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Brief Médias24. Sonko limogé par son “ami” Diomaye Faye, le pourquoi du comment

Au Sénégal, la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko prend les allures d’un passage de relais manqué, avec la volonté du président de s’émanciper de son mentor pour affirmer son autorité.

Brief Médias24. Sonko limogé par son “ami” Diomaye Faye, le pourquoi du comment
Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye.
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Le 23 mai 2026 à 15h22 | Modifié 23 mai 2026 à 17h56

1 - Les faits.

Ousmane Sonko n’est plus Premier ministre du Sénégal. Ainsi en a décidé son ancien poulain et actuel président, Bassirou Diomaye Faye. Dans la soirée du 22 mai 2026, ce dernier a signé un décret mettant officiellement fin à la mission de son emblématique chef de l’exécutif.

De fait, l’équipe gouvernementale est également, dans son ensemble, limogée. Désormais, elle se contentera de gérer les affaires courantes.

2 - Les enjeux.

Entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, la lune de miel aura exactement duré 2 ans, 1 mois et 20 jours. Un laps de temps qui correspond au mandat du président du parti Pastef (pour “Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité”) à la tête du gouvernement.

Rappel des faits : nous sommes fin 2023 et, à ce moment, se profile l’élection présidentielle sénégalaise. Condamné quelques mois plus tôt à deux ans de prison pour “corruption de la jeunesse”, Ousmane Sonko n’est pas sûr que la Cour suprême le laisse se présenter.

Celle-ci l'écarte de toute façon définitivement en janvier 2024, après que la justice sénégalaise le juge coupable de diffamation à l'encontre du ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang (il l'avait, en gros, accusé d'avoir détourné 29 milliards de francs CFA destinés à un programme public d'aménagement des grands espaces agricoles). Entretemps, Ousmane Sonko a sorti la carte maîtresse que, depuis un certain temps déjà, il gardait dans la manche : Bassirou Diomaye Faye.

Depuis octobre 2022, ce jeune homme âgé de 43 ans, polygame, est secrétaire général du Pastef. Il est, par conséquent, le numéro 2 effectif d'Ousmane Sonko. Mais ce n’est pas tout à fait une figure grand public au Sénégal.

Ousmane Sonko le connaît depuis une quinzaine d’années. À partir de la fin des années 2000, les deux hommes travaillent ensemble à la DGID à Dakar, c’est-à-dire la Direction générale des impôts et domaines.

L’idée est de faire une Poutine-Medvedev”. On rappellera ici brièvement le précédent : déjà élu deux fois consécutivement, Vladimir Poutine ne peut se présenter à la présidentielle russe de 2008. Dès lors, il met en avant le premier vice-président du gouvernement, Dmitri Medvedev. Et une fois ce dernier élu, le maître du Kremlin revient par la porte de la primature pour retenir les rênes du pouvoir. Ousmane Sonko réussit de main de maître à en faire de même au Sénégal.

Le 24 mars 2024, 2,43 millions de Sénégalais élisent Bassirou Diomaye Faye comme cinquième président de l’histoire du pays. Neuf jours plus tard, il prête serment et est officiellement investi. Le même jour, Ousmane Sonko devient, pour sa part, Premier ministre.

Sur la forme, Sonko joue le jeu. “Je mesure l’importance de la confiance qu’il (le président Diomaye, NDLR) a placée en ma personne”, déclare-t-il à la Radio télévision sénégalaise (RTS). Image emblématique, le 14 octobre 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko lancent ensemble, depuis le Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD) de Diamniadio, dans le Grand Dakar, “Sénégal 2050”, un programme appelé à servir de boussole aux politiques publiques sénégalaises jusqu’au milieu du siècle.

Tous les grands thèmes du Pastef et de son projet de société africaniste y sont présents : reconquête de la souveraineté économique, transformation locale des ressources, réduction de la dépendance extérieure, réforme de l’État, justice sociale, territorialisation du développement, etc. La concorde est, pour ainsi dire, totale. Du moins sur un plan public.

Et pourtant, à peine quelques mois plus tard, les fissures apparaissent au grand jour. En juillet 2025, au King Fahd Palace de Dakar, le Pastef installe son nouveau conseil national. Ousmane Sonko, qui doit prononcer à cette occasion un discours, en profite pour égratigner directement Bassirou Diomaye Faye. Ce qu’il lui reproche ? Un “problème d’autorité”. “Qu’on me laisse gouverner, et on verra si les choses vont continuer de cette manière”, va-t-il même jusqu’à dire.

