Irlande: longues négociations en vue pour former un gouvernement
Les Irlandais connaissaient dimanche deux tiers de leurs députés mais attendaient les résultats définitifs des législatives qui, en l'absence prévisible d'une majorité claire, laissent présager des négociations difficiles pour former un gouvernement.
Une certitude néanmoins: le gouvernement de coalition, entre le Fine Gael (centre-droit) du Premier ministre Enda Kenny et le Parti travailliste, ne sera pas reconduit, faute de suffrages suffisants.
Il a fait les frais de la colère des Irlandais qui, excédés par des années d'austérité, disent ne pas ressentir suffisamment la reprise économique, alors que le pays affiche une croissance de 7% en 2015 et que le chômage est retombé à 9%.
Après avoir reconnu ne pas avoir réussi à reconduire la coalition sortante, M. Kenny s'est néanmoins engagé dans la nuit à tenter de former un nouveau gouvernement.
Les chiffres définitifs ne seront pas connus avant lundi au plus tôt. Mais les premiers résultats indiquent que seule l'alliance des deux principaux partis de centre droit, Fine Gael et Fianna Fail, devrait être en mesure de rassembler suffisamment de sièges pour obtenir une majorité absolue d'au moins 80 députés, indispensable à la formation d'un gouvernement stable.
Peu avant 13h30 GMT, 105 des 158 députés étaient connus et les résultats des derniers sièges seront déterminants pour établir l'écart qui séparera les deux partis en tête.
Pour l'heure, le Fine Gael dispose de 32 sièges, le Fianna Fail 30, tandis que le Sinn Fein en détenait 14 et que 12 revenaient à des candidats indépendants.
Le Labour, allié du Fine Gael dans le gouvernement de coalition sortant, est lourdement sanctionné. Il ne comptait que quatre sièges dimanche à la mi-journée.
Beaucoup ont voté pour des indépendants, les petits partis (Verts, sociaux-démocrates...) et les mouvements anti-austérité, en nette hausse par rapport à 2011.
- Coalition des frères ennemis ? -
"Je vois trois options possible. De nouvelles élections en 2016. Un gouvernement de minorité du Fine Gael qui aurait l'appui du Fianna Fail depuis les bancs de l'opposition mais qui serait très instable. Ou une solution plus radicale aux yeux des Irlandais qui serait une coalition entre Fine Gael et Fianna Fail", explique Gail McElroy, professeur de sciences politiques au Trinity College de Dublin, à l'AFP.
Si une coalition entre les frères ennemis, qui se succèdent au pouvoir depuis 1932, semble évidente sur le papier, elle butte sur des décennies d'affrontements et d'inimitiés politiques qui remontent à la guerre civile des années 1920.
Elle a d'ailleurs été exclue tout au long de la campagne par les deux partis.
Enda Kenny pourrait donc attendre les résultats définitifs pour voir d'abord si d'autres alliances sont possibles avec le Labour, des personnalités indépendantes et des petits partis, dans un paysage politique fragmenté.
Le parti de gauche nationaliste Sinn Fein, qui devrait être le troisième parti du pays, a, lui, répété qu'il refusait d'être un allié minoritaire dans un gouvernement de coalition.
"Les électeurs ont voté pour le changement pas pour le chaos", note Brendan O'Connor dans son éditorial du Sunday Independent appelant les partis de l'establishment "à se boucher le nez, se serrer les coudes et à s'allier pour former un gouvernement".
La presse dominicale jugeait que Kenny était "dans la ligne de tir des électeurs" qui ont "déclenché un tremblement de terre". Le Irish Sun on Sunday se contentait d'un mot: "Rebellion".
Dès samedi, le bookmaker Paddy Power a même lancé des paris sur l'éventualité de la démission du Premier ministre. Une hypothèse écartée par Kenny, lui-même, qui dit avoir "la responsabilité" de garantir un "gouvernement stable".
Car même fragilisé, le parti du Premier ministre arrive toujours, selon les sondages à la sortie des bureaux de vote, en tête avec entre 25 et 26% des suffrages, devant le Fianna Fail (22 à 23%) et le Sinn Fein (14,9% à 16%).
Les partis ont jusqu'au 10 mars et la première réunion du Dail (parlement) pour trouver une solution à une situation qui n'est pas sans rappeler celle de l'Espagne, toujours sans gouvernement plus de dix semaines après les élections.