L'essentiel
- Le futur ensemble disposerait d’une part de marché de 13,4%, ce qui le placerait au 3e rang du marché marocain de l’assurance.
- L’opération ferait émerger un groupe plus large, avec une base clientèle renforcée, un portefeuille plus diversifié entre Vie et Non-Vie et un réseau dépassant 740 points de contact avant les ajustements concurrentiels.
- Allianz Maroc apporte surtout des relais sur la Vie, le corporate, les PME et certaines branches techniques, tandis que Sanlam Maroc conserve une forte assise sur les grandes branches Non-Vie de masse.
- En Vie, Allianz Maroc affiche une progression de 66,8% au S1-2025, alors que Sanlam Maroc recule de 38,1% après la fin du partenariat de bancassurance avec Crédit du Maroc.
- Les analystes anticipent une amélioration progressive des ratios techniques, avec un S/P Non-Vie attendu à 74,5% en 2026 contre 76,7% en 2025.
- En bourse, la fusion modifierait aussi la lecture du titre Sanlam Maroc, avec un cours théorique post-fusion de 2.145 DH et un objectif de cours fixé à 3.011 DH, soit un potentiel de hausse de 40% selon BKGR.

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Les détails
La concrétisation du projet de fusion-absorption d’Allianz Maroc par Sanlam Maroc est attendue pour début juillet 2026. Comme l’avait expliqué précédemment une source autorisée de Sanlam à Médias24, "le processus de fusion-absorption progresse conformément aux échéances fixées et dans le strict respect du cadre réglementaire. Sanlam et Allianz sont en bonne voie de finaliser les engagements structurels auprès du Conseil de la concurrence".
Il faut rappeler d’abord que le rapprochement entre Sanlam Maroc et Allianz Maroc vient de plus loin que le seul marché marocain. Dès fin 2021, Sanlam et Allianz avaient annoncé leur décision de regrouper leurs activités en Afrique, hors Afrique du Sud. Ce chantier a avancé progressivement, au rythme des autorisations réglementaires, jusqu’à la création de SanlamAllianz, une joint-venture aujourd’hui présente dans vingt-cinq pays du continent.
Au Maroc, le dossier a suivi une trajectoire encadrée par les règles de concurrence. Les deux compagnies ont d’abord été maintenues séparées à travers un dispositif de "hold separate". La levée encadrée de ce dispositif a ensuite permis d’ouvrir la voie au projet de fusion-absorption d’Allianz Maroc par Sanlam Maroc.
Dans ce cadre, comment les deux groupes se complètent-ils ? Quelle place le nouvel ensemble peut-il occuper sur le marché marocain de l’assurance ? Que peut apporter Allianz au profil commercial et technique de Sanlam Maroc ? Et en bourse, quelle lecture retenir après la fusion, alors que le périmètre, le nombre d’actions et la capacité bénéficiaire du groupe changent d’échelle ?
Certes, un acteur de taille plus importante
L’objectif de cette fusion serait, bien entendu, de donner naissance à un assureur de référence, plus efficient et mieux capitalisé. Sur le plan opérationnel, le rapprochement vise à combiner les ressources et les expertises des deux entités, à accélérer l’innovation digitale, à améliorer la qualité de service et à renforcer le maillage territorial pour offrir davantage de proximité aux assurés.
À l’issue de l’opération, Sanlam Maroc devrait franchir un nouveau cap sur le marché marocain de l’assurance. Le nouvel ensemble disposerait d’une part de marché de 13,4%, ce qui le placerait au 3e rang du secteur. Il profiterait aussi d’une base clientèle plus large et d’une meilleure diversification des risques. Sur le plan commercial, l’addition des deux réseaux donne également une idée de la taille du futur groupe : Sanlam compte plus de 500 agents généraux, tandis qu’Allianz Maroc dispose de plus de 240 agents et bureaux directs. Avant les ajustements liés aux engagements concurrentiels, le futur ensemble aurait ainsi représenté plus de 740 agences.