En fait, Ousmane Sonko estime, en gros, qu'il se retrouve seul face aux “attaques” afférentes à la façon dont le Pastef dirige les affaires de l’État depuis sa prise de pouvoir, et qui clairement, à ce moment, n’est pas marquée du sceau de la réussite, tant s’en faut. À ses yeux, Bassirou Diomaye Faye ne l'appuierait pas.

Sur le plan de la dette et des relations avec les bailleurs de fonds, les problèmes s’aggravent. En juin 2025, une loi de finances rectificative est adoptée dans l’urgence. “Presque tout l’argent du pays est consacré à la dette”, reconnaît Ousmane Sonko lui-même lors de cette fameuse prise de parole de juillet 2025.

Parallèlement à cela, le pouvoir sénégalais opère un véritable tour de vis, qui débouche sur les convocations et les poursuites de nombreux journalistes et opposants critiques envers le Pastef. Patron du groupe Avenir Communication, Madiambal Diagne est notamment entendu par la police après avoir tweeté sur l’affaire Adji Sarr, une ancienne employée d'un salon de massage qui avait accusé Ousmane Sonko de multiples viols.

Bassirou Diomaye Faye, lui, minimise au départ. “Des divergences avec le Premier ministre ? Non. Il l’a dit. Il est mon ami. Je n’ai aucun conflit avec lui”, assure-t-il lors de la présentation des conclusions du dialogue national sur le système politique avec la société civile. Mais les faits finissent par le démentir.

Le 10 septembre 2025, Bassirou Diomaye Faye décharge Aïda Mbodj, une proche d’Ousmane Sonko, de ses fonctions à la tête de la Coalition “Diomaye Président”, créée en janvier 2024 pour le faire élire.

À sa place, le président sénégalais installe, quelque deux mois plus tard, l’ancienne première ministre Aminata Touré, dont il est pourtant de notoriété publique qu’elle est en mauvaise odeur de sainteté auprès de Sonko. Il fustige même, dans une lettre d’information destinée aux membres du Pastef, “la léthargie et les facteurs de division [qui] persistent malgré l’intérêt prononcé que suscite la Coalition ‘Diomaye président’”, en visant directement son premier ministre. Lequel premier ministre, c’est-à-dire Ousmane Sonko, venait en même temps d’assurer Aïda Mbodj de son soutien public.

S’ensuivra, en mars 2026, la restructuration complète de “Diomaye Président”, devenue une plateforme politique à part entière, certes adossée au Pastef. “‘Diomaye n’est plus Sonko. Sonko n’est plus Diomaye’. C’est clair. Fini le temps des doutes et des supputations. Le vin est tiré et les dés jetés. Plus d’amalgame ni d’ambiguïté. La scission est actée”, commentera, dans la foulée, le quotidien sénégalais Libération.

Enfin, le 2 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye sort du bois et se dévoile. Donnant une interview télévisée à plusieurs chaînes, il met en garde contre la “personnification” du Pastef, ce qui revient à viser son fondateur, Ousmane Sonko. Et il agite même, pour la première fois de façon publique, la menace de se séparer de lui. “Je suis le président et il est le premier ministre. (…) Si [ma] confiance n’existe plus, on aura un nouveau premier ministre”, dira-t-il.

Moins de trois semaines plus tard, il sera passé à l’acte, quelques heures après un passage explosif d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale. Face aux députés, le désormais ex-deuxième personnage de l’État sénégalais a mis en cause ce que l’on appelle au Sénégal les “fonds politiques”, qui sont des enveloppes budgétaires discrétionnaires mises à la disposition des plus hautes autorités, surtout de la présidence. Leur raison d’être étant de financer les dépenses dites sensibles, politiques, diplomatiques, sociales ou de sécurité, mais souvent avec peu ou pas de contrôle public détaillé.

“Le Président a fait une erreur concernant les fonds politiques et j’ai espoir qu’il revienne à la raison. Je ne suis pas d’accord avec lui sur cette question”, dénonce Ousmane Sonko. Et d’affirmer, plus loin : “Je ne suis pas un premier ministre qui est là pour tout accepter de son président”. Le Rubicon est, de toute évidence, franchi.

“Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui”, écrit Ousmane Sonko sur les réseaux sociaux, peu avant le coup de 22h, heure de Dakar. Bassirou Diomaye Faye vient de le démettre.

3 - L’angle mort.

