L'Allemagne entame la privatisation de l'énergéticien Uniper
L'Allemagne a lancé mardi la privatisation du groupe d'énergie Uniper, sauvé en 2022 de la crise liée à la guerre en Ukraine à coup de milliards d'euros, a appris l'AFP auprès du ministère des Finances.
Berlin souhaite ramener sa participation dans l'entreprise de 99% à 25% plus une action, afin de conserver "la minorité de blocage nécessaire", a indiqué une porte-parole du ministère.
Par ce biais, le gouvernement de la première économie européenne pourra continuer à peser sur les décisions stratégiques importantes en matière de politique énergétique et d'approvisionnement en gaz.
L'Etat allemand a publié mardi matin dans l'édition imprimée du Financial Times un avis de vente "visant à déterminer l'intérêt des acquéreurs potentiels", selon cette même source.
Cela "ne préjuge ni de la réalisation ni du calendrier d'une éventuelle transaction", a-t-elle précisé.
La note indique que les parties intéressées sont invitées à "manifester leur intérêt par écrit en envoyant une lettre d'intention" d'ici au 12 juin 2026.
Parmi les intéressés potentiels figureraient des fonds souverains et de grands groupes énergétiques, selon le quotidien économique Handelsblatt.
Après l'invasion russe de l'Ukraine début 2022, Uniper, l'un des premiers négociants de gaz en Allemagne, avait été frappé de plein fouet par la réduction puis la fin totale des livraisons de gaz russe via le gazoduc Nord Stream.
L'entreprise était le principal client du groupe russe Gazprom dans le pays.
Le groupe avait dû, pour honorer ses contrats, se procurer du gaz sur le marché au comptant où les prix avaient explosé au cours de l'été 2022.
Réalisant alors des pertes abyssales, le groupe de Düsseldorf (ouest) avait été sauvé par le gouvernement allemand qui l'avait nationalisé et avait injecté 13,5 milliards d'euros de capitaux.
Ces aides avaient été approuvées par la Commission européenne sous de nombreuses conditions, dont celle pour l'Etat allemand de réduire sa participation dans Uniper à un maximum de 25% plus une action d'ici 2028 au plus tard.
-Conflit avecc Gazprom-
Dans un communiqué transmis à l'AFP, Uniper s'est "félicité" de la privatisation en cours, estimant être "désormais plus solide, plus résilient et doté d'une orientation stratégique plus claire".
Le groupe a assuré être "non seulement à nouveau en mesure de verser des diviendes", mais aussi d'"investir de façon ciblée dans la croissance et la transformation".
En 2025, Uniper a dégagé un bénéfice net d'1,43 milliard d'euros, bien loin de la perte massive de 19,1 milliards enregistrée en 2022.
Outre Uniper, l'Etat allemand avait également nationalisé l'ancienne filiale de Gazprom, Sefe, en pleine crise énergétique en 2022.
S'en étaient suivies des spéculations selon lesquelles, dans le cadre d'une reprivatisation, les deux entreprises pourraient fusionner.
Cela aurait été étudié au sein du gouvernement fédéral, qui a finalement décidé d'abandonner cette piste, selon la presse allemande.
Au cours des derniers mois, Uniper a travaillé à redevenir plus attractif pour les investisseurs, notamment grâce à la constitution d'un petit portefeuille d'énergies renouvelables.
En outre, le groupe de Düsseldorf (ouest) a rempli presque toutes les exigences de l'UE, qui prévoyaient par exemple la vente d'actifs comme l'ancienne centrale électrique au charbon d'Uniper à Datteln (ouest), réalisée l'an dernier, ou celle en cours dans l'activité hélium.
La capitalisation boursière d'Uniper s'élève actuellement à environ 18 milliards d'euros d'après la Süddeutsche Zeitung, un chiffre "à considérer avec prudence" au vu du très faible nombre de titres échangés.