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Al Omrane. Dysfonctionnements et activités en baisse

Le 4 juin 2015 à 14h45

Ce texte est né d'un travail collectif réalisé par Le Centre Indépendant des études stratégiques.

La nécessité de doter l'Etat d'un instrument d'intervention en capacité d'accompagner les évolutions que connaît le pays dans les domaines de l'habitat et du développement urbain, de concourir à la régulation du marché foncier et immobilier, de promouvoir l'habitat social et lutter contre d'habitat précaire et insalubre, a amené les pouvoirs publics à lancer dès 2004 la réforme du secteur public de l'habitat.

Une réforme qui va permettre l'assainissement et la consolidation de la situation financière des organismes publics opérant sous la tutelle du Ministère de l'habitat (OST) avant leur regroupement en 2007 au sein d'un Holding national s'appuyant au plan opérationnel sur des sociétés régionales filiales disposant d'une véritable autonomie de gestion et d'une grande marge de manœuvre qui a permis d'accroitre leur capacité d'intervention et leur efficacité.

Cette réforme s'est accompagnée d'une mobilisation sans précédent des ressources foncières de l'Etat, près de 10.000 Ha de terrains domaniaux et de terres collectives mobilisés entre 2003 et 2009. Ces terrains ont permis la réalisation des missions assignées au secteur public et des objectifs quantifiés qui ont été fixés pour le secteur. Parmi ces objectifs, celui relatif au doublement de la production en habitat social pour atteindre le rythme de 100.000 unités par an et la résorption progressive du déficit cumulé en habitat.

Avec l'épuisement de la réserve foncière précédemment constituée et l'incapacité manifeste d'assurer sa reconstitution, nous allons assister à partir de 2011 à une véritable chute des indicateurs de performance du groupe parallèlement à une baisse continue des activités et l'abandon progressif de la dimension sociale dans les activités du groupe.

Cette évolution sera confirmée par les rapports de la Cour des comptes relatifs aux sociétés filiales du Groupe Al Omrane qui ont révélé une baisse considérable de régime, l'abandon progressif de la dimension sociale dans leurs interventions, l'accroissement démesuré du stock des produits finis malgré la baisse du niveau des investissements, l'épuisement de la réserve foncière constituée au cours de la dernière décennie, ce qui constitue une sérieuse menace pour la poursuite des activités du groupe et la réalisation de son objet social.

Pour le cas de la société "Al Omrane Rabat", le rapport de 2013 fait état de l'engagement de marchés et la délivrance d'ordres de services de commencement des travaux uniquement dans l'objectif de gonfler certains indicateurs physiques se rapportant à l'activité de la société, ce qui jette le doute sur les chiffres communiqués par l'ensemble des sociétés filiales et les consolidations opérées au niveau national et constitue un précédent grave qui doit interpeller les organes d'audit et de contrôle du groupe, notamment les instances compétentes du conseil de surveillance pour s'assurer de la sincérité des données et indicateurs qui lui sont présentés et parce que le tripatouillage des chiffres peut vouloir dire que la baisse des activités du groupe est autrement plus importante que ce que les chiffres indiquent ...

Afin de cerner l'évolution des activités du Groupe, la revue de ses rapports annuels permet de faire ressortir les indicateurs de performances se rapportant à 3 périodes successives:

-        Celle qui a précédé le chantier de reforme du secteur public (avant 2004);

-        La période 2007-2010 qui a suivi la mise en œuvre du chantier de reforme;

-        La dernière période 2011-2014;

§  Régression de l'indicateur se rapportant aux mises en chantier (production nouvelle) et abandon de la dimension sociale dans les interventions du groupe au cours de la dernière période

Avant le chantier de reforme, le rythme annuel des mises en chantier des OST se situait entre 20.000 et 25.000 unités principalement sous forme de lots de terrains équipés.

Parmi ces unités, près de 5.000 étaient affectées à la résorption des bidonvilles au moment où l'accroissement des ménages dans cette composante de l'habitat insalubre se faisait au rythme de 10.000 à 15.000 ménages par an, ce qui explique l'augmentation importante des ménages dans les bidonvilles en l'absence d'un rythme approprié de résorption.

