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Colère législative générale contre les homosexuels

Le président ougandais Yoweri Museveni vient de promulguer une nouvelle loi infligeant des condamnations plus sévères pour les actes homosexuels, y compris la prison à vie dans certains cas. Une loi nigériane a par ailleurs pris effet en janvier pour punir de 14 ans d’emprisonnement les actes homosexuels.  

Le 7 mars 2014 à 11h26

NEW YORK – Cette nouvelle vague de législation anti-gay au Nigeria et en Ouganda (selon Amnesty International, l’homosexualité est illégale dans 38 des 54 pays africains) vient à la suite d’une récente tendance officielle répressive contre l’homosexualité partout dans le monde. L’année dernière, la Russie a promulgué une loi bannissant toute « propagande gay. » Et en janvier, le parlement indien a refusé d’envisager l’abolition d’une loi de 1861 promulguée sous le régime colonial britannique qui punissait de 10 ans de prisons les actes homosexuels. L’Egypte connaît aussi une sévère répression contre les homosexuels.

Comment expliquer ce dérapage de mesures répressives ?

Les soutiens en faveur de telles législations – y compris aux Etats-Unis, les partisans d’une loi récemment proposée en Arizona qui aurait autorisé aux entrepreneurs de refuser de gérer les clients homosexuels pour des raisons religieuses – prétendent que cela est le reflet d’une réaction populaire violente contre une menace envers les valeurs « traditionnelles ». Mais l’histoire pénale montre justement à quel point cette colère législative globale est fourbe – et quels sont les intérêts qu’elle sert.

Oui, l’église orthodoxe russe soutient la loi interdisant toute « propagande gay » ; de même, la droite ougandaise et les nationalistes nigérians qui soutiennent la loi anti-gay de leurs pays insistent sur le fait que leurs convictions sont fondées sur des valeurs locales, et non occidentales. Mais la logique derrière ces lois transcende la simple haine pour ceux qui seraient sexuellement différents.

Selon le haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Navi Pillay, la loi ougandaise est « formulée de manière si vague » qu’elle peut être utilisée contre n’importe qui, y compris les activistes et les travailleurs sociaux qui pourraient être accusés de défendre l’homosexualité. Et là est justement l’objectif. Le parlement ougandais, par exemple, cite « des menaces internes et extérieures contre le style de vie hétérosexuel traditionnel, » tandis que Museveni qualifie la loi de rejet de la décadence occidentale.

Il était auparavant difficile de poursuivre les hommes homosexuels, du moins en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. En Grande Bretagne, par exemple, l’emprisonnement pour acte homosexuel était fondé sur une loi ecclésiastique – et uniquement si l’acte de sodomie était avéré. S’adonner à toute autre forme d’intimité sexuelle était désapprouvée pour les hommes, mais légal.

Mais de nouvelles lois promulguées en Angleterre dans la première moitié du dix-neuvième siècle – par exemple, les Offenses contre la loi Person de 1828 – facilitèrent les condamnations contre les relations sexuelles homosexuelles, et même contre les liaisons entre deux hommes. Ces dispositions furent ensuite intégrées dans les codes pénaux coloniaux.

En effet, le Code Pénal indien de 1860, qui fut importé comme modèle par la Grande Bretagne dans l’ensemble de ses colonies (et qui aujourd’hui encore constitue la base des lois anti-gay dans certains pays comme l’Egypte), fut un outil déterminant dans la gestion de l’empire et le contrôle des nouvelles populations indisciplinées. Ces lois anti-gay furent imposées sur de nombreux territoires culturellement disparates partout dans le monde dans lesquels jamais auparavant l’homosexualité n’avait été criminalisée – ni même considérée comme discret crime moral (en Inde coloniale, les britanniques furent effectivement stupéfaits de découvrir des castes d’hommes habillés en femme.)

Décourager l’activisme civique

Rien dans cette répression ne fut mis en place avec l’intention première de donner une expression pénale à l’homophobie intrinsèque de l’époque victorienne. L’état britannique gagna progressivement plus d’autorité statutaire pour intervenir et réguler ce qui était précédemment considéré comme des questions d’ordre purement privé à une époque où certains mouvements, des Chartistes aux féministes en passant par les socialistes, revendiquaient l’affranchissement et une plus grande influence en matière de distribution du pouvoir politique et des ressources économiques.

De nouvelles lois furent promulguées pour criminaliser bien plus que le seul acte de sodomie. La « tentative », et même la « conspiration » de sodomie ont fini par être aussi criminalisées, comme dans le célèbre amendement Labouchere passé en 1885 en Angleterre qui rendit illégal le fait qu’un homosexuel présente un autre homosexuel à un troisième si cette présentation menait à une liaison. Une décennie plus tard, du fait de cet amendement, les lettres d’amour d’Oscar Wilde à son amant « Bosie », Lord Alfred Douglas, devinrent des preuves criminelles qui se sont retournées contre Wilde lui-même.

Comme le remarquent les activistes ougandais, l’enjeu de ces nouvelles lois ne se limite pas à des condamnations à l’emprisonnement pour les hommes gay. La grande différence avec de telles lois, c’est qu’à terme, elles sont susceptibles de transformer toute forme de contact humain ou de discours en crime. Ne sachant ce qui ressort de la « promotion » ou de la « propagande, » les citoyens surveillent leur langage et restent généralement discrets, ce qui décourage l’activisme civique en faisant de chacun une cible potentielle. Par exemple, les lois anti-gay passées en Egypte en 2004 furent utilisées comme un outil parmi d’autres dans l’arsenal pénal pour instituer une répression gouvernementale bien plus large.

Dans les démocraties aussi, de telles lois peuvent devenir un moyen socialement acceptable pour les dirigeants au pouvoir d’introduire l’idée que certains discours sont inacceptables, que certaines formes d’activisme peuvent entrainer des arrestations, et que l’état peut intervenir dans l’espace le plus privé et dans les choix les plus personnels. Ce fut le rôle qu’ont joué de telles lois sous le régime colonial britannique, lorsqu’un petit nombre de dirigeants impériaux cherchèrent de nouveaux moyens pour contrôler leurs millions de nouveaux sujets à la culture si différente.

En Ouganda, au Nigeria, en Russie, et en Inde (et oui, en Arizona aussi), ces lois anti-gay servent ceux dont le propos est de limiter plus généralement les libertés. Ces lois scélérates qui prétendent défendre les valeurs et les convictions religieuses locales ou la famille traditionnelle n’ont rien à voir avec la protection de la société contre des homosexuels effrayants et immoraux ; elles ont tout à voir avec le fait de protéger d’effrayants oligarques immoraux contre la société.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

© Project Syndicate 1995–2014


 

Par Rédaction Medias24
Le 7 mars 2014 à 11h26

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