Ousmane Sonko désormais parti, le principal problème du Sénégal du moment demeure toutefois : l’état déplorable des finances publiques.

Rappelons qu’en mars 2025, le Fonds monétaire international (FMI) avait suspendu un programme de 1,83 milliard de dollars, qui se décline comme suit : un accord de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC/ECF) et du Mécanisme élargi de crédit (MEDC/EFF), pour 1,51 milliard de dollars, et un accord au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD/RSF), pour 324 millions de dollars. La raison, c’est le “misreporting” auquel avaient procédé les autorités sénégalaises, qui avançaient une dette de l’ordre de 74,41% du PIB sénégalais contre une réalité de 132%. Un différentiel qui change totalement la donne.

Face à cela, le FMI estime que le Sénégal se doit de restructurer sa dette. Ce que, pour une question de souveraineté, Ousmane Sonko rejette sur le principe même.

“Les négociations avec le FMI ont été difficiles. Ils nous ont proposé une restructuration de la dette, ce qui induirait un défaut de paiement, c’est-à-dire que le Sénégal ne peut plus payer sa dette et ce serait un pays en quasi-faillite. Nous leur avons répondu que nous ne voulons pas de restructuration, ce serait une humiliation. Nous préférons rester un pays de dignité, de fierté”, martèle Ousmane Sonko le 8 novembre 2025, lors d’un rassemblement politique du Pastef sur le parking du stade Léopold-Sédar-Senghor à Dakar.

Mais il faut dire que le Sénégal n’a désormais plus vraiment le choix. La guerre d’Iran, déclenchée le 28 février 2026, a produit un renchérissement des produits énergétiques, qui se répercute massivement sur le budget de l’État.

Pour l’année en cours, le gouvernement Sonko avait prévu une enveloppe de 250 milliards de francs CFA (environ 4 milliards de DH), mais désormais il lui en faut cinq fois plus, comme l’a reconnu le désormais ministre des Finances sortant, Cheikh Diba. Ce dernier s’est longuement répandu à ce propos ce vendredi 22 mai 2026 à l’Assemblée nationale, où il est apparu en même temps qu’Ousmane Sonko pour l’intervention qui lui a coûté son poste de premier ministre.

Excipant de “la complexité de notre dette”, Cheikh Diba a révélé que Bassirou Diomaye Faye avait proposé à la présidente du FMI, Kristalina Georgieva, une alternative à la restructuration, mais sans en dire plus. Il a indiqué que des équipes de l’institution financière se rendraient à Dakar dans la semaine du 8 juin 2026 pour des discussions approfondies, censées déboucher sur un accord dans une deadline de trois semaines.

Un processus auquel de toute façon, au regard de ses déclarations passées, il était bien difficile qu’Ousmane Sonko prenne part. Raison de plus pour motiver que Bassirou Diomaye Faye se débarrasse de lui. Et raison, aussi, suffisante pour qu’Ousmane Sonko se fende de son “Alhamdoulillah” de soulagement sur les réseaux sociaux, ne souhaitant visiblement pas être associé aux tractations avec le FMI.

Au point que l’on pourrait se demander si, au final, il n’a pas cherché délibérément à mettre Bassirou Diomaye Faye dos au mur et à l’obliger, en quelque sorte, à le “démissionner”.

4 - À suivre…

Les discussions avec le FMI seront naturellement à suivre de très près. Tout comme les futures sorties d’Ousmane Sonko, qu’on imagine bien avoir en ligne de mire le rendez-vous présidentiel de 2029, pour enfin pouvoir enlever pour lui-même la magistrature suprême.

Un nouveau code électoral, promulgué le 12 mai 2026, astreint les cas d'inéligibilité à certains crimes graves, dont ne fait plus par exemple partie la diffamation. Motif, rappelons-le, pour lequel Ousmane Sonko n'avait pu participer au scrutin de 2024. Ce qui pave la voie au chef du Pastef en direction du palais présidentiel de Dakar, comme le dénonce une partie de l'opposition qui taxe le texte de “loi Sonko”.

D’ici là, Bassirou Diomaye Faye cherchera logiquement à imposer sa patte tout en s’émancipant, de façon définitive, de l’ombre tutélaire de son ancien parrain politique. Une séquence dont la consolidation de la Coalition “Diomaye Président” est le point de départ évident, sans pour autant offrir de garantie de réussite au regard des challenges difficiles qui se posent actuellement pour le Sénégal.

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Le 23 mai 2026 à 15h22

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