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Defense

Modernisation navale. Ce que révèle l'arrivée imminente du patrouilleur “Moulay Hassan I”

Construit par le chantier espagnol Navantia à San Fernando, le patrouilleur "Moulay Hassan I" a entamé son programme d’essais en mer. Ce navire de 130 millions d'euros est conçu pour répondre aux défis spécifiques des eaux marocaines, de la police des mers à la protection des futures infrastructures au large des côtes du Royaume.

Modernisation navale. Ce que révèle l'arrivée imminente du patrouilleur “Moulay Hassan I”
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Le 27 avril 2026 à 16h40 | Modifié 27 avril 2026 à 18h05

Lancé officiellement le 27 mai 2025, ce projet est le fruit d’un contrat signé en septembre 2022. D'un coût total de 130 millions d’euros, et soutenu par un prêt de 95 millions d’euros de la Banque Santander, le navire appartient à la classe Avante 1800+.

Avec ses 87 mètres de long et 13 mètres de large, cette unité de 2.100 tonnes peut atteindre une vitesse de 24 nœuds, avec un équipage de 60 personnes. Jusqu’à sa livraison officielle, le bâtiment arborera le pavillon espagnol, le temps de valider ses performances et de finaliser la formation technique du personnel marocain.

Une "sentinelle" plutôt qu'un navire de guerre

Si sa silhouette massive peut rappeler celle d’une corvette, le "Moulay Hassan I" est avant tout un patrouilleur océanique (OPV, pour Offshore Patrol Vessel).

Pour Abdelhamid Harifi, notre consultant militaire, ce choix est mûrement réfléchi. Contrairement aux modèles similaires vendus par Navantia au Venezuela, l’unité marocaine est volontairement dotée d'un armement léger : un canon de 76 mm et des mitrailleuses de 12,7 ou 20 mm.

"Ce navire répond à un besoin spécifique de la Marine royale pour ce que l’on appelle les missions AEM (action de l’État en mer)", explique Abdelhamid Harifi. Il ne s'agit pas ici d'aller au combat frontal, mais d'assurer la police des mers, à savoir la surveillance de la zone économique exclusive (ZEE), le contrôle des zones de pêche, la lutte contre l'immigration clandestine et les trafics illicites.

Sécuriser l’avenir énergétique du Royaume

L’un des enjeux majeurs de cette acquisition réside dans la nouvelle donne stratégique du Royaume, avec notamment le projet Anchois et le futur gazoduc Maroc-Nigeria.

"On ne fait pas la guerre tous les jours. En revanche, nous avons un besoin impérieux de moyens pour surveiller, protéger et sécuriser les infrastructures au large de nos côtes." C’est cette doctrine de protection de la souveraineté économique qui a dicté la conception du navire.

Le "Moulay Hassan I" n'est donc pas seulement un nouveau navire, il fait figure de "tête de série", ou de prototype, pour tester la pertinence du modèle sur le long terme. Le temps exceptionnellement long consacré à sa phase de recherche et développement (R&D) depuis la signature du contrat en 2022 s'explique d'ailleurs par l'exigence de l'état-major marocain. "Il a fallu adapter le modèle standard de Navantia pour qu'il réponde scrupuleusement aux besoins spécifiques de nos eaux territoriales", affirme notre consultant.

Cette stratégie de "sur-mesure" s'accompagne également d'une réflexion géopolitique sur l'autonomie du Royaume. En choisissant Navantia pour ce projet, le Maroc poursuit sa politique de diversification de ses partenaires de défense, car la sécurité nationale est non négociable. "Dépendre d’un seul constructeur ou d'un seul pays fournisseur peut constituer une menace directe pour notre souveraineté en cas de tensions diplomatiques ou de pressions internationales."

À travers la multiplication des sources d'approvisionnement (entre la France, les Pays-Bas et désormais l'Espagne) le Maroc s'assure une liberté de mouvement stratégique. Le succès des essais en mer du "Moulay Hassan I" pourrait ainsi ouvrir la voie à une série plus importante, voire, comme le suggère notre consultant, à une réflexion sur la construction locale de ces unités pour renforcer l'autonomie industrielle du pays.

Vers une marine de combat : l’horizon des sous-marins

Si la modernisation de la composante "police des mers" est aujourd’hui la priorité affichée, l’avenir de la Marine royale se dessine déjà vers des capacités nettement plus offensives. Depuis plusieurs mois, les rumeurs d'une acquisition de sous-marins par le Royaume circulent avec une insistance croissante dans les milieux spécialisés. Pour Abdelhamid Harifi, cette étape, si elle se confirme, marquerait un tournant historique, mais elle impose des exigences colossales.

"Acheter un sous-marin n'est pas une fin en soi", prévient cependant l'expert. L’entrée dans le club très fermé des puissances sous-marines nécessite en effet la création d'un écosystème complet, car il est indispensable d'avoir des unités de surface capables de protéger ces sous-marins, des navires logistiques pour les soutenir en mer, et surtout de développer une véritable tradition de combat maritime à très haute intensité.

En d'autres termes, parallèlement au déploiement des patrouilleurs comme le "Moulay Hassan I", le Maroc devra impérativement continuer d'investir dans des unités de combat de premier rang et dans une chaîne logistique robuste pour garantir la cohérence de sa force navale.

Une autorité réaffirmée, de Tanger à Lagouira

En attendant les futures évolutions, l'heure est à la consolidation des acquis. Le programme d’essais en mer du "Moulay Hassan I" constitue la dernière ligne droite avant son intégration officielle au sein de la flotte. Plus qu'un simple ajout technique, ce patrouilleur incarne la volonté du Royaume de ne laisser aucun vide sécuritaire dans ses eaux.

Véritable outil de souveraineté, il s'apprête à rejoindre les côtes marocaines pour devenir le pivot d'une autorité maritime réaffirmée. De la Méditerranée aux confins de l'Atlantique sud, le "Moulay Hassan I" aura pour mission de veiller sur les intérêts vitaux du pays, marquant une étape majeure dans l'ambition du Maroc de s'affirmer comme une puissance maritime incontournable en Afrique et dans le bassin méditerranéen.

Marine royale. Ce que cache réellement la piste des sous-marins sud-coréens

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Le 27 avril 2026 à 16h40

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