Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.A titre d’exemple
Si la bande-annonce d’un film peut donner envie d’aller voir ce dernier - c’est du moins le but de la manœuvre -, il n’en va pas toujours de même s’agissant de son titre. Il est d’ailleurs rare que celui-ci honore le film, tant il est vrai qu’un bon titre n’a jamais sauvé un mauvais film. Cela s’appliquerait également à d’autres créations de l’esprit : une pièce de théâtre, une exposition, un roman ou, le plus souvent encore, notamment par les temps qui courent, un article ou un reportage dans un journal.
La fonction et l’utilité du titre, notamment littéraire, ont fait l’objet de nombreuses études, historiques, sémiotiques et linguistiques, très sérieuses dans le cadre de la narratologie, dont un texte roboratif de Gerard Genette publié dans son ouvrage, Seuils, édité précisément par les éditions du Seuil en 1987.
Cependant, les titres des films ont rarement été étudiés, comme le signale justement l’universitaire Maribel Penalvar, qui, tant qu’à faire, s’en est chargée elle-même dans un essai sur l’intitulation au cinéma, intitulé justement Les titres de films. Analyse sémiotico-linguistique (Éditions L’Harmattan).
Pour les plus curieux, désireux de creuser plus profond, ou ceux mieux armés pour affronter les éléments textuels du paratexte, péritexte, épitexte et autres joyeusetés théoriques, on les renvoie volontiers aux deux ouvrages susmentionnés. Car il n’est nullement dans l’intention du simple chroniqueur du temps qui passe de se risquer ici à une analyse titrologique, mais seulement d’évoquer certains titres bien de chez nous, histoire de voir ou de savoir de quoi le titre est-il le nom.
Le titre d’une œuvre se veut en principe un identifiant référentiel qui désigne un contenu à découvrir. Il a aussi une fonction incitative ou conative, c’est-à-dire qu’il s’adresse aux lecteurs ou spectateurs éventuels afin de les appâter ou de les convaincre d’aller à la découverte de certaines créations de l’esprit. Mais il est parfois des titres si vagues ou si subtiles qu’ils peuvent tromper sur le contenu de l’œuvre, exemple entre autres de celui du roman et du film Autant en emporte le vent.
A moins de faire dans la simplicité ou le premier degré : titre du célèbre roman de Flaubert Madame Bovary ; ou celui de Tolstoï, Anna Karénine, tous deux adaptés plusieurs fois au cinéma en gardant le même intitulé. Sans parler des titres fantaisistes ou volontairement burlesques comme c’est souvent le cas de certaines comédies au cinéma. Il y a, par ailleurs, le titre trompeur et déroutant du célèbre roman, sombre et foutraque, de Boris Vian : L’automne à Pékin. En effet, dans ce roman burlesque il n’est question ni d’automne, ni encore moins de Pékin, mais plutôt de construction d’une ligne de chemin de fer dans le désert d’une contrée imaginaire nommée Exopotamie.
Loin de ces célèbres excentricités et plus près de nos créations cinématographiques, si l’on s’amusait à mettre bout à bout les titres de la filmographie locale, dans un montage hasardeux et ludique, voire didactique, il y aurait de quoi raconter une brève histoire de notre cinématographie. Les cinéphiles avertis ne disent-ils pas que c’est le montage qui donne littéralement vie et construit l’histoire, parce que le sens de cette dernière réside entre les plans ? Peut-on dire ici entre les titres ? En tout état de cause, il arrive que parmi ceux qui se veulent historiens pressés d’un cinéma né quelques années après l’indépendance, certains datent la naissance du premier film marocain à partir de l’an de grâce 1958. Il est l’œuvre de Mohamed Ousfour, un cinéaste formé sur le tas et sur le tard, qui, en bricolant des films à l’aide d’objets hetéroclites, précaires et transformés, a fait son propre cinéma avec les moyens du bord et des bouts de ficelles. Il filmait, montait, bidouillait des effets spéciaux incongrus tout en jouant dans ses créations, allant même jusqu’à les projeter dans des lieux improbables pour un public aussi désargenté qu’halluciné. Son premier né, et donc aussi celui de la filmographie nationale, porte ce titre peu engageant si l’on est un tantinet superstitieux : L’enfant maudit.
Il faut attendre la fin des années 60 pour voir déferler subitement une petite vague cinématographique faite d’une poignée de films timides, mimétiques et maladroits, mais dont les titres (de meilleur augure que celui de ce drôle d’oiseau qu’est Ousfour) sont pleins de promesses ou de bonne volonté : Vaincre pour vivre ; Soleil du printemps ; Quand murissent les dattes.
Pourtant, des critiques intellocrates et des historiens de l’éphémère, suivis par quelques chercheurs pinailleurs, ont décidé que la véritable histoire du véritable cinéma marocain commence avec Wechma ("trace") de Hamid Bennani sorti en 1970. Va donc, pour "Trace", excellent film par ailleurs. Il sera suivi, par intermittence, d’autres productions aux titres moins laconiques, plus au moins prometteurs et libellés en arabe, en français puis, plus récemment, en anglais. Un petit florilège de ces années 70 dont les titres métaphoriquement énigmatiques en disent long sur les ambitions et les rêves de leur auteurs : Les Milles et une mains (les mauvaises langues de l’époque disaient qu’il y avait une main de plus, sans nommer la personne) ; La guerre du pétrole n’aura pas lieu (mauvaise pioche, elle a bien eu lieu !) ; De quelques événements sans significations ; Chergui ou le silence violent ; Noces de sang, Les cendres du clos ; Brèche dans le mur ; Al Kanfoudi. Huit productions en tout et une bonne moisson au vu des moyens et de l’ambiance politique de l’époque.
Enfin, et pour conclure plus sérieusement, qui mieux qu’un cinéaste de talent (auteur de l’unique et beau long métrage au titre évocateur, Mirage), romancier, poète et véritable démiurge de la technique du montage, peut se dire légitimement "observateur engagé" du cinéma au Maroc ? Après avoir accumulé pendant plus de trente ans une riche et diverse documentation qu’il avait lui-même prospectée, glanée et inventoriée, Ahmed Bouanani a écrit une brève et belle histoire du cinéma au Maroc ; et non pas seulement du Maroc : La Septième porte. Une histoire du cinéma au Maroc de 1907 à 1986. Ce bel ouvrage hybride et roboratif mêle à la fois des documents inédits, des informations oubliées et le regard critique, mais honnête, d’un cinéphile à l’hypermnésie conséquente. Publié aux éditions Kulte, grâce aux efforts entêtés de sa fille Touda, avec la complicité artistique de l’écrivain et traducteur Omar Berrada, ce livre est un don à l’avenir et une porte entrouverte sur un pan du passé cinématographique colonial au Maroc et sur la genèse de son cinéma national.
Nota bene : le comble du chroniqueur qui chronique en se gaussant sur la thématique du titre, est de s’avouer incapable d’en trouver un bon qui identifie sa prose. C’est ce que l’on appelle se tirer une balle dans le pied et qui règle définitivement son compte à cette chronique… à titre d’exemple.
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