Au diable les valeurs humaines !
Portée par l’idéologie "America First", la nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale pour 2025 marque une rupture assumée avec la promotion des droits humains et des valeurs démocratiques. Elle privilégie la puissance, les rapports de force et les intérêts nationaux au détriment du multilatéralisme.
Si vous cherchez, dans la nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale pour 2025, le soutien des Etats-Unis aux droits humains et aux valeurs démocratiques, vous serez bien déçu, et vous avez raison de l’être.
On le sait, une bonne politique extérieure doit servir à maintenir la paix, à renforcer la sécurité mondiale, à éviter les conflits, et à promouvoir la coopération et le développement mutuel entre les nations. Une stratégie à l’international doit également tendre à résoudre les défis globaux comme l’environnement ou le terrorisme, à promouvoir les droits humains, et à permettre une meilleure compréhension entre les cultures. Or, tous ces idéaux ne figurent pas dans l’agenda et les priorités de l’administration américaine actuelle.
Donald Trump a été bien modeste en annonçant en introduction de la nouvelle stratégie de sécurité nationale, SSN, parue le mois dernier, que depuis son arrivée au pouvoir, il a évité le pire aux Etats-Unis et au monde, et on aimerait bien le croire. Après quatre ans de faiblesse et d’abandons sous l’ère des démocrates et de Joe Biden, il pense avoir épargné au monde bien des échecs mortels. Comment ? En agissant tout simplement, dit-il, avec urgence pour restaurer la force américaine à l’étranger afin d’apporter à notre monde paix et stabilité.
En relatant les conflits mondiaux auxquels il croit avoir trouvé des solutions en un laps de temps court, comme il le souligne, Trump oublie que plusieurs de ces accords de paix ont été obtenus sous pression, et souvent en dehors du cadre onusien. Certaines de ces confrontations ont repris de plus belle parce que mal ficelées dès le départ. On peut citer la reprise des combats entre la RDC et le Rwanda, ou entre la Thaïlande et le Cambodge, sans citer la grave situation qui prévaut toujours à Gaza, en Ukraine et dans d’autres zones de la planète.
Effacement civilisationnel
Mais l’essentiel des critiques américaines contenues dans la nouvelle stratégie visent particulièrement l’Europe qui risque l’effacement civilisationnel selon le document. Le continent européen est depuis longtemps dans le point de mire de Donald Trump, car la nouvelle stratégie annoncée théorise ouvertement la mise sous tutelle du Vieux Continent pour qu’il soit au service de la stratégie globale américaine. Celle-ci cherche à instaurer ouvertement une rupture idéologique avec les actuels gouvernants européens, en apportant un soutien actif aux partis de la droite radicale. Trump veut par ailleurs que ses alliés européens renforcent leur défense collective, en y consacrant au moins 5% de leur PIB pour alléger le fardeau qui incombe aux États-Unis, tout en prenant part à plus d’initiatives dans la sécurité régionale et internationale.
Par ailleurs, Washington s’est réapproprié ouvertement l’ancienne doctrine du président James Monroe de 1823 qui stipule que toute intervention étrangère aux Amériques serait considérée comme une menace contre les propres intérêts des Etats-Unis. Ce rappel historique est destiné non seulement aux autres puissances internationales, mais aussi, et surtout, aux pays du continent américain qui pourraient être tentés de s’allier aux adversaires de Washington qui sont nombreux, allant de la Chine à la Russie et même à l’Europe. C’est dans cette même perspective que la SSN insiste sur la primauté de défendre les frontières américaines contre la migration illégale et les trafiquants de drogue qui proviennent des pays voisins.
Aux yeux de l’actuelle administration américaine, l'Indopacifique demeure toujours l’autre zone d’une importance stratégique capitale. Washington veut y garantir et maintenir, par la force militaire s’il le faut, la libre-circulation à travers les voies maritimes si indispensables pour sa domination économique et son hégémonie mondiale face à la montée en puissance de la Chine. La présence militaire américaine à Taiwan, au Japon, aux Philippines et dans d’autres pays de la région participe à cette même volonté de marquer cette zone par une présence militaire permanente et surtout efficace.