À fin 2025, l’addition des réalisations de Sanlam Maroc et d’Allianz Maroc donne une première idée de la taille du futur ensemble.

Une complémentarité qui s'observe surtout dans le mix du futur ensemble
Selon les analystes de BKGR, l’intérêt de l’opération se lit d’abord dans la complémentarité entre les deux compagnies. Sanlam Maroc arrive avec une base plus large, surtout en Non-Vie, où le groupe conserve une présence forte sur les grandes branches du marché, notamment l’automobile, la maladie-maternité, les accidents du travail et l’incendie. Allianz Maroc apporte, de son côté, des relais plus ciblés, susceptibles d’élargir le profil commercial du futur ensemble et d’améliorer son mix d’activité.
Cette complémentarité ressort de manière plus visible sur la Vie. Au S1-2025, Allianz Maroc affiche une progression de 66,8% de cette activité, à 296,6 MDH, tandis que Sanlam Maroc recule de 38,1%, à 256,9 MDH, dans le sillage de la résiliation du contrat de bancassurance avec Crédit du Maroc. "Cet apport donne à Allianz un rôle particulier dans le périmètre marocain : la compagnie ajoute du volume, mais surtout une dynamique sur une branche devenue plus sensible pour Sanlam Maroc".
En Non-Vie, la lecture est différente. Sanlam Maroc garde l’avantage en profondeur commerciale sur les branches de masse, tandis qu’Allianz vient compléter le portefeuille sur certains segments, notamment les clientèles corporate, les PME, l’automobile et des branches techniques comme les éléments naturels. L’opération permet ainsi de préserver le poids de Sanlam Maroc sur la Non-Vie, tout en enrichissant le portefeuille clients et en diversifiant davantage les moteurs commerciaux du futur ensemble.
On peut donc parler d'un rééquilibrage du mix. Le nouvel ensemble garderait l’ADN très Non-Vie de Sanlam Maroc, avec un apport d’Allianz plus visible sur la Vie et sur certains segments professionnels. Autrement dit, la fusion change l’échelle du groupe, mais elle modifie aussi la composition de son portefeuille, ce qui devient central pour apprécier la trajectoire post-fusion.
Un changement d’échelle pour améliorer l’efficience technique
Comme l’expliquent les analystes de BKGR, "Allianz n’a pas historiquement présenté un profil technique supérieur à celui de Sanlam. En 2024, elle affichait encore 1.533,3 MDH de charges de sinistres, un ratio S/P Non-Vie de 80,9%, un ratio combiné de 124%, un résultat technique de -112,5 MDH et un résultat net de -108,5 MDH".
"Notons que l’année déficitaire 2024 était exceptionnelle au vu de l’historique de la compagnie, impactée principalement par la hausse de la sinistralité. La fusion ne peut donc être assimilée à un levier d’amélioration automatique de la performance technique. Les données 2025 modifient toutefois sensiblement la lecture. À fin 2025, Allianz affiche un ratio S/P Non‑Vie de 75,5%, un ratio combiné ramené à 116,3%, un résultat technique et un résultat net qui repassent au vert à respectivement 182 MDH et 262 MDH. Cela suggère une normalisation déjà engagée du portefeuille Allianz, renforçant la cohérence du scénario post‑fusion", ajoutent-ils.
"Selon nos prévisions, le S/P Non-Vie reculerait de 76,7% en 2025 à 74,5% en 2026, puis 74,1% en 2027, avant 73,5% en 2030. Cette trajectoire reposerait sur une amélioration progressive nourrie par la mutualisation du risque, le rééquilibrage du mix et l’intégration d’un portefeuille Allianz déjà en voie de normalisation".
"Dans cette perspective, l’évolution du coefficient d’exploitation doit être interprétée non comme une simple extraction de synergies, mais comme le résultat d’un changement d’échelle progressif. Sur la Vie, l’intégration d'Allianz insufflerait une nouvelle dynamique avec un coefficient qui devrait passer de 16,4% en 2025 à 15,8% en 2026, puis 15,1% en 2027, avant d’atteindre 13,3% en 2030, profitant de la masse critique retrouvée et d’une activité Vie nettement plus dense, portée par la forte croissance d'Allianz en 2024 puis au S1-2025".
"En Non-Vie, la trajectoire serait plus linéaire mais tout aussi structurante, avec un coefficient qui devrait passer de 27,4% en 2025 à 26,0% en 2026, 25,6% en 2027, puis 25% en 2030. Sanlam bénéficiait déjà d’une base solide sur l’automobile et la santé".
L’apport d'Allianz viendrait surtout booster les lignes Entreprises ou encore Automobile qui se sont bien comportées en 2024. Autrement dit, la fusion agit moins par compression directe des coûts que par un rééquilibrage du mix et une meilleure productivité du réseau, la dilution des frais fixes et l’industrialisation du portefeuille renforçant graduellement l’efficience globale.
Valorisation et évolution de l’actionnariat
Selon les analystes de BKGR, la valorisation du futur ensemble ressortirait à 11,5 MMDH sur la base du cours de Sanlam Maroc au 12 mars 2026, soit 2.150 DH, pour un cours théorique post-fusion de 2.145 DH. Compte tenu de la parité retenue de 2 actions Allianz Maroc pour 5 actions Sanlam Maroc, le cours implicite utilisé dans le cadre de l’opération ressortirait à 2.127 DH, un niveau jugé proche du cours de bourse du 12 mars 2026, ainsi que de l’ancien objectif de cours des analystes.

En bourse, pourquoi il faut relire Sanlam sur une base post-fusion
En bourse, la fusion change d’abord la base de lecture du titre Sanlam Maroc. Le cours affiché aujourd’hui ne suffit plus, à lui seul, pour apprécier le potentiel du titre, car l’opération va modifier le nombre d’actions en circulation et donc les repères habituels de valorisation.
Selon les analystes de BKGR, le cours actuel de Sanlam Maroc doit être distingué du cours post-fusion théorique. Ce dernier est recalculé sur une base homogène, après prise en compte de l’augmentation de capital réservée aux actionnaires d’Allianz Maroc. Autrement dit, pour comparer correctement le titre avant et après l’opération, il faut raisonner sur le capital élargi du futur ensemble, et non sur l’ancien périmètre de Sanlam seul.
Dans le détail, la fusion repose sur une parité de 2 actions Allianz Maroc pour 5 actions Sanlam Maroc. L’opération entraînerait la création de 1.225.000 nouvelles actions Sanlam Maroc, portant le nombre total d’actions post-fusion à 5.341.874. Sur cette base, BKGR retient un cours théorique post-fusion de 2.145 DH. C’est à partir de ce niveau que le bureau de recherche calcule son potentiel boursier, et non à partir du cours facial de 3.120 DH.
Ce point est essentiel, car il évite une lecture trompeuse du potentiel de hausse. BKGR fixe son objectif de cours à 3.011 DH. Rapporté au cours post-fusion théorique de 2.145 DH, cet objectif fait ressortir un potentiel d’appréciation de 40%. C’est ce qui justifie la recommandation "Acheter" sur le titre.
La logique des analystes repose donc sur une idée simple : après fusion, Sanlam Maroc devra être lu comme un groupe au périmètre élargi, avec une capacité bénéficiaire plus importante. BKGR prévoit ainsi un résultat net de 856 MDH en 2026, puis 971 MDH en 2027, contre 452 MDH en 2025. Cette hausse attendue des bénéfices permettrait de mieux absorber l’augmentation du nombre d’actions et de soutenir la valorisation du titre.
La valorisation reste toutefois exigeante. Selon BKGR, le PER ressortirait encore à 19,5x en 2026, avant de revenir à 17,2x en 2027, sous l’effet de la progression attendue du résultat net. La lecture boursière repose donc sur un pari clair : le marché doit envisager Sanlam Maroc non plus seulement à travers son périmètre actuel, mais à travers la trajectoire bénéficiaire du futur ensemble Sanlam-Allianz.
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