Pour Rachid Ressani, le Maroc est désormais un “référent” africain de la tech, porté par une dynamique “soutenue et stable”
Au Gitex Africa à Marrakech, Rachid Ressani, administrateur et trésorier de l’APEBI et CEO de IT Road Group, a dressé un bilan stratégique de l'écosystème numérique national sur le plateau du 12/13. Pour lui, le Royaume a dépassé le stade de bâtisseur pour devenir un référent mondial.
À l’occasion du GITEX Africa Morocco, Rachid Ressani, administrateur et trésorier de l’APEBI, a défendu l’idée d’un écosystème technologique marocain entré dans une phase de maturité. Selon lui, le Royaume n’est plus dans une logique de construction, mais s’impose désormais comme un acteur de référence à l’échelle continentale.
“Le Maroc n’est plus considéré comme un acteur qui est en cours de construction, mais il est considéré comme un référent sur le plan technologique africain”, affirme-t-il avant d'ajouter : “lorsqu’on compare les écosystèmes africains, le landscape aujourd’hui le plus mature (...) reste le Maroc”.
Pour étayer cette lecture, Rachid Ressani s’appuie sur sa propre expérience d’entrepreneur présent sur plusieurs marchés. Il explique faire “de manière naturelle cette comparaison entre la dynamique aujourd’hui marocaine, et la dynamique des autres écosystèmes où le groupe est installé”, en relevant notamment “une certaine cadence soutenue” et “une dimension de stabilité en matière de vision” comme “en matière d’exécution”. Il va plus loin en estimant que le Maroc figure parmi les pays les plus avancés sur certains segments liés à l’intelligence artificielle.
Le chantier de la “PME Tech” pour faire émerger des champions marocains
Interrogé sur le concept de “PME Tech”, promu par l’APEBI, Rachid Ressani indique qu’un projet de structuration est en cours avec les autorités de tutelle et les institutions concernées. L’objectif, explique-t-il, est de concevoir “un label PME Tech marocain”.
Dans son esprit, ce statut doit permettre d’accompagner la trajectoire d’entreprises technologiques marocaines, depuis la phase de start-up jusqu’à des stades beaucoup plus avancés. “L’objectif de ce statut PME Tech, c’est qu’on puisse créer à partir d’une PME marocaine ou d’une start-up marocaine en début de vie, au bout d’un certain nombre d’années, un champion national qui a une offre mature, en parfaite capacité de s’ouvrir vers le monde de l’export et de l’international”, précise-t-il.
Il insiste également sur l’accélération rendue possible, selon lui, par l’ouverture technologique de ces dernières années. "La technologie est ouverte, les innovations sont ouvertes", souligne-t-il, estimant qu’aujourd’hui "le cycle de croissance et de montée en puissance d’une entreprise marocaine (…) est beaucoup plus rapide qu’il ne l’était il y a cinq à dix ans".
À ses yeux, cette évolution se traduit déjà au sein de la fédération. Il affirme constater chez les membres, “quelle que soit leur taille, une montée en puissance exponentielle sur le plan technique, sur le plan offre de services, mais aussi sur le volet résultat”. Il ajoute que la “quasi-totalité” des entreprises membres sont désormais “en capacité de monter des offres d’export à l’international”. Le travail en cours vise donc, selon lui, à “formaliser”, “instituer” et “catalyser” cette dynamique à plus grande échelle.
Maroc Digital 2030 : une stratégie jugée pertinente, avec des ajustements plutôt que des “décalages”
Sur la stratégie Maroc Digital 2030, le responsable de l’APEBI se dit clairement satisfait de l’orientation prise. Il considère qu’elle répond “de manière très importante” aux attentes du secteur. Il souligne qu’elle couvre “plusieurs dimensions, plusieurs volets, plusieurs portefeuilles, plusieurs technologies, plusieurs segments”, qu’il qualifie de “quasiment tous vitaux”.
Selon lui, la rapidité de transformation actuelle impose un rythme d’exécution soutenu. Il explique que “le contexte économique et mondial” ne permet pas d’avancer lentement, d’où la mise en place, par le ministère, d’“une stratégie qui permet d’accélérer la mise en place”.
À la question d’éventuels décalages entre les politiques publiques et la réalité du terrain, Rachid Ressani rejette le terme d’"inadéquation". "Ce ne sont pas des décalages", tranche-t-il. "Ce que l’on appelle désormais, c’est du fine tuning", c’est-à-dire des "ajustements" liés aux contraintes, aux événements et aux évolutions en cours.
L’un des enjeux qu’il met en avant est celui de la souveraineté. Dans un contexte qu’il décrit comme “très critique”, il estime qu’“il faut veiller à ce que l’actif informatique marocain soit souverain”. Il reconnaît toutefois que cet objectif est complexe à concrétiser, compte tenu de “l’ouverture des technologies”, de “la diversité des éditeurs” et de “la diversité des players mondiaux”.
Dans l’offshoring, l’IA vue comme un facteur “à double tranchant”
Concernant l’impact de l’intelligence artificielle sur l’offshoring, Rachid Ressani adopte une position nuancée. “L’intégration de l’IA dans le secteur de l’offshoring peut être un facteur à double tranchant. Ça peut être peut-être une menace, mais aussi une opportunité”, explique-t-il.
Il insiste sur la nécessité d’organiser l’adaptation du secteur, en identifiant les opportunités et en accompagnant leur intégration. Il cite notamment le programme Jazari, qui met l’accent sur une “formation IA intensive” et vise à installer un “mindset IA” de manière “transverse” et “générique” dans les écosystèmes professionnels et académiques.
Dans cette perspective, l’enjeu consiste, selon lui, à préserver le capital humain, à accompagner la transformation des métiers et à permettre au secteur de se repositionner sur de nouvelles opportunités. Il estime d’ailleurs que, malgré l’automatisation, la demande mondiale restera très forte : “on manquera toujours de ressources et d’effectifs pour répondre à l’offre mondiale et internationale”, notamment en raison d’exigences croissantes en matière de rapidité d’exécution et de qualification.
Un pays déjà présent, qui veut mieux capter la valeur de ses talents
Interrogé sur la capacité du Maroc à devenir un pays producteur de technologies, Rachid Ressani considère que le pays est déjà “un acteur assez présent dans la place”. Selon lui, les talents marocains contribuent déjà au déploiement de solutions et d’expertises, y compris à l’international.
À la question de la circulation des talents, il adopte une lecture positive. Il rappelle que ces profils ont été “formés au Maroc”, qu’ils ont souvent travaillé dans des entreprises marocaines, puis acquis une expérience à l’étranger. À ses yeux, cette mobilité peut constituer “une richesse”, à condition que le pays puisse ensuite bénéficier de cette expertise.
Il affirme d’ailleurs observer depuis deux ans une dynamique de retour. “L’ensemble des acteurs ou des talents marocains qui sont installés à l’international (...) n’ont qu’une seule envie, c’est de rentrer”, dit-il. Il évoque même “une rentrée massive” et précise recevoir “une dizaine d’appels par mois” pour aider à “faciliter un peu l’intégration, l’onboarding sur l’écosystème marocain”.
Pour lui, cette évolution doit être lue non comme un sujet d’inquiétude, mais comme un levier de création d’opportunités. “On ne doit pas s’inquiéter pour ça. Au contraire, c’est un point de richesse, un point de création d’opportunités”, conclut-il.
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