Huile d’olive. Les producteurs espèrent une récolte record en 2026
Favorisée par une pluviométrie abondante et l’entrée en production de nombreux investissements réalisés ces dernières années, la filière pourrait enregistrer une récolte record. Une dynamique qui reflète l’expansion rapide de l’oléiculture marocaine, devenue un pilier stratégique de l’agriculture nationale malgré les défis liés au stress hydrique.
Selon des producteurs joints par Médias24, l’oléiculture connaîtra cette année une production record, historique. La raison avancée par ces hommes de terrain, est double : d’une part, les précipitations de l’actuelle saison agricole ; d’autre part, le fait que de nombreux nouveaux investissements arrivent au stade productif cette année.
L’olivier occupe une place centrale dans l’économie agricole nationale. Selon l’Office national du conseil agricole (ONCA), la filière contribue à hauteur d’environ 5% au PIB agricole national et représente près de 65% de la sole arboricole du Royaume.
En quinze ans, la superficie oléicole est passée de 770.000 hectares à plus de 1,2 million d’hectares, portée par le Plan Maroc vert, puis par la stratégie Génération Green. Le Maroc a ainsi produit en moyenne près de 1,9 million de tonnes d’olives par an sur la période allant de la campagne de 2008-2009 à celle de 2017-2018.
Cette expansion a reposé sur plusieurs leviers, notamment des subventions à la plantation, des aides à l’irrigation localisée, la mécanisation, l'agrégation agricole et la modernisation des unités de transformation.
Le Fonds de développement agricole (FDA) propose ainsi des aides forfaitaires pour l’assistance technique et l’accompagnement des projets d’agrégation, allant de 400 DH à plusieurs dizaines de milliers de DH selon les investissements concernés. Des subventions à taux préférentiel sont également accordées pour l’acquisition de matériel agricole et d’équipements d’irrigation.
Mais au-delà des aides financières, les autorités et les opérateurs agricoles ont progressivement misé sur un autre levier : l’accompagnement technique.
"Aujourd’hui, la subvention à la plantation varie entre 3.000 et 6.000 DH par hectare selon la densité et le système d’irrigation. Or, le coût réel d’une plantation peut aller de 20.000 jusqu’à 70.000 ou 80.000 DH par hectare", explique Rachid Benali, le président de la COMADER.
"Il faut distinguer l’accompagnement technique de l’accompagnement financier. L’accompagnement technique existe pour améliorer la qualité, le rendement et la rentabilité des exploitations. En revanche, sur le plan financier, les aides restent très limitées".
Plus de 7.300 plateformes Al Moutmir dédiées à l’olivier
Depuis son lancement, Al Moutmir a déployé plus de 7.300 plateformes de démonstration consacrées à l’olivier à travers le Royaume, selon les données exposées lors de l’Open Innovation Lab Olivier 2026. Ces plateformes permettent de comparer les pratiques agricoles traditionnelles avec des itinéraires techniques optimisés : fertilisation adaptée, irrigation raisonnée, suivi agronomique et gestion des intrants.
Pour la seule campagne 2024-2025, 391 plateformes ont été installées dans 23 provinces et 106 communes oléicoles. Plus de 4.000 agriculteurs ont été accompagnés indirectement via des formations, écoles aux champs et dispositifs numériques.
Les résultats issus du programme montrent des gains significatifs. Ainsi, selon les données présentées par Al Moutmir, les plateformes de démonstration ont enregistré un rendement moyen de 7,9 tonnes par hectare, contre 6,3 tonnes pour les parcelles témoins, soit une amélioration de 25%. La productivité de l’eau aurait progressé de 31%, tandis que les marges bénéficiaires des exploitations accompagnées auraient augmenté de 27%.
Dans certaines exploitations pilotes d’Al Haouz, les hausses de rendement observées oscillent entre 19% et 38%, selon les campagnes agricoles et les conditions climatiques.
L’olivier, une culture sous pression
L’essor de l’oléiculture s’explique aussi par les caractéristiques mêmes de l’arbre. Adapté aux zones semi-arides et relativement plus résilient que certaines cultures fruitières intensives, l’olivier a longtemps été considéré comme une culture stratégique, notamment dans le contexte de stress hydrique croissant que connaît le Royaume.
Dans plusieurs régions, les nouvelles plantations utilisent désormais des variétés espagnoles comme Arbequina ou Arbosana, appréciées pour leur entrée en production rapide et leur compatibilité avec les récoltes mécanisées.
Les spécialistes évoquent plutôt une meilleure efficience hydrique dans certains systèmes intensifs qui combinent le goutte-à-goutte, la densité élevée et le pilotage technique.
"Certaines exploitations obtiennent des rendements supérieurs de 5% à 10% avec ces variétés dans des systèmes intensifs", indique le chargé de qualité de la coopérative Top Olives Sraghna.
Selon la même source, "70% des oliviers présents au Maroc seront espagnols d’ici deux à trois ans". Cependant, aucune donnée officielle ne permet actuellement d’étayer cette affirmation. De même, les études disponibles ne permettent pas de conclure de manière générale que ces variétés consomment systématiquement moins d’eau que les variétés marocaines traditionnelles.
Enfin, malgré les fluctuations récentes, les prix de l’huile d’olive ont connu une forte volatilité ces dernières années, sous l’effet des épisodes de sécheresse successifs.
"Contrairement à ce que l’on pense, les prix de l’huile d’olive ont fortement reculé ces derniers mois après les hausses liées à la sécheresse de 2024-2025. Aujourd’hui, le prix réel du marché se situe plutôt entre 35 et 40 DH le litre, loin des niveaux observés pendant la crise", rassure Rachid Benali. Selon les constats de Médias24, l’huile d’olive conditionnée, estampillée ONSSA et de qualité supérieure (extra vierge) est actuellement vendue au détail à partir de 55 DH le litre. La moitié du prix de 2025.
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