C’est tout l’opposé qu’on observe concernant le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour la première région, Israël demeure le premier allié de Washington, et sa sécurité est une priorité absolue de la politique extérieure américaine dans l’objectif de garantir sa suprématie sur ses voisins. Cependant, ce qui importe le plus à la nouvelle administration, c’est de s’impliquer moins dans les conflits de cette région, et de privilégier le commerce et la sécurité énergétique en premier lieu. Quant à l’Afrique, Washington la perçoit comme une terre de compétition économique face à ses adversaires chinois et russes. En filigrane, la nouvelle stratégie américaine laisse apparaitre que notre continent africain n’intéresse les Américains que comme un marché de consommateurs, un fournisseur de matières premières et d’autres minerais rares ou stratégiques.
Au préalable à tous ces choix géopolitiques, la nouvelle stratégie a battu en brèche toute la politique menée par les précédents gouvernements. Et plus particulièrement celle de l’ère des démocrates sous la présidence de Joe Biden qui a mené le pays, selon le document, vers le désastre dans lequel se trouvent les Etats-Unis. Après la Guerre froide, les élites de la politique étrangère américaine se sont convaincues que la domination américaine sur le monde était dans l’intérêt de notre pays. Or les affaires des autres nations ne nous concernent que si leurs activités menacent directement les intérêts américains, pouvait-on lire.
Après l’élite américaine à qui on reproche sa démission, le document s’en prend aux alliés européens qui, pour leur part, n’assument plus leurs responsabilités internationales. Dans un entretien avec le site Politico, paru après la publication de la SSN, le président Trump a critiqué, une fois de plus, cette Europe qui "se délabre à cause de certains de ses dirigeants, qu’il qualifie tout bonnement de stupides, parce qu’ils mènent une politique migratoire politiquement correcte". Les Européens, affaiblis par le conflit ukrainien, conscients de leurs limites et de leur dépendance vis-à-vis de Washington, ont gardé, comme à leur habitude, le silence et un profil bien bas. Le chancelier allemand Friedrich Merz a été le seul parmi ses paires à oser élever la voix pour souligner, poliment, que certaines parties de la nouvelle stratégie américaine étaient inacceptables du point de vue européen.
Que vise alors la nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale en ce moment bien précis où notre monde traverse tant d’incertitudes et fait face à tant de défis ? Est-ce pour unir les Américains derrière leur chef Trump pour servir l’Amérique selon les slogans America First ou Make America Great Again ? Ou est-ce pour allumer des contrefeux face à l’affaire de mœurs d’Epstein qui menace sérieusement Donald Trump lui-même ? Ou alors à alerter les Européens qu’il est temps pour eux de se prendre en charge et de faire face aux défis qui les encerclent ? Ou encore adresser des messages subliminaux à la Chine que l’Amérique ne se laissera pas détrôner de son rang de première puissance mondiale ?
C’est certainement pour toutes ces raisons, et bien plus encore, que Trump a ordonné sciemment la publication de ce document. Les Républicains ont lancé ce pavé dans la mare pour provoquer des ondes, des vagues et des éclaboussures. Leur objectif premier est de rappeler au monde que les Etats-Unis demeurent le pays le plus fort, le plus puissant, le plus prospère, et qu’ils le resteront pour des longues années encore. Cette nouvelle stratégie n’est certes qu’une déclaration d’intention mais elle n’en demeure pas moins cohérente avec le programme global que suivent Donald Trump et son administration républicaine. Mais sa cible première reste d’abord l’opinion américaine elle-même à qui le président accorde le droit de savoir ce que son administration compte faire et réaliser pour le pays.
Pour le dire autrement, cette nouvelle stratégie, que l’on soit peu ou prou d’accord avec elle, est un plan cohérent avec l’idéologie républicaine. Elle explique, avec un nationalisme certes excessif, le lien entre les fins et les moyens de la politique extérieure américaine sous Trump. Elle part d’une évaluation précise, celle des réalités actuelles, et des outils disponibles pour atteindre les résultats souhaités au seul service de la nation, de ses multinationales, et des citoyens américains.
Le but de n’importe quelle politique étrangère n’est-il pas la protection des intérêts nationaux fondamentaux, à moindres coûts et avec le maximum de profits ? Si les Américains choisissent un tel chemin pour ne défendre que leurs propres intérêts comme ils le souhaitent, ils doivent être conscients que les autres nations feront de même pour protéger et défendre de la même manière les leurs.
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