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Khémisset, future capitale marocaine des métaux critiques ?

Longtemps associée à l’agriculture et à quelques exploitations historiques, la région de Khémisset revient dans le viseur des miniers. Autour d’Achmmach, d’El Karit, de Mejmaa Salihine ou encore des gisements de potasse, plusieurs projets liés à l’étain, à l’antimoine, au lithium et au tungstène pourraient en faire l’un des nouveaux pôles stratégiques du sous-sol marocain.

Khémisset, future capitale marocaine des métaux critiques ?
Mine de fluorine d'El Hammam (SAMINE).
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Le 10 mai 2026 à 11h27 | Modifié 10 mai 2026 à 11h28

L’essentiel :

  • Le sous-sol marocain n'a pas livré tous ses secrets. De nouvelles régions minières devront, dans les prochaines années, enrichir la palette des minerais critiques produits au Maroc.
  • Le Sahara marocain et la région de Khémisset présentent un fort potentiel pour cette nouvelle dynamique, à même de compléter les zones minières historiques.
  • Khémisset conserve toutefois une longueur d'avance, avec des gisements prêts à produire.
  • Parmi ses ressources, l’étain figure au premier rang. Son cours atteint actuellement 54.000 dollars la tonne, contre 35.000 dollars à la même période l'an dernier, soit une progression de plus de 50 % en un an.
  • Plusieurs entreprises, marocaines comme étrangères, mènent des travaux d’exploration dans cette zone, dont le potentiel laisse entrevoir de nouvelles découvertes prometteuses, notamment autour de cinq substances critiques : étain, antimoine, lithium, potasse, tungstène.

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Les détails :

Les mines marocaines ont bénéficié, en 2025, d'une conjoncture particulièrement favorable, marquée par la hausse soutenue des cours de plusieurs métaux précieux et critiques. Loin de constituer un simple épisode haussier, cette embellie s'inscrit dans une tendance de fond appelée à se prolonger durablement.

En effet, l'ensemble des projections converge vers un même constat. Le secteur minier mondial a franchi un véritable point de non-retour, dans la mesure où l'offre ne sera pas en mesure de répondre à une demande en métaux de la transition énergétique appelée à croître continuellement, à mesure que la plupart des pays accélèrent leurs efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans ce contexte, et bien qu'il ne figure pas parmi les grands producteurs mondiaux de métaux critiques, le Maroc nourrit l'ambition de devenir un hub régional de l'industrie verte — chimie, batteries, véhicules électriques et énergies renouvelables — en s’appuyant sur la diversité inédite de sa production minière, un atout que peu de pays de la région peuvent revendiquer.

Mieux encore, dans les années à venir, la liste des substances critiques produites au Maroc devrait s'enrichir progressivement de neuf nouvelles ressources, à des stades d'avancement variables, en l'occurrence l'étain, l'antimoine, le graphite, le lithium, les terres rares, le silicium, la potasse, le soufre et le titane.

Pour concrétiser cette ambition, plusieurs nouvelles régions minières sont appelées à émerger sur la carte nationale. Parmi elles, la région de Khémisset se distingue déjà par la diversité de ses métaux critiques, un portefeuille dont la richesse et la criticité devraient s'affirmer dans les années à venir.

Khémisset, une vocation minière qui se redéploie

La région de Khémisset occupe certes une place importante dans l'agriculture nationale, mais elle possède également une véritable vocation minière. Cette dernière était historiquement portée par la mine de fluorine d'El Hammam, exploitée par le groupe Managem jusqu'en 2021, date à laquelle l'épuisement des réserves a entraîné sa fermeture.

La fin de l'exploitation de cette unique mine de fluorine ne signifie toutefois pas la disparition de la vocation minière régionale. Plusieurs projets d'exploration témoignent au contraire d'un potentiel prometteur, d'autant que la région jouxte la mine polymétallique de Tighza, où sont notamment extraits du plomb, de l’argent et du zinc.

L'ONHYM développe actuellement le gîte de Mejmaa Salihine, qui recèle un potentiel en lithium. Ce secteur, déjà exploré par le passé, a révélé la présence d'antimoine et de zinc. Il fait aujourd'hui l'objet d'une étude d'impact environnemental et figure parmi les dix-huit projets miniers prioritaires de l'ONHYM.

À l'image de nombreux autres sites, c'est l'investissement de l'ONHYM, et auparavant du BRPM, qui a permis de réduire le risque géologique associé à plusieurs indices miniers. La mine d’argent de Zgounder en constitue un exemple emblématique. Aujourd'hui exploitée par Aya Gold & Silver, elle continue de générer une redevance de 3 % au profit de l'ONHYM, en contrepartie de ses développements initiaux.

Dans la région de Khémisset, l'ONHYM a ainsi contribué à dérisquer plusieurs gîtes, parmi lesquels le domaine minier de Rhouirat N'has — antimoine, cuivre, indices de fer —, Sokhret Allal — tungstène —, les gisements de potasse de Khémisset, ou encore les mines d'étain d'Achmmach et El Karit.

