Cybermenaces : depuis Rabat, le très discret général Boutrig appelle les États africains à coordonner leur défense numérique
Quelques mois après la fuite massive de données de la CNSS, Abdellah Boutrig est sorti de sa réserve devant des responsables africains réunis à Rabat, avec un message simple : aucun État ne pourra faire face seul à la montée des attaques informatiques. Compte rendu.
"Aucun pays ne peut relever à lui seul l'ensemble de ces défis. Les cybermenaces ignorent les frontières et exigent des réponses coordonnées." C'est le message porté par Abdellah Boutrig, général de brigade et directeur général de la Direction générale de la sécurité des systèmes d'information (DGSSI), à l'ouverture de l'Executive Cybersecurity Leadership Program.
Tenu ce lundi 1er juin 2026 à Rabat, ce programme panafricain, organisé par l'ANCA-CERT, le bras opérationnel de l'Alliance des autorités nationales africaines de cybersécurité (ANCA), réunit des responsables d'agences nationales de cybersécurité et des décideurs africains autour des enjeux de gouvernance, de leadership et de résilience numérique.
La sortie du très discret patron de la DGSSI intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le Maroc. En 2025, la cyberattaque contre la CNSS avait conduit à la diffusion massive de données sensibles concernant des millions de salariés et des centaines de milliers d'entreprises.
Plus récemment, des allégations de fuite de données ont également visé l'écosystème de Barid Al Maghrib, rappelant l'exposition croissante des institutions et opérateurs stratégiques aux cybermenaces.
Une réponse africaine face à des menaces sans frontières
Face à cette réalité, la réponse ne peut être uniquement nationale, a plaidé en substance Abdellah Boutrig. À mesure que les administrations et les économies se transforment, "notre capacité collective à prévenir, détecter et répondre aux cybermenaces devient un facteur essentiel de résilience", a-t-il déclaré devant les représentants des autorités nationales de cybersécurité africaines.
Le directeur général de la DGSSI a également placé la question de la souveraineté numérique au cœur de son intervention. "Cette résilience est indissociable de notre souveraineté numérique", a-t-il affirmé. Selon lui, les États doivent disposer "des capacités, des compétences et des mécanismes de gouvernance leur permettant de protéger leurs systèmes d'information, leurs données stratégiques et leurs infrastructures critiques".
Pour le responsable marocain, le renforcement des capacités nationales doit aller de pair avec une coopération continentale accrue. "Le partage d'informations, l'échange d'expériences, le développement de capacités communes et la solidarité entre nos institutions constituent des leviers pour construire un cyberespace africain sûr et résilient", a-t-il souligné.
Abdellah Boutrig a également insisté sur le rôle des agences nationales de cybersécurité, qu'il décrit comme les "piliers de la gouvernance cyber" dans leurs pays respectifs. Des institutions appelées, selon lui, à jouer un rôle central dans l'effort de coordination que l'ANCA cherche à promouvoir à l'échelle du continent.
Le général de brigade a par ailleurs rappelé que l'ANCA-CERT avait adopté un plan d'action destiné à accompagner le développement des capacités cyber des États africains et à renforcer leur coopération, l'Executive Cybersecurity Leadership Program constituant l'une des premières concrétisations de cette ambition.
La cybersécurité, nouvel axe de coopération
Le même constat a été dressé par Mohamed Methqal, ambassadeur et directeur général de l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI). Selon lui, la multiplication des menaces numériques impose de dépasser une approche strictement technologique du sujet.
"La cybersécurité ne saurait être appréhendée comme une simple question technique réservée aux spécialistes", a-t-il affirmé. Elle est devenue, selon lui, "un réel enjeu stratégique touchant à la fois à la souveraineté numérique, à la sécurité nationale, à la protection des données, à la continuité des services essentiels et à la confiance des citoyens dans les institutions".
Le responsable a également estimé que les réponses aux cybermenaces ne peuvent se limiter aux seuls outils technologiques. "Les solutions technologiques, aussi performantes soient-elles, ne suffisent plus à elles seules", a-t-il déclaré, plaidant pour des investissements dans les compétences numériques, le renforcement des capacités institutionnelles, la modernisation des infrastructures, l'adaptation des cadres réglementaires ainsi que le développement de mécanismes de coopération régionale et internationale.
Mohamed Methqal a par ailleurs présenté la cybersécurité comme l'un des nouveaux axes de la coopération africaine portée par le Maroc. "L'accélération de la transition numérique et la contribution au renforcement de la cybersécurité en Afrique sont des axes importants de la coopération mise en œuvre par le Royaume du Maroc", a-t-il déclaré.
Pour le directeur général de l'AMCI, les défis liés à la transformation numérique appellent eux aussi "des réponses collectives fondées sur la confiance mutuelle, le partage des bonnes pratiques, la mutualisation des ressources et le développement de solutions adaptées aux réalités du continent africain".
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