Mustapha Lahlali : “La fintech marocaine avance, mais doit encore changer d’échelle”
Un an après sa création, le Morocco Fintech Center dresse un premier bilan et dévoile sa feuille de route. Son directeur général, Mustapha Lahlali, était l'invité du 12/13 de Médias24, en marge du Gitex Africa-Morocco à Marrakech.
Le Morocco Fintech Center (MFC) a soufflé sa première bougie. Créée le 15 janvier 2025 par quinze membres fondateurs – régulateurs, ministères, banques et institutions publiques et privées –, la structure affiche une ambition clairement assumée : positionner le Maroc parmi les leaders africains de la fintech. "L’année 2025, nous l’avons consacrée à l’élaboration de notre stratégie et de notre feuille de route pour les deux à trois prochaines années. Et nous ne nous sommes pas contentés de définir cette stratégie, nous sommes passés à des réalisations concrètes", a déclaré Mustapha Lahlali.
Une offre structurée autour de trois programmes
L'architecture d'offre du MFC repose sur quatre piliers : un guichet commun d'accueil des porteurs de projets, et trois programmes baptisés "les trois B" : Boost, Bridge et Build.
Sur le volet Boost, le MFC a lancé en 2025 le Morocco Fintech Accelerator, en partenariat avec l'UM6P. "On a accompagné 19 fintechs dans la phase d'accélération, sur plusieurs volets : entrepreneurial, réglementaire, accès au financement et business model", a précisé Lahlali. Et l'accompagnement ne s'arrête pas au Demo Day : "Notre objectif, ce n'est pas de réaliser un programme pour le réaliser, mais d'accompagner dans la durée nos fintechs".
Quelques jours avant le GITEX, le MFC a également lancé un programme dédié cette fois aux startups en phase d'idéation, les "jeunes pousses" en early stage.
Parmi les temps forts de l’événement figure la signature d’un accord avec Bank of Africa. Un partenariat qui vise à donner aux fintechs accès à des cas d’usage, à des experts métiers, à des environnements d’expérimentation et à de la data. "Il y a d’autres conventions en cours de préparation. Nous ferons les annonces en temps opportun", a indiqué le directeur général, précisant être sollicité par plusieurs institutions, notamment des banques.
Le plaidoyer réglementaire, deuxième chantier prioritaire
Sur la question de l'opposition supposée entre banques traditionnelles et fintechs, Lahlali est catégorique : "S'ils n'avaient pas cet objectif, on n'aurait pas déjà trois grandes banques dans le tour de table du Morocco Fintech Center". Attijariwafa Bank, Bank of Africa et la Banque Centrale Populaire figurent parmi les quinze membres fondateurs, et d'autres établissements auraient déjà manifesté leur intérêt pour rejoindre la structure.
Le programme Bridge incarne le rôle de plaidoyer réglementaire que s'est assigné le MFC auprès des trois régulateurs du secteur financier : Bank Al-Maghrib pour le bancaire, l'AMMC pour le marché des capitaux, et l'ACAPS pour les assurances. "Le Morocco Fintech Center joue le rôle de plaidoyer réglementaire pour être une force de proposition", a souligné Lahlali.
Il cite en exemple le programme "Émergence" de l’ACAPS, dont le président a conclu les travaux en identifiant des cas d’usage ne nécessitant "zéro réajustement réglementaire", une illustration concrète du fait que la contrainte réglementaire n’est pas systématique.
L'accès au financement et les talents, autres défis
Au-delà du réglementaire, Lahlali identifie deux autres freins majeurs : l'accès au financement et le développement des compétences. Le MFC a signé en marge du GITEX un mémorandum d'entente avec Tamwilcom et est en discussion avec plusieurs institutions de formation pour la mise en place de programmes dans le développement des compétences. "Il n'y a pas de fintech sans talents qualifiés", insiste-t-il, évoquant des négociations pour concevoir des programmes adaptés.
Pour conclure, Lahlali a rappelé le poids du secteur à l'échelle continentale : sur les neuf licornes africaines – ces startups valorisées à plus d'un milliard de dollars –, huit sont des fintechs. "L'ambition est là. La volonté de toutes les parties prenantes est là. Il faudrait que tous les acteurs de l'écosystème puissent mettre la main dans la main pour que le Maroc se positionne là où il doit l'être".
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