Achmmach, une opportunité stratégique dans un marché sous tension

Au cours des dernières années, la demande mondiale en étain a connu une croissance soutenue, alimentée par son rôle indispensable dans la fabrication des circuits imprimés et des semi-conducteurs, un secteur devenu central dans le bras de fer entre la Chine et les États-Unis.

L'expansion massive de la couverture 5G à l'échelle mondiale a amplifié cette dynamique, tandis que les innovations récentes dans le domaine des batteries de nouvelle génération laissent entrevoir un nouvel élargissement des débouchés.

Cette pression sur la demande s'est traduite par une flambée des cours. Le prix de l'étain oscille aujourd'hui autour de 54.000 dollars la tonne, contre environ 35.000 dollars un an plus tôt, soit une hausse d’environ 54 % sur douze mois.

Au-delà de ses applications dans la chimie industrielle et les hautes technologies, l'étain présente une vulnérabilité d'approvisionnement majeure, en raison d’une production mondiale fortement concentrée en Asie, notamment en Chine, en Indonésie et au Myanmar. Cette concentration géographique en fait un métal critique, exposé aux tensions géopolitiques et aux ruptures de chaîne d'approvisionnement.

Le Maroc dispose, à travers la région de Khémisset, d'un potentiel productif susceptible d'ouvrir la voie à une production stratégique d'étain. La mine d'Achmmach, par l'ampleur de ses réserves, figure parmi les cinq grandes mines mondiales de ce métal selon les standards de classification internationaux.

La mine d'Achmmach a été reprise par le groupe minier chinois Xingye, spécialisé dans les métaux non ferreux, après que l'ancien opérateur Atlantic Tin eut échoué à franchir l'étape de la construction. Cette difficulté avait alimenté plusieurs interrogations sur la viabilité économique du projet.

Cependant, le projet, tel que défini par les études techniques, prévoit la construction d'une mine souterraine dont le coût de production est estimé à 15.368 dollars la tonne d'étain, un coût qui reste élevé et dont la viabilité dépend de cours très élevés de ce métal.

Dans ses objectifs pour 2026, Xingye inscrit explicitement Achmmach parmi ses projets prioritaires, avec l'engagement d'en garantir l'achèvement et la mise en production dans les délais impartis afin d'en libérer les bénéfices de capacité. À terme, Achmmach constituera la plus grande exploitation stannifère du portefeuille du groupe.

Le projet bénéficie de licences d'exploitation valables jusqu'en 2032, et le plan de développement table sur une durée de construction d'environ dix-huit mois à compter de la décision finale d'investissement.

Au-delà de la mine souterraine d'Achmmach proprement dite, l'acquisition par Atlantic Tin de la mine voisine d'El Hammam ouvre une voie complémentaire à moindre coût. L’exploitation à ciel ouvert, intrinsèquement moins capitalistique que la mine souterraine, est rendue plus attractive encore par la possibilité de réutiliser l’usine de traitement existante de l’ancienne mine d’El Hammam, ce qui réduirait sensiblement les dépenses d’investissement initiales.

La prospectivité stannifère de la région ne se limite pas au gisement d'Achmmach. D'autres gisements y abritent des ressources exploitables, certes plus modestes en volume, mais cohérentes en qualité.

Surtout, la multitude des indices minéralisés identifiés dans le secteur laisse penser que les progrès des techniques d'exploration permettront, à moyen terme, de mettre en évidence de nouveaux projets exploitables, confortant la vocation de Khémisset à devenir un pôle stannifère continental.

Antimoine : une constellation de projets prometteurs autour de Khémisset

L’antimoine est un autre métal entrant dans la fabrication des semi-conducteurs, également présent dans la région de Khémisset.

Contrairement à l'étain, l'antimoine y dispose d'une production historique. Longtemps cantonné à un usage cosmétique comme fard des yeux et négocié sous les 5.000 dollars la tonne, son cours a franchi en 2025 le seuil inédit de 60.000 dollars la tonne, soit une multiplication par douze.

À Khémisset, le potentiel identifié à ce jour ne se traduit pas par un gisement de classe mondiale, mais par une constellation de mines modestes susceptibles de tirer profit de la conjoncture actuelle.

C'est dans ce contexte que s'inscrit la coentreprise réunissant Wildstone et Xtract Resources, qui développe un projet d'exploitation à petite échelle entre Khémisset et Meknès. La société prévoit la mise en service d'une usine de traitement permettant de livrer un produit fini directement utilisable par les industries aval.

Cette dynamique témoigne d'une vocation régionale dépassant le simple cadre local pour s'affirmer, à l'échelle nationale, comme l’un des futurs moteurs de la production d’un métal classé stratégique par la plupart des grandes puissances, dont la Chine, le Japon et les États-Unis.

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