopark : 900 emplois en 2023 ; 1.400 emplois en 2024 ; 1.760 emplois en 2025.

- L'IA et la souveraineté numérique sont-elles concrètement intégrées par nos startups ou est-ce encore de la "littérature" ?

- C'est très concret. Entre 2023 et 2025, le nombre de startups spécialisées en Data et IA a triplé au Technopark, passant de 100 à 300 structures. Nous déployons des programmes avec des experts pour garantir une IA responsable et éthique. Sur le volet de la souveraineté des données, nous avons des partenariats avec la CNDP et Oracle. Nous allons également signer une convention avec Orange pour le programme "Garden IA" afin d'accompagner les startups sur ces technologies émergentes.

- Et au niveau interne, le Technopark a-t-il intégré l'IA ?

- Absolument. Toutes nos équipes ont été formées, et ce n'est pas du "one shot", c'est récurrent. C'est une utilisation quotidienne. Nos workshops pour les startups sont basés sur des cas d'usage réels pour voir comment l'IA peut augmenter la performance et éliminer les tâches redondantes. C'est un levier de performance majeur.

- Les objectifs de la stratégie Maroc Digital 2030, notamment l'ambition d'avoir 3.000 startups et une ou deux licornes, sont-ils en phase avec la réalité du terrain ?

- Ce sont des objectifs ambitieux, mais le ministère a mis les moyens. La stratégie a été lancée en septembre 2024. En 2025, les appels à candidature pour le Startup VB (Venture Builder) et le Startup VC (Venture Capital) ont été lancés. Pour 2026, neuf fonds d'investissement de capital-risque ont été sélectionnés. En décembre 2025, six structures d'accompagnement, dont le Technopark, ont été choisies pour déployer l'offre allant de l'early stage à l'internationalisation.

Le Technopark accompagnera 240 startups sur les trois prochaines années, de manière inclusive sur toutes les régions. L'objectif global est d'atteindre 1.000 startups en 2026 et 3.000 en 2030. Nous mettons en place un pipeline de startups innovantes, avec un accompagnement technique et un financement adossé. C'est la meilleure manière de garantir leur succès.

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Le 9 avril 2026 à 15h48

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