Inédit, un “Handbook” du PCNS dissèque la trajectoire économique du Maroc depuis l'an 2000
Dans un contexte international plus instable et alors que les marges de manœuvre publiques se resserrent, le débat sur le modèle de développement marocain revient au premier plan. C’est dans cette séquence que s’inscrit le nouveau Handbook du PCNS, qui revisite à la fois les avancées du pays et les limites structurelles qu’aucune réforme n’a, jusqu’ici, réellement levées.
Le Policy Center for the New South (PCNS) a présenté, le jeudi 9 avril 2026, son Handbook consacré à l’économie marocaine. Premier ouvrage de ce type, il réunit plus de 50 contributeurs autour de 34 chapitres et propose, à ce jour, l’analyse la plus vaste de la trajectoire économique du Maroc.
L'ouvrage couvre une longue période historique, tout en concentrant son diagnostic sur les années 2000 à 2025. Il rassemble les contributions de plusieurs économistes marocains et étrangers.
Le projet cherche à expliquer comment le pays a changé, ce qui a fonctionné, ce qui reste bloqué, et ce que cela implique pour la prochaine phase du développement.
Le défi du développement
Le Maroc est une économie qui a progressé, qui s’est diversifiée et qui a renforcé ses infrastructures, mais qui continue de faire face à des limites en matière de productivité, d’emploi, de montée en gamme et de profondeur industrielle.
Dans ce cadre, Fathallah Oualalou évoque la trajectoire récente de l’économie marocaine et les défis que le pays doit désormais affronter.
"Depuis le début du 21e siècle, les réformes structurelles ont renforcé la résilience du Maroc face aux chocs, notamment les ralentissements économiques, les sécheresses successives et le séisme de 2023. Des secteurs dynamiques comme l’agriculture, l’automobile et les phosphates jouent désormais un rôle moteur dans l’économie. Mais face aux transformations mondiales, le Maroc doit repenser en profondeur son modèle de développement afin d’assurer l’inclusion sociale, l’innovation technologique et la transition écologique", souligne l’ancien ministre de l’Économie et des finances.
De son côté, Karim El Aynaoui, président exécutif du PCNS, indique qu’il n’existe plus aujourd’hui de recette unique pour le développement.
"Il n’y a pas de recette prête. Il n’y a pas de recette unique à implémenter par tous les pays et qui donnerait les mêmes résultats. C’est très hétérogène. Chaque pays doit trouver sa formule, en fonction de ce qu’il est. Les ingrédients sont les mêmes, mais il faut comprendre le monde, les choix et leurs conséquences. Il ne suffit pas de penser, il faut aussi agir, et aligner la multitude de composantes de l’État".
Karim El Aynaoui rappelle aussi que les pouvoirs publics font face à des chocs successifs, qui pèsent sur leurs choix, leurs priorités et, au final, sur les politiques de développement.
"Depuis 2008, les crises se répètent pour des raisons exogènes, qu’il s’agisse de la pandémie, des crises financières ou des conflits géopolitiques. Dans ce contexte, les gouvernements font face à une liste interminable de priorités, avec une capacité d’exécution limitée, ce qui impose des arbitrages, notamment au regard des ressources publiques".
La politique monétaire au cœur du débat
Faiçal Hossaini, professeur à l’UM6P et auteur du chapitre sur la politique monétaire, indique que la stabilité du Maroc s’est longtemps appuyée sur une combinaison particulière, à savoir un ancrage du taux de change, des restrictions sur les mouvements de capitaux et une priorité clairement accordée à la stabilité des prix.
"Cette architecture a donné au Maroc une relative stabilité macroéconomique, mais elle a aussi réduit une partie de sa capacité d’ajustement face aux chocs extérieurs", explique-t-il.
"Depuis 2018, le passage graduel vers un régime de change plus flexible ouvre une nouvelle étape de la politique monétaire. En élargissant la bande de fluctuation du dirham, Bank Al-Maghrib permet au taux de change de jouer un rôle plus actif d’amortisseur face aux chocs. Cette évolution peut renforcer la résilience de l’économie, même si elle exige une gestion prudente de la volatilité, une communication claire et un bon ancrage des anticipations".
Selon Faiçal Hossaini, la politique monétaire marocaine a renforcé ses instruments, son cadre institutionnel et sa capacité de réaction face aux chocs. Mais son efficacité reste encore largement conditionnée par le rôle central du crédit bancaire et par la qualité de sa transmission à l’économie réelle.
"Bank Al-Maghrib a renforcé son indépendance, affiné ses instruments et amélioré sa communication, tout en réagissant aux grands chocs des deux dernières décennies. Mais le canal du crédit reste plus important que le canal classique des taux. Cela signifie que la modernisation de la politique monétaire ne suffit pas à elle seule. Pour mieux soutenir l’investissement et la transformation productive, elle doit s’appuyer sur une meilleure transmission bancaire, un approfondissement financier plus important et une coordination plus étroite avec les politiques budgétaire et industrielle", précise-t-il.
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Voici la liste des auteurs du Handbook :
Karim El Aynaoui
Arkebe Oqubay (Éthiopien)
Fathallah Oualalou
I. William Zartman (Américain)
Faiçal Hossaini
Oumayma Bourhriba
Idriss El Abbassi
Saïd Tounsi
Aziz Ragbi
Badr Mandri
Mohammed Benmoussa
Kenza Benhima
Linah Shimi
Yassine Slaoui
Mounia Boucetta
Aziz Ajbilou
Abdelaaziz Ait Ali
Youssef El Jai
Mina Baliamoune-Lutz
Eduardo A. Haddad (Brésilien)
Mahmoud Arbouch
Khadija Karibi
Hassane Kharmich
Khalid El Harrouni
Hinh T. Dinh (Vietnamien)
Rim Berahab
Sabrine Emran
Aomar Ibourk
Tayeb Ghazi
Touhami Abdelkhalek
Dorothée Boccanfuso (Française)
Hamza Saoudi
Adnane Lahzaoui
Meriem Oudmane
Youssef Bouazizi
Nouzha Chekrouni
Ahmed Tritah
Taoufik Abbad
Karim El Mokri
Ilyes Boumahdi
Henri-Louis Védie (Français)
Fahd Azaroual
Mariem Liouaeddine
Zakaria Mansouri
Mohammed Bijou
Larabi Jaïdi
Fatima Ezzahra Mengoub
Isabelle Tsakok (Mauricienne et Américaine)
Hassane Serghini Idrissi
Abdelkabir Kamili
Mounssif Aderkaoui
Jaldi Abdessalam Saad
Bensaoud Raja
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