Dessalement : 8 à 10 ans pour changer d’échelle industrielle (Amine Mohamed)
Porter le taux d’intégration locale de 35 % à 70 % dans le dessalement de l’eau est une ambition qui s’inscrit dans le cadre d’une stratégie industrielle, estime le président du Cluster marocain des métiers de l’eau. Au delà de la simple production d’eau potable, Amine Mohamed nous déclare que le véritable objectif est de bâtir une filière industrielle compétitive, innovante et exportatrice pour le Maroc.
Dans un contexte de stress hydrique croissant, le Maroc accélère le développement du dessalement d’eau de mer. Mais au-delà de l’urgence, la vraie bataille est celle de l’intégration industrielle et de la souveraineté technologique.
À travers une feuille de route en 3 phases, le président du cluster marocain des métiers de l’eau affirme que le Maroc entend structurer un écosystème capable de produire progressivement les équipements nécessaires et d’attirer des investisseurs internationaux.
Une montée en puissance progressive
Interrogé par Medias24 sur le calendrier, Amine Mohamed estime que l’objectif de 70 % d’intégration locale ne peut être atteint du jour au lendemain et nécessite une trajectoire étalée sur 8 à 10 ans.
Une première phase de 3 ans visera à consolider l’existant, en identifiant les capacités industrielles locales et en optimisant leur production avec l’objectif de passer d’un taux actuel de 35 % à environ 40 à 45 %.
La deuxième phase, dite d’accélération industrielle, s’étalera sur trois à cinq ans pour atteindre 55 %. Elle reposera notamment sur l’émergence d’équipementiers capables de produire au Maroc des composants stratégiques.
Enfin, une troisième étape qui durera 3 à 5 ans ambitionne d’atteindre 70 % et de poser les bases d’une véritable souveraineté technologique tournée vers l’export.
Un socle industriel déjà existant
Contrairement à certaines idées reçues, le Maroc ne part pas de zéro. Des fonderies, des fabricants de pompes ou encore des entreprises spécialisées dans les canalisations sont déjà opérationnels. Certaines industries produisent même des équipements pour de petites unités de dessalement.
Si le dessalement est surtout destiné à l’eau potable et industrielle, son extension à l’agriculture est déjà en cours, avec plusieurs projets programmés dans les régions d’Agadir et de Casablanca.
En parallèle, le président insiste sur l’importance du traitement tertiaire des eaux usées, permettant leur réutilisation, voire leur mélange avec l’eau de mer, dans une logique de gestion intégrée des ressources hydriques.
L’enjeu consiste désormais à passer à l’échelle industrielle, notamment pour les grandes stations, en attirant des investisseurs locaux et étrangers capables de renforcer les capacités de production.
La question clé des technologies critiques
A la question de savoir si le Maroc pourra à terme maitriser tout le processus de dessalement, Amine Mohamed affirme que si l’objectif est d’augmenter fortement l’intégration locale, atteindre 100 % reste illusoire.
Citant le cas similaire de l’industrie automobile, notre interlocuteur avance qu’une logique de complémentarité internationale demeure incontournable.
A l’image du moteur qui est l’élément vital pour produire une voiture, la membrane constitue, selon lui, le cœur technologique du processus de dessalement. Sachant que sa production est dominée par quelques grands acteurs internationaux, le Maroc ambitionne de progresser dans ce domaine, en commençant par l’assemblage dès l’année prochaine, en partenariat avec des industriels étrangers, avant de développer à terme ses propres capacités de fabrication.
Parallèlement, d’autres composants essentiels comme les cartouches de filtration, les produits chimiques et certaines pompes spécifiques font encore l’objet d’importations, mais devraient progressivement être produits localement.
Recherche, innovation et partenariats au cœur du modèle
Et d’ajouter que la montée en gamme de la filière passera nécessairement par un investissement massif dans la recherche et développement.
Pour cela, le cluster prévoit de renforcer les collaborations avec les universités et les centres de recherche. Cette dynamique vise non seulement à améliorer les performances techniques, mais aussi à réduire les coûts de production, notamment grâce à l’optimisation des procédés et à l’innovation.
Si les projections restent encore incertaines, le potentiel en matière d’emploi est jugé important. À moyen terme, l’industrialisation du secteur pourrait générer plusieurs milliers d’emplois, confirmant le rôle stratégique du dessalement comme levier de développement économique.
Réduire le coût du dessalement et de l’impact environnemental
Rappelant que le dessalement est une technologie coûteuse et énergivore, notre interlocuteur affirme que son cluster a identifié deux leviers principaux pour garantir sa soutenabilité financière.
En premier lieu, le recours aux énergies renouvelables puis la fabrication locale des équipements. En produisant au Maroc les consommables et, à terme, les composants les plus complexes, des économies d’échelle significatives pourraient être réalisées, réduisant ainsi le coût du mètre cube d’eau dessalée.
Afin de minimiser l’impact environnemental, notamment liée aux rejets de saumure, des recherches sont en cours au sein d’institutions nationales, avec l’appui des autorités et de groupes industriels.
A terme, exporter le savoir-faire marocain
Au-delà de la souveraineté nationale, l’objectif affiché est de positionner le Maroc comme un acteur international du dessalement. Des exportations de composants pourraient intervenir dès les premières années, notamment pour les pompes et certains équipements.
À terme, le Maroc ambitionne de concevoir et de produire des stations complètes, intégrant des technologies locales, avec une présence affirmée dans les salons internationaux spécialisés.
Et de conclure qu’en misant sur l’intégration locale, l’innovation et l’ouverture internationale, le pays cherche à transformer une contrainte en opportunité, avec en ligne de mire la création d’une filière qui soit capable de répondre aux besoins nationaux tout en rayonnant à l’échelle mondiale.
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