La période 2007-2010 a connu quant à elle la mise en chantier de 266.460 unités soit un rythme annuel de 66.600 unités dont plus de 30.000 étaient affectées à la résorption des bidonvilles, ce qui a permis au secteur public d'avoir une contribution significative dans la réalisation des objectifs du programme gouvernemental, notamment ceux relatifs à la promotion du logement social et à la résorption des bidonvilles.

Au cours de la dernière période, les mises en chantier ont porté sur 159.140 unités, soit un rythme annuel de 39.800 unités dont moins de 15.000 pour la résorption des bidonvilles ce qui traduit une baisse considérable des mises en chantier depuis 2011; le niveau le plus bas ayant été réalisé en  2014 avec la mise en chantier de 30.095 unités.

Cette évolution nous rapproche inexorablement du niveau d'activité qui prévalait avant l'engagement du chantier de réforme du secteur public en 2004.

§  Recul enregistré par l'indicateur se rapportant aux achèvements et la production de nouvelles unités d'habitation depuis 2011

La période 2007-2010 a connu le doublement du rythme des achèvements qui prévalait avant l'engagement du chantier de reforme puisqu'elle a enregistré la production de 228.960 unités soit une production moyenne annuelle de 57.240 unités;

Quant à la période 2011-2014, elle a enregistré l'achèvement de 156.930 unités soit une moyenne annuelle de 39.230 unités traduisant également un net recul par rapport à la période précédente.

§  Programme villes sans bidonvilles et démolition des baraques: un rythme accéléré de résorption depuis le lancement du programme jusqu'à 2010

Le "programme villes sans bidonvilles" a permis grâce aux ressources financières mobilisées dans le cadre du "Fonds solidarité habitat" (FSH) et à la démarche de contractualisation initiée avec les acteurs et partenaires du programme au niveau provincial et local, d'accroître le rythme de résorption des bidonvilles qui est passé de 5.000 ménages par an enregistré auparavant à près de 15.000 ménages en 2004 (année de lancement du programme) jusqu'à atteindre un rythme moyen de résorption de 29.000 ménages par an au cours de la période 2007-2010; ce qui a permis de traiter à fin 2010 plus de 70% des ménages recensés au moment du lancement du programme (270.000 ménages).

Malgré l'afflux continu de nouveaux ménages dans les bidonvilles et l'accroissement important des populations qui en a résulté, le programme a permis d'enregistrer une nette régression de la population des bidonvilles au niveau national puisque les ménages dans les bidonvilles qui représentaient près de 8% des ménages urbains en 2004 ne représentaient plus que 3,8 % des ménages urbains en 2010.

Cette évolution a été soulignée dans les évaluations effectuées par les experts de l'ONU, ce qui a permis à notre pays d'obtenir une distinction internationale décernée par les nations unies en témoignage des efforts consentis dans ce domaine.

Ce programme va malheureusement connaître un relâchement important de la part des acteurs qui le portaient au niveau national, ce qui va se traduire par un rythme de résorption en régression depuis 2011 puisque cette année va enregistrer le recasement de 13.840 ménages, l'année 2012 connaîtra un rythme de recasement équivalent (13.590 ménages), 11.140 ménages seulement ont été traités en 2013 et moins de 8.000 ménages en 2014, ce qui traduit également la distance prise par le groupe Al Omrane avec ce programme.

§  Investissements en perte de vitesse par rapport aux autres entreprises publiques

Avant le lancement du chantier de réforme du secteur public de l'habitat, le volume des investissements réalisés par l'ensemble des OST se situait entre 2 et 2,5 milliards de Dirhams par an; soit une moyenne par organisme de l'ordre de 200 à 250 MDH par an;

La période 2007-2010 a quant à elle connu un volume d'investissement global de près de 29,5 Milliards de Dirhams, soit une moyenne annuelle de 7,4 Milliards de Dirhams représentant près de 3 fois le volume d'investissement qui a été réalisé au cours de la précédente période, ce qui a permis au Groupe Al Omrane de se hisser à la première place parmi les organismes publics en ce qui concerne le volume des investissements réalisés, un positionnement que le Groupe ne conservera pas longtemps en raison des remises en cause et perturbations qui vont affecter le programme d'investissement et ses prévisions d'accroissement.

