OXFORD - En 2024 il pourrait aussi y avoir des élections législatives au Royaume-Uni, et une élection présidentielle aura lieu en février en Indonésie pour choisir le successeur du président Joko Widodo (surnommé Jokowi) qui va terminer son deuxième et dernier mandat. Par la suite des élections présidentielles se tiendront au Mexique en octobre, aux USA en novembre et au Ghana en décembre.
La campagne électorale bat déjà son plein dans tous ces pays. Mais la démocratie ne se limite pas à des élections, elle doit s'accompagner d'une gouvernance efficace. C'est pourquoi ceux qui aspirent à diriger un pays devraient préparer très en amont leurs 100 premiers jours de mandat.
Cette période n'a cependant rien de magique. Focaliser sur cette phase initiale ne signifie pas que tous les objectifs doivent être atteints à la fin de cette période. "Les 100 premiers jours" ont pris de l'importance après le début dynamique de Franklin D. Roosevelt à la présidence des USA. Pourtant après avoir remporté la présidentielle de 1932, au plus fort de la Grande dépression, Roosevelt ne s'est pas polarisé sur cette période. Mais déterminé à agir vite et de manière décisive face à une situation désespérée, il a promulgué rapidement 15 lois importantes. Ce n'est que plus tard que les observateurs ont noté tout ce qu'il avait accompli en l'espace de trois mois.
Aujourd'hui les "100 premiers jours" constituent un concept utile aux nouveaux dirigeants, car leur mandat pourrait s'achever plus tôt qu'ils ne le pensent et la lune de miel avec leur propre parti et leurs partenaires de coalition pourrait s'avérer bien plus courte qu'ils ne l'espèrent. Pendant cette période et auparavant, tout nouveau dirigeant ou aspirant dirigeant devrait se concentrer sur trois grands principes :
1) Définir clairement les priorités du nouveau gouvernement.
C'est plus facile à dire qu'à faire. Lors de leur campagne, les candidats traitent de nombreuses questions, dont celles qui ont une importance particulière pour l'électorat et pour leurs alliés politiques. C'est pourquoi leur programme ressemble souvent à un inventaire plutôt qu'à une liste précise de tâches à accomplir, avec trois ou quatre objectifs majeurs.
Cela peut avoir des conséquences désastreuses. Je me souviens de la visite à Oxford de l'ancien Premier ministre tunisien Hamadi Jebali, peu après sa démission. Après avoir passé 17 ans en prison pour ses convictions politiques, la révolution tunisienne de 2011 lui a donné l'occasion de diriger son pays. Pourtant il a démissionné 13 mois seulement après le début de son mandat, car il estimait que son gouvernement, malgré des objectifs ambitieux, n'avait rien accompli. Selon lui, démissionner était le seul moyen pour lui de regagner la confiance des Tunisiens. Il y a une leçon à en tirer : une hiérarchisation claire des priorités et une planification stratégique sont cruciales pour un dirigeant nouvellement élu.
2) Elément vital, une préparation minutieuse.
Les 45 jours désastreux de Liz Truss en tant que Première ministre britannique ont constitué une débâcle politique qui a coûté quelques 30 milliards de livres (38 milliards de dollars) au pays. Cet épisode souligne les conséquences potentielles d'une prise de fonction non préparée.
En revanche, le salaire minimum national britannique introduit en 1997 par le Premier ministre de l'époque, Tony Blair, est aujourd'hui largement reconnu comme un succès remarquable. Une préparation minutieuse a permis au gouvernement travailliste de Tony Blair de faire voter la nouvelle loi et de mettre en place une commission sur les bas salaires (composée d'experts du secteur privé, de syndicats et de membres de la société civile) chargée de planifier son application et de l'adapter si nécessaire. L'ancien Premier ministre David Cameron a adopté une stratégie similaire lors de la création du Bureau indépendant pour la responsabilité budgétaire en 2010.
Une préparation efficace n'exige pas de connaître tous les détails des mesures qui seront appliquées, mais implique de tirer les leçons des expériences passées et d'établir le cadre d'une stratégie souple qui s'appuie sur des connaissances fondamentales.
3) Le futur dirigeant doit veiller à ce que son équipe et ses conseillers aient les qualités nécessaires pour une gouvernance efficace.
C'est un savoir-faire très différent de celui qui est nécessaire dans l'opposition ou lors d'une campagne électorale. Etre dans l'opposition suppose de se faire le porte-voix du mécontentement de l'opinion publique, alors que gouverner suppose de trouver des solutions pratiques et de les mettre en oeuvre. De même, faire campagne suppose de gérer l'image d'un candidat, tandis que gouverner suppose de gérer de manière rigoureuse la mise en œuvre des décisions politiques. Par ailleurs, si les donateurs jouent un rôle crucial lors d'une campagne électorale, ils peuvent se transformer en inconvénient après les élections.
C'est pourquoi une fois élu, le nouveau dirigeant doit réunir autour de lui une équipe efficace, capable de traduire ses promesses en résultats tangibles. Cela suppose de travailler avec un cabinet dans toute sa diversité, de gérer les organismes publics, de collaborer avec les bureaucrates et les experts, de mettre en avant de nouvelles priorités et de gérer les crises imprévues tout en veillant à ce que le gouvernement mène à bien ses principales missions.
Le nouveau dirigeant devrait utiliser ses 100 premiers jours pour démontrer sa capacité à gagner la confiance, à inspirer et motiver les agents de la fonction publique et à conserver le soutien de ses sympathisants et de ses alliés politiques. Dans une démocratie, les transitions sont rapides et les mandats de courte durée. Aussi une préparation méticuleuse des 100 premiers jours est-elle essentielle.
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz