Football. L’arbitrage marocain se dévoile au grand jour
Intégration des technologies, plateforme d’analyse des performances, fonctionnement de la VAR et organisation interne du corps arbitral… La modernisation de l’arbitrage marocain était au cœur d’une rencontre organisée ce jeudi 7 mai à Salé par la Direction nationale de l’arbitrage.
L’essentiel :
La Direction nationale de l’arbitrage s’est dévoilée comme jamais aux médias, lors d’une conférence organisée ce jeudi 7 mai au Complexe Mohammed VI de football à Salé.
Attendu depuis une belle lurette, l’événement fut riche en enseignements et indiscrétions. Il avait pour but d’améliorer la compréhension par le grand public du fonctionnement global du système arbitral marocain, ses outils technologiques et ses méthodes d’évaluation.
À l’image de la plateforme RefBal, des statistiques de performance, mais aussi de la complexité des décisions prises par la VAR. Les prises de parole successives de plusieurs experts internationaux ont fait état d’une amélioration d’un dispositif en nette progression.
En outre, la Direction nationale de l’arbitrage a annoncé l’automatisation de plusieurs situations de jeu grâce à un outil géré par l’intelligence artificielle à partir de la saison prochaine.
En attendant, le derby casablancais entre le Raja et le Wydad, prévu ce samedi 9 mai, verra l’introduction de la body cam qui permettra aux spectateurs de se mettre dans la peau de l’arbitre de la rencontre à travers un point de vue singulier.
Les faits en bref :
- Amélioration des décisions arbitrales annoncée, avec près de 90% de justesse après VAR ;
- Rémunération d’un arbitre de Botola Pro 1 estimée à environ 1.000 DH par match fixe, en plus des indemnités de déplacement et d’hébergement ;
- Première expérimentation de la body cam lors d’un derby ;
- Introduction de la technologie de hors-jeu semi-automatisé (SAOT) à partir de la saison prochaine.
Les détails :
C’était un rendez-vous attendu et qui en appelle d’autres. La Direction nationale de l’arbitrage a détaillé son fonctionnement, ce jeudi 7 mai, à l’occasion d’un meeting auquel les médias étaient conviés, dans l’amphithéâtre du Complexe Mohammed VI de football à Salé.
Une démarche qui intervient dans un contexte où chaque match relance les débats autour des décisions arbitrales dont la contestation ne faiblit pas.
Cela dit, on se rend compte que certaines critiques ne sont pas forcément justifiées. Par exemple, concernant la désignation des arbitres, il s’avère en réalité qu’ils sont choisis à travers une plateforme spécialisée.
MyreFRMF intègre une dimension organisationnelle complète. De la désignation automatique des arbitres à la gestion des grades et certifications, en passant par la planification des compétitions, ainsi que le suivi des indemnités.
Une architecture numérique globale qui vise à centraliser l’ensemble du fonctionnement arbitral dans un seul système.
Pour sûr, Redouane Jayed, directeur national de l’arbitrage, a été inspiré de détailler les contours de l’organisation de l’écosystème des arbitres marocains.
Si toutes les interrogations n’ont pas été levées, il n’en reste pas moins que cet événement a montré l’arbitrage sous un nouveau jour et en pleine transformation. La digitalisation des désignations, de l'évaluation et autres formations n’y est pas étrangère.
Une réalité économique peu reluisante
Au-delà de l’aspect technologique, que l’on expliquera en détail un peu plus loin, on se devait de revenir sur la rémunération des hommes en noir qui est loin d’être à la hauteur de la pression et du poids des attentes qui pèsent sur leurs épaules.
Sans pour autant être au centre du discours des intervenants, une diapositive rapidement projetée, puis retirée, a permis d’apercevoir certains montants liés à l’arbitrage en Botola Pro 1.

Un arbitre perçoit environ 1.000 dirhams par match en indemnité fixe. À cela s’ajoutent des frais variables liés aux déplacements, ainsi qu’une indemnité d’hébergement.
Dans un exemple concret, l’arbitre de la rencontre entre l’OC Safi et l’Union Touarga a reçu un total d’environ 2.519 dirhams, répartis entre 1.000 DH fixes, 319 DH de déplacement et 1.200 DH de découchage.
Soit à des années-lumière des montants consacrés aux arbitres d’autres championnats, notamment européens. À titre de comparaison, un arbitre du championnat français de première division touche au moins dix fois plus.
En moyenne, le montant de sa rémunération se situe à hauteur de 3.543 euros par match, auxquels s’ajoutent des indemnités journalières pouvant atteindre 600 euros sur un match à l’extérieur, en plus des frais de transport et d’hébergement.
Une comparaison qui remet en perspective la charge de travail, la pression et la reconnaissance économique du corps arbitral marocain.
La plateforme RefBal, l’un des piliers de cette modernisation
À défaut de recevoir une rémunération à la hauteur de leur engagement, les arbitres nationaux sont tout de même soutenus par des innovations technologiques censées améliorer leur rendement à travers une évaluation où l’approximation n’a pas sa place.
