Hong Kong réforme ses micro-logements, les plus démunis dans l'incertitude
Lisa Lau s'installe sur son lit pour regarder une série chinoise dans son logement de trois mètres carrés à Hong Kong, en essayant de ne pas penser à l'avis d'expulsion que son propriétaire lui a adressé il y a des mois.
Sans salle de bain personnelle et sans cuisine, elle prépare de la soupe ou des nouilles dans un cuiseur à riz posé sur son lit.
Une plaque de mousse est scotchée en bas de sa porte pour empêcher les rats et les cafards d’entrer dans son box, qu'elle loue 283 euros par mois.
Séparés par de fines cloisons en bois, huit autres personnes vivent dans des box dans cet appartement subdivisé, dans un immeuble vieux de 60 ans situé à Sham Shui Po, l'un des quartiers les plus pauvres de Hong Kong.
Ces appartements subdivisés sont progressivement supprimés depuis l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi en mars.
Plus de 220.000 personnes, sur les 7,5 millions d'habitants de la ville, y vivent, et environ un tiers de ces appartements nécessitent une rénovation majeure, selon les autorités.
Le président chinois Xi Jinping a ordonné à la riche place financière de résoudre la crise du logement, marquée par une pénurie aiguë d'habitations et des loyers exorbitants.
"Je reste ici au jour le jour", confie Mme Lau, 48 ans, à l'AFP. Cette allocataire de l'aide sociale qui vit avec 7.300 dollars hongkongais (800 euros) par mois dit ne pas savoir où aller.
Le gouvernement a donné jusqu'en 2030 aux propriétaires qui s'enregistrent dans le nouveau dispositif pour rénover leurs logements, mais certains ont déjà envoyé des avis d'expulsion à leurs locataires.
Les nouvelles règles exigent que les logements fassent au moins huit mètres carrés et répondent à des normes de sécurité et d’hygiène, telles que la présence d'au moins une fenêtre ouvrable, d'un évier et de toilettes privées dans un espace fermé.
- Des logements inabordables -
La Society for Community Organisation (SOCO), une ONG travaillant avec les habitants défavorisés, juge que les réformes pourraient améliorer certaines des conditions de vie les plus difficiles à Hong Kong.
Mais il faut davantage de logements publics, selon Sze Lai-shan, directrice adjointe de la SOCO. "Il ne faut pas s'attendre à ce que ces personnes qui vivent dans des logements très petits puissent emménager dans les nouvelles unités de logement de base. Elles n'en auront pas les moyens", dit-elle.
Alors que le gouvernement a indiqué avoir reçu des notifications concernant 35 ménages menacés d'expulsions forcées de leurs appartements subdivisés, la SOCO affirme que beaucoup d'autres se trouvent dans une situation difficile.
Liu Xiaoli, également menacée d'expulsion de son logement subdivisé, cumule deux emplois à temps partiel comme cuisinière et femme de ménage pour joindre les deux bouts depuis son divorce, et subvient aux besoins de sa fille et de sa petite-fille en Chine continentale.
"Si le loyer ici ou ailleurs augmente, je ne pourrai vraiment pas le payer", confie à l'AFP cette femme de 63 ans.
- Des "maisons-cercueils" -
Interrogé par l'AFP, le gouvernement a déclaré avoir "considérablement augmenté l'offre de logements publics" avec l'objectif de produire environ 196.000 unités au cours des cinq prochaines années, et avoir accéléré la procédure pour 40% des ménages inscrits sur la liste d'attente pour un logement public.
"Les loyers des (unités subdivisées) ne devraient donc pas flamber en raison de la baisse de la demande", a indiqué un porte-parole du Bureau du logement dans un communiqué.
Les nouvelles règles ne s'appliquent pas à la pire forme d'hébergement: les tristement célèbres "maisons-cercueils", des boxes empilés les uns sur les autres comme des lits superposés dans des dortoirs délabrés.
Wan Hon-cheung vit depuis dix ans dans une boîte en contreplaqué de la taille d'un lit une place. Il a souvent des punaises et se lever et se coucher est difficile pour cet homme de 64 ans qui marche avec une canne. Il espère que le gouvernement améliorera aussi les conditions de vie d'habitants comme lui.
"Pour nous, les classes populaires (...) c'est la réalité, il n'y a rien à redire".