Bâtir une alliance technologique des démocraties
COPENHAGUE – L’agenda du président américain Joe Biden sur la voie du renforcement de la démocratie aux Etats-Unis ainsi qu’à l’étranger offre une opportunité de combler ce fossé stratégique, une opportunité que les dirigeants des deux côtés de l’Atlantique doivent saisir, pour bâtir une alliance technologique des démocraties, susceptible de remporter la course numérique, et de fixer les règles mondiales selon notre vision.
Dans leur programme de campagne, Biden et la vice-présidente Kamala Harris ont promis de convoquer cette année un "Sommet pour la démocratie" au niveau mondial, une excellente idée qui fait écho au Sommet de la démocratie de Copenhague, que la fondation Alliance of Democracies organise chaque année depuis 2018, et dans le cadre duquel Biden lui-même a prononcé le premier discours phare. Plusieurs interrogations demeurent toutefois concernant le format du sommet envisagé par le président américain, ainsi que sur la question de savoir si certaines démocraties moins disciplinées y seront invitées, et s’agissant des tâches concrètes que les participants pourraient convenir de mener à bien sur la base de cet événement.
Sur ce dernier point au moins, Biden dispose désormais d’une certaine feuille de route. Depuis fin 2018, la Commission nationale américaine de sécurité sur l’intelligence artificielle, éminent groupe composé de leaders technologiques et présidé par l’ancien PDG de Google Eric Schmidt, a élaboré un ensemble de recommandations qui "appréhendent de manière globale les besoins de sécurité nationale et de défense des Etats-Unis" sur le plan de l’IA. Cette Commission a récemment publié son rapport final auprès du président et du Congrès. Il serait souhaitable que les Européens et autres alliés démocratiques de l’Amérique en prennent connaissance, et agissent eux aussi sur cette voie.
Bâtir une coalition autour des technologies
Lorsque je me suis exprimé dans le cadre de cette Commission, fin 2019, j’ai expliqué que l’atout de l’Amérique sur la Chine et la Russie résidait dans sa capacité à nouer des partenariats à travers le monde. Je suis par conséquent ravi que l’une des recommandations centrales du rapport consiste pour les Etats-Unis à bâtir une "coalition autour des technologies émergentes", afin d’établir des règles et valeurs démocratiques, ainsi que de coordonner certaines politiques pour contrer l’adoption d’infrastructures digitales made in China. Il est également prévu que cette coalition lance une "initiative internationale des démocraties en matière numérique" pour développer, promouvoir et financer l’adoption d’une IA et de technologies associées en phase avec les valeurs démocratiques, ainsi que pour défendre les intérêts de nos sociétés libres.
Tel est le type d’agenda positif dont nous avons besoin. Cette démarche n’aboutira cependant que si les partenaires transatlantiques et du Pacifique commencent à se réaligner concernant plusieurs questions critiques liées aux technologies émergentes, s’agissant en particulier de deux produits de base que beaucoup considèrent aujourd’hui comme le nouveau pétrole: les données et les semiconducteurs. Sur ces deux aspects, il nous faut élaborer un nouveau consensus démocratique.
La protection des données
Sur la question notamment des données et de leur protection, c’est l’Amérique elle-même qui s’est peu à peu éloignée du reste du monde. Le Japon a adopté des normes proches de celles de l’UE afin que les données puissent circuler librement, un système vers lequel s’oriente également le Royaume-Uni dans l’après-Brexit. Le Japon a tiré parti de sa présidence du G20 en 2019 pour promouvoir un accord mondial sur les flux de données. Les avancées dans cette direction ont cependant été entravées par les objections de la Chine. La mise en place d’une libre circulation des données, dans un cadre propice à la confiance, constituerait le plus formidable moteur du développement de l’IA au sein des démocraties libérales. Les régimes autoritaires et leur système d’Etat orwellien ayant beaucoup plus facilement accès aux métadonnées, nous devons fournir des efforts conjoints si nous entendons rivaliser.
De même, la récente pénurie mondiale de semiconducteurs, qui a entraîné la paralysie d’usines automobiles à travers le monde, souligne notre dépendance vis-à-vis d’installations de production situées à Taïwan et en Corée du sud. Bien que tous deux disposent du savoir-faire et des chaînes logistiques mondiales nécessaires, nous devons poursuivre nos efforts pour trouver, au sein de notre alliance démocratique, les moyens de les soutenir. Nous devons également mettre en place une zone de préférence démocratique à la fois pour les semiconducteurs et pour les matières premières critiques ainsi que les terres rares qui alimenteront notre révolution verte et technologique.
Des solutions transatlantiques
Nous savons que le président Biden est personnellement déterminé à élaborer des solutions transatlantiques aux défis technologiques. Je l’ai moi-même constaté en 2018, lorsque nous avons cofondé la Commission transatlantique sur l’intégrité des élections. Nous avons convenu qu’il ne suffisait pas pour les Etats-Unis de déplorer l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016, ni pour l’Europe de se préparer à ses multiples élections de manière distincte, mais que notre objectif devait consister à unir les efforts des alliés démocratiques pour prévenir les futures vagues d’ingérence électorale, notamment fondées sur le déploiement de méthodes d’IA telles que les vidéos deepfake.
Biden peut désormais appliquer une logique similaire pour veiller à ce que le monde libre sorte gagnant de la prochaine révolution industrielle. Mais il faut être deux pour danser le tango, et si l’Europe ferme la porte à une coopération transatlantique en matière technologique, nous ne pourrons pas nous plaindre lorsque les autocrates commenceront à fixer les règles.
Traduit de l’anglais par Martin Morel
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