Le volume des investissements réalisés au cours de la période (2011-2014) n'a été que de 25,6 Milliards de Dirhams, soit un investissement annuel moyen de l'ordre de 6,4 Milliards de Dirhams représentant moins de 60% des prévisions de la période.

Les données relatives à l'évolution des investissements des organismes publics montrent que les investissements réalisés par le Groupe Al Omrane en 2007 représentaient 13% du volume des investissements réalisés la même année par l'ensemble des organismes publics; cette part a été de 9,6% en 2011, 8,6% en 2012, 8,1% en 2013 et n'est plus que de l'ordre de 7,5% en 2014, ce qui traduit le recul enregistré par cet organisme par rapport aux autres organismes publics.

§  Augmentation considérable du budget de fonctionnement du groupe

Le budget de fonctionnement du Groupe au cours de la période 2007-2010 a été de l'ordre de 542 Millions de Dirhams par an représentant prés de 7,3% de l'investissement annuel.

Ce budget  connaîtra une augmentation considérable au cours de la période 2011-2014 pour atteindre 720 Millions de Dirhams représentant 11,5% de l'investissement annuel moyen de la période; ce qui traduit un dysfonctionnement lourd de conséquences pour le groupe au vu de la tendance à la baisse du volume des investissements qui sera accentuée au cours des prochains exercices.

Cette augmentation est la conséquence directe de l'accroissement "hors norme" de la masse salariale du Groupe qui est passée de 370 MDH en 2010 à 517 MDH en 2014 (+40%) en raison principalement d'un régime de rémunération très généreux à l'égard des 1ers responsables du Groupe sans pour autant qu'il soit en rapport avec les performances et résultats réalisés par ces mêmes responsables.

Les "charges per capita" dans le groupe Al Omrane atteignent 371.050 DH, qui est classé 2eme devant  la Caisse de dépôt et de gestion avec 349.540, loin devant d'autres organismes nationaux tels que l' ONDA, Autoroutes du Maroc, ONEE, Bank Al Maghrib...

§  Accroissement considérable du stock des produits finis malgré une baisse considérable des investissements

Le volume du stock des unités achevées comparé au volume des investissements annuels représente un indicateur significatif de l'équilibre financier dans toute entreprise du secteur immobilier (la valeur du stock ne devrait pas s'écarter de celle de l'investissement annuel).

Ce stock, avec 5,6 Milliards de Dirhams, représentait près de 2,5 fois le volume de l'investissement annuel avant le lancement du chantier de réforme,  il a atteint près de 9,8 Milliards de Dirhams à fin 2010 (soit 1,3 fois l'investissement annuel), et près de 15 Milliards de Dirhams à fin 2014 (soit de 2,3 fois l'investissement annuel) ce qui traduit une évolution dangereuse pour l'avenir de l'entreprise alors que l'administration du groupe a fait du  stock et de sa liquidation à terme l'un de ses objectifs prioritaires.

Les indicateurs passés sous revue illustrent le processus de régression qui affecte depuis quelques années le groupe Al Omrane et qui porte atteinte à tous les acquis réalisés.

Aujourd'hui, le Groupe Al Omrane se trouve très affaibli au plan de ses capacités techniques, financières et de gestion et les perspectives sont sombres pour de nombreuses sociétés filiales qui manquent de foncier pour développer et pérenniser leurs activités.

Et pourtant, notre pays a toujours besoin d'un Omrane fort, plus fort qu'auparavant pour poursuivre sa mission, accompagner le programme gouvernemental dans le domaine de l'habitat social et du développement urbain, anticiper les évolutions futures et participer à l'aménagement des régions et des villes de demain.

Par Rédaction Medias24
Le 4 juin 2015 à 14h45

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