Football : l'entraîneur marocain Abdeslam Ouaddou sacré champion d’Afrique du Sud avec Orlando Pirates
Nommé fin juin 2025, l’ancien défenseur international a mis fin à huit saisons de domination des Mamelodi Sundowns, en ajoutant à son parcours une Coupe nationale ainsi que la MTN8.
On a suffisamment raillé par le passé les difficultés des entraîneurs marocains à s’exporter à l’étranger pour saluer à sa juste mesure le remarquable travail effectué par Abdeslam Ouaddou à la tête des Orlando Pirates en Afrique du Sud.
Lorsque l’ex-international marocain a débarqué à Johannesburg, au nord-est du pays, les Buccaneers restaient sur une énième désillusion.
Le club de Soweto venait une nouvelle fois de terminer deuxième du championnat sud-africain, derrière les intouchables Mamelodi Sundowns, récents vainqueurs de la Ligue des champions africaine aux dépens de l’AS FAR et auteurs d’une domination presque sans partage sur la Premier Soccer League depuis plusieurs saisons.
Au moment de sa nomination, fin juin 2025, peu de personnes auraient pu imaginer l’éclatante réussite qui allait jalonner le parcours d’Abdeslam Ouaddou.
Non seulement au regard de ses expériences passées, qui n’avaient pas toutes été couronnées de succès, mais aussi en raison de cette forme de malédiction qui poursuivait les Buccaneers depuis maintenant de longues années.
Pourtant, quelques mois plus tard, il a réussi là où plusieurs entraîneurs expérimentés avaient échoué avant lui. A savoir, remettre les Orlando Pirates sur le toit du football sud-africain tout en stoppant huit années de règne des Sundowns.
Et ce n’est pas tout. En plus du titre de champion, l’ex-entraîneur du Mouloudia d’Oujda et de l’AS Vita Club a décroché la Coupe nationale ainsi que la MTN8 (compétition opposant les huit meilleures équipes du championnat sud-africain la saison précédente, ndlr).
Un triplé historique sur la scène nationale, jusque-là réalisé uniquement par les Mamelodi Sundowns lors de la saison 2021-2022.
La recette du succès d’Abdeslam Ouaddou n’a pourtant rien d’un secret d’État. C’est un savant mélange entre pragmatisme tactique, management humain et un zeste d’intelligence contextuelle.
Abdeslam Ouaddou a su parfaitement se fondre dans le décor
Le détenteur de la Licence Pro UEFA a eu l’intelligence de se fondre dans le décor et surtout d’éviter de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière à son arrivée.
Une approche assez rare dans le football moderne, où chaque nouvel entraîneur se pointe avec sa garde rapprochée et une flopée d’adjoints, sans véritable considération pour les hommes déjà en place.
Celui qui est né dans la province de Tinghir il y a 47 ans a donc eu le nez fin en décidant de valoriser les ressources déjà présentes au club avant d’imprimer sa patte et sa vision par doses homéopathiques. À l’écouter, il savait exactement ce qu’il faisait.
"Généralement, lorsqu’un entraîneur arrive dans un club, il veut tout détruire. Mais je pense qu’il est préférable de bâtir sur les fondations solides du précédent entraîneur et des précédents staffs", a-t-il confié dans un entretien accordé à la chaîne YouTube des Orlando Pirates.
C’est ainsi qu’il a rapidement gagné la confiance des joueurs, des supporters ainsi que de toutes les composantes du club.
De surcroît, il s’est sans doute mis ses pairs dans la poche, envers lesquels il n’a pas tari d’éloges. Son discours sur les compétences africaines a en effet trouvé un écho sur la scène continentale et en particulier en Afrique du Sud.
En s’appuyant sur des entraîneurs locaux dans son staff, le Marocain a clairement affiché sa volonté de participer au développement du football africain.
"Je crois profondément aux compétences africaines. Quel message enverrais-je en tant qu’Africain si j’arrivais avec tout un staff ? Que nous ne sommes pas compétents ?"
Un beau discours et une noble intention qui n’auraient certainement pas résisté à la pression des supporters en cas de mauvais résultats.
Le technicien a réalisé sa meilleure saison en tant que coach
Or, Abdeslam Ouaddou a, chiffres à l’appui, réalisé le meilleur exercice de sa carrière d’entraîneur, pour le plus grand bonheur des Buccaneers.

On n’ira pas jusqu’à dire que le club sud-africain a marché sur ses adversaires tout au long de la saison. En témoigne, l’élimination précoce en Ligue des champions.
Mais on ne pourra pas retirer à Abdeslam Ouaddou d’avoir créé un collectif solide défensivement, avec notamment une des meilleures défenses du championnat.

D’où l’intérêt de se pencher sur sa gestion humaine, particulièrement saluée par les médias sud-africains. Anticipant une saison chargée sur les scènes nationale et continentale, Ouaddou a rapidement compris que la profondeur de son effectif pouvait devenir un avantage décisif.
"Il est très important de préserver l’harmonie. Vous avez besoin de vos soldats", a-t-il assuré lors d’une récente interview.
Selon Transfermarkt, le manager marocain, pour qui le championnat sud-africain n’était pas complètement inconnu puisqu’il avait également entraîné Marumo Gallants, a utilisé pas moins de 36 joueurs cette saison.

À l’évidence, Abdeslam Ouaddou a su dompter son environnement et convaincre ses joueurs d’adhérer à son projet ainsi qu’à sa manière de travailler, alors que rares étaient ceux qui donnaient cher de sa peau à son arrivée en Afrique du Sud.
C’est sans doute cette capacité à emmener dans son sillage tout un club qui rend sa saison sur le banc des Orlando Pirates si impressionnante.
Bien évidemment, son passé de joueur international, lui qui a évolué au très haut niveau durant de nombreuses années, n’y est pas étranger.
Mais le fait qu’un entraîneur marocain réussisse une nouvelle fois hors de ses frontières ressemble désormais davantage à une marque de fabrique qu’à un simple coup de chance.
Walid Regragui, Tarik Sektioui, Jamal Sellami ou encore Houcine Ammouta incarnent eux aussi cette montée en puissance des techniciens marocains sur la scène internationale.
Chacun à sa manière, ils mettent en lumière des qualités de management qui ne cessent de surprendre positivement et d’engranger les succès, y compris dans des contrées lointaines qui leur ont longtemps semblé inaccessibles.
Et lorsqu’on se souvient qu’un entraîneur sud-africain comme Rulani Mokwena a récemment échoué au Maroc, alors qu’Abdeslam Ouaddou a, lui, réussi à s’imposer en Afrique du Sud, cela donne encore plus de relief à l’exploit accompli par ce dernier, qui confirme un peu plus la montée en puissance des entraîneurs nationaux bien au-delà des frontières du Royaume.
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