Alliances erratiques
Aimane Cherragui est le secrétaire général actuel de TIZI (Tariq Ibnou Ziyad Initiative), ONG marocaine indépendante, non partisane et non gouvernementale, qui vise la conscientisation politique des jeunes en vue d'élever leur participation politique tout en faisant émerger chez eux et parmi eux un vrai leadership politique. Aimane est aussi cadre et enseignant dans un groupe d'enseignement supérieur. Il est passionné de politique.
Les élections communales et régionales du 4 Septembre dont la page vient «presque» d’être tournée avaient, et je mets bien le verbe à l’imparfait, une portée symbolique comme étant les premières échéances locales après l’adoption de la nouvelle constitution du royaume de 2011 et comme première pierre dans l’édification du grand projet de la régionalisation avancée sur lequel le Maroc mise économiquement, politiquement et diplomatiquement.
Les réformes constitutionnelles de 2011 ont permis au «Makhzen» de montrer qu’il est à l’écoute des revendications populaires et d’affirmer ses aptitudes d’architecte d’un Etat moderne démocratique s’acheminant, lentement mais sûrement, vers une monarchie parlementaire.
Tout compte fait, les promesses constitutionnelles sont attractives: bonne gouvernance, égalité hommes-femmes, développement des prérogatives territoriales et mise en place de la régionalisation avancée.
Dans ce contexte, la régionalisation avancée est venue comme une orientation stratégique inéluctable qui propulsera le Maroc dans le chemin de la construction démocratique et de la décentralisation du pouvoir tout en s’appuyant sur cette constitution qui donne le cadre de référence de la démocratie locale marocaine via la participation de la société civile (Art .13), le droit d’initiative populaire (Art.14), le droit de présenter des pétitions (Art.15), l’égalité hommes-femmes (Art.19), l’égal accès des hommes et des femmes aux fonction électives (Art.30), les principes de la libre administration (Art.136), l’autonomie financière (Art.141), … etc.
Du coup, Marocaines et Marocains se sont intéressés de près à ces échéances et avec un intérêt sans précédent stimulé par un discours royal mobilisateur, une campagne de sensibilisation d’envergure, des médias intentionnés, des réseaux sociaux enflammés et surtout un gage constitutionnel confirmé.
J’en avais tiré, personnellement, la conclusion que les ingrédients nécessaires au modelage d’une bonne expérience démocratique montante étaient enfin réunis et nous n’attendions rien de plus que l’approche des élections afin de regarder le mélange de l’arsenal juridique, de la volonté nationale, de l’intérêt citoyen / civil et de la participation des partis politiques prendre forme.
Après interprétations quantitatives et qualitatives des résultats des élections, il me semble que beaucoup d’espoir a été porté sur les petites épaules des partis politiques encore incapables d’assumer correctement cette responsabilité historique déterminante dans le lancement du nouveau «modèle organisationnel» du royaume.
Une réflexion de premier niveau de l’après 4 septembre pourrait nous pousser vers la conclusion simple et bête: N’attendez pas démocratie de la part de ceux qui ne l’ont pas! Détournement et achats des voix, altercations verbales, dénigrement des adversaires, substitution des alliés et d’autres formes encore de maladresses politiques entraînent énormément de déceptions, de frustrations et de dégoût qui finissent par installer le désintérêt des citoyens pour la sphère politique.
Les partis politiques demeurent soumis à la volonté des votants. Les voix doivent, normalement, se traduire sur la composition des conseils communaux, municipalités, mairies et régions.
Hélas le chemin de cette volonté populaire est souvent semé d’embûches: En partant des urnes qui ont dit ce qu’elles avaient à dire, aux seuils qui ont filtré les ascensions, en passant par les majorités simples qui ont consacré des champions, et surtout en n’oubliant pas les jeux d’alliances tordues qui se sont occupés du reste à faire.
Dans ce chemin de déperdition progressive, l’essence même de la démocratie participative peine à rester en vie avant le démarrage des mécanismes de la gouvernance locale. Ni promesses, ni paroles, ni insinuations n’ont de crédibilité aujourd’hui de la part de certains opérateurs politiques de la place.
Le PAM et le RNI (pour ne citer qu’eux) prêchent le réalisme politique. Le PJD, le PPS (pour ne citer qu’eux également) crient primauté des alliances gouvernementales.
Et entre les deux clans, nous nous retrouvons avec une sensation que nous connaissons fort bien, mais que nous ne pouvons qualifier avec justes mots. Une sorte de nausée sartrienne, de sentiments kafkaïens et des conclusions nietzschéennes menant à l’athéisme politique de rigueur compromettant la préservation de nos acquis constitutionnels.
Il me semble légitime de poser la question suivante: Comment immuniser les citoyens (et surtout les jeunes d’entre eux) face à de tels dysfonctionnements démocratiques? Comment garder espoir dans l’inculcation des valeurs démocratiques à une génération avide de changement? Et comment avoir confiance dans une offre politique incapable encore de prendre le taureau par les cornes et d’assumer la symbolique historique de ces échéances tout en s’armant de courage politique?
En attendant des jours meilleurs, j’espère nos partis politiques comprendraient, au niveau de leurs instances dirigeantes, qu’ils doivent leur existence et leurs acquis politiques aux votes des Marocaines et Marocains et non pas aux mesquineries politiques et alliances erratiques.
Traduisez la voix du peuple, sacralisez ses envies, portez sa parole … Soyez nationalistes, patriotes et courageux et j’accepterais par la suite que vous pouvez être opportunistes.
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