La plateforme RefBal a en effet été présentée comme l’un des piliers de cette modernisation. Elle centralise l’ensemble des données liées aux arbitres et structure un travail d’évaluation après chaque match.
Concrètement, les arbitres peuvent revoir leurs décisions, analyser des séquences vidéo découpées et enrichies, sans oublier de comparer leurs jugements à ceux d’un département spécialisé.

C’est une manière d’assurer une formation continue, d’harmoniser les décisions, mais aussi une indépendance des jugements quant à leurs performances. Puisque "la plateforme est étrangère et n’est donc liée ni de près ni de loin à la direction technique de l’arbitrage", a assuré Redouane Jayed.
Si l’on se fie aux données dévoilées, il s’avère que l’arbitrage marocain est en nette amélioration. Notamment en matière de VAR. Le taux de décisions correctes après intervention de la VAR serait désormais proche des 90%, contre environ 44% lors de la saison précédente.
Cette progression concerne notamment les situations de penalties, les cartons rouges et la réduction des erreurs non détectées.
La VAR entre précision, protocole et contraintes
Justement, la VAR n’a jamais autant été critiquée que lors des derniers mois. Frédéric Fautrel, ancien arbitre international français, est le garant de la bonne marche de ce plan de l’arbitrage marocain.
Tout d’abord, il s’agit de rappeler les situations auxquelles se limite ce dispositif. À savoir :
- les buts ;
- les penalties ;
- les cartons rouges ;
- les erreurs d’identité.
Dans ces cas précis, l’arbitre conserve la décision finale sur le terrain, sauf en cas d’erreur claire et évidente identifiée par l’assistance vidéo.
Sauf que la réalité opérationnelle est plus complexe. Chaque action peut nécessiter plusieurs minutes d’analyse, le temps de synchroniser les caméras, de comparer les angles et de valider les points de contact.
Un fonctionnement qui, selon Frédéric Fautrel, justifie le temps d’attente interminable perçu depuis les tribunes ou devant les écrans.
D’ailleurs, un autre point structurant a été abordé, et qui n’est pas des moindres. En l’occurrence, la gestion du temps de décision, notamment à travers le retardement du drapeau ou du coup de sifflet.
Sur les situations dites "limites", comme les hors-jeu serrés ou les actions offensives rapides, les arbitres assistants doivent laisser l’action se dérouler afin de permettre une éventuelle intervention de la VAR.
L’objectif est d’éviter de couper une action prometteuse trop tôt, ce qui empêcherait toute correction vidéo.
L’un des exemples mis en avant fut le but refusé au Raja lors du Classico face à l’ASFAR. Pour le coup, Frédéric Fautrel a avoué à demi-mot que la décision n’était pas forcément la meilleure.
"Sur cette séquence, l’arbitre a sifflé avant la fin de l’action. C’était peut-être un peu trop tôt", a-t-il confié. En filigrane, on pouvait comprendre que l’arbitre aurait certainement validé le but après révision des images.
À l’inverse, sur les situations évidentes, "la décision doit être prise immédiatement, sans attendre, pour éviter toute prise de risque inutile ou situation dangereuse", précise Frédéric Fautrel, avant d’exposer les différentes méthodes permettant d’analyser les situations de hors-jeu qui font tant débat.
Introduction du hors-jeu semi-automatique
Les lignes ont-elles été tracées correctement ? L’arrêt sur image a-t-il été pris lors du dernier contact avec le ballon ? En tout cas, le hors-jeu repose aujourd’hui sur trois méthodes complémentaires.
La première est la méthode 2D, utilisée lorsque la partie du corps la plus avancée est au sol, généralement le pied.
La deuxième, dite "cross", intervient lorsque la partie déterminante est en hauteur, comme l’épaule ou la tête, avec une projection au sol.
Enfin, la triangulation permet de reconstruire la position en trois dimensions à partir de deux angles de caméra synchronisés.
Ces outils permettent de déterminer avec précision la position des joueurs au moment du premier contact avec le ballon, point clé du protocole VAR.
Mais à partir de la saison prochaine, le championnat marocain verra l’introduction du hors-jeu semi-automatique, comme c’est le cas en Ligue des champions ou en Premier League.
Intitulé SAOT (semi-automated offside technology), ce système opéré par la société Genius Sports, représentée par un ancien arbitre assistant anglais, repose sur un suivi des joueurs en haute fréquence, une capture en 4K synchronisée et une automatisation partielle du traitement des situations de hors-jeu. Cela assurerait une accélération de la prise de décision et le renforcement de la cohérence des jugements dans les situations limites.
En attendant, une body cam sera prochainement testée en situation réelle. Dès ce samedi 9 mai, à l’occasion du derby casablancais entre le Raja et le Wydad. Encore en phase expérimentale, cette technologie pourrait à terme enrichir l’analyse des décisions, mais aussi renforcer la compréhension du public sur les situations litigieuses.
Cette rencontre aura donc permis de mettre en lumière un système en pleine évolution. Mais elle souligne également la part de l’interprétation. Et, par conséquent, la persistance des débats permanents autour des décisions des arbitres qui sont avant tout des humains qui ont le droit à l’erreur.
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