Ce que les événements du Rif disent de nous
Les événements du Rif appartiennent à la catégorie des grands moments de tension que le Maroc connaît périodiquement depuis son indépendance. Des moments qui lui permettent de diagnostiquer ses dysfonctionnements, ses failles, ses limites et choisir de nouvelles orientations, parfois pertinentes et d’autres qui se sont avérées catastrophiques.
Les événements du Rif ont mis à nu beaucoup de fragilités et de graves lacunes.
L’une des grandes fragilités révélées par ces événements est la faiblesse de notre construction nationale. Nous avons tous les éléments pour forger une nation solide, forte, cohérente, millénaire, qui a vécu les mêmes victoires et les mêmes défaites, soudée par une religion majoritaire, et qui se reconnaît dans la même histoire et les mêmes symboles.
Sauf que tous ces éléments ont été mal agencés et présentés après l’Indépendance. Certaines parts de notre Histoire nationale ont été mises en avant et valorisées tandis que d’autres, comme la poussière mise sous un tapis pour qu’on ne la voit pas, ont été négligées et reléguées au second plan.
Nous assistons maintenant aux limites de ces choix. Tous les discours actuels sur la Fitna, “le séparatisme“, l’abondance des drapeaux marocains sur les réseaux sociaux, les accusations de trahison expriment une grande fébrilité, un manque de confiance en soi, et une précarité extrême du sentiment national.
Une nation qui n’a pas foi en elle car elle pressent que ses fondements sont fragiles. La méfiance qui s’installe entre des composantes du même pays est synonyme d’un malaise, longtemps enfoui, mais qui ressurgit maintenant.
Nous couvions une ancienne fièvre, elle apparaît maintenant avec ses tremblements et ses spasmes qui affaiblissent le corps. On vient de percevoir que l’édifice national est bancal.
Une grande partie de la population marocaine découvre subitement une partie de son histoire méconnue et cachée.
Elle voit un drapeau dans les manifestations de El Hoceima qu’elle ne connaît pas, n’a jamais vu dans un manuel scolaire, ni aperçu dans une série ou un film marocain.
Elle ne sait rien sur ce drapeau rouge-blanc-vert, symbole d’une résistance commune des tribus rifaines face à l’occupation espagnole, et imaginé par le génie politique de l’émir Abdelkrim pour rassembler toutes les forces de la région.
Elle entend parler vaguement d’une répression sanglante du Rif en 1958/1959, sans savoir pourquoi, qui et comment.
L’Histoire est une femme jalouse, qui déteste qu’on l’ignore ou la maltraite, et elle finit toujours par prendre sa revanche. La raison technocratique qui domine maintenant dans la prise de décision ne pourrait pas comprendre cela.
Le poids de l’Histoire et la force des symboles ne peuvent pas être modélisés par un cabinet de conseil et aucun slide ne peut le contenir.
Elle pense qu’il suffit de construire des routes, des ponts et des marinas pour tout régler. Sauf que c’est nécessaire mais pas suffisant. Ce sont les passions, les symboles, les appartenances, les convictions et les mots qui animent les gens, pas les édifices et les pierres.
La manière de gérer actuellement ne pourrait qu’aggraver ce malaise et ébranler ce qui est déjà fragile. Les insultes et les accusations lancées par des imbéciles à l’égard des gens du Rif resteront dans les têtes et les esprits. Comme ce mot malheureux “d’Awbach“ prononcé par Hassan II en 1984 n’a jamais été oublié.
L’approche sécuritaire est également catastrophique car elle renforcera les ressentiments, la haine et le rejet. Nous payerons tous le prix de ces bêtises et insanités. Les prochains chantiers dans le Rif seront économiques et sociaux, mais il y plus primordial et important: le chantier historique et symbolique, celui d’une nation qui n’exclut personne dans son récit collectif.
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