Coup d'Etat à Niamey et coup de grâce à Paris
Lors d'une première tentative en 2015 de prise du pouvoir par les militaires, le nom de celui qui a réussi le coup de juillet dernier, en l’occurrence le général Tiani, a été cité. Malgré les doutes, la justice l’a innocenté et il est resté le commandant de la garde présidentielle, à côté de l’ancien président Issoufou, comme auprès du président Bazoum élu en 2021. Que s’est-il donc passé pour qu’il passe à l’acte et renverse ce dernier et l’assigne à résidence.
Cette fois-ci, le coup d’État au Niger contre le pouvoir en place a atteint son objectif en destituant le président Mohamed Bazoum et en instaurant le Conseil National de la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), avec à sa tête le général Abderahmane Tiani. Déjà en 2015, une tentative similaire, dirigée par le chef d’état-major de l’époque, le général Salou Souleymane, contre l’ancien président Mohamadou Issoufou, a échoué de justesse. Ce général fut condamné en 2017.
Lors de cette première tentative de 2015, le nom de celui qui a réussi le coup de juillet dernier, en l’occurrence le général Tiani, a été cité. Malgré les doutes, la justice l’a innocenté définitivement en 2018. Il est resté cependant le commandant de la garde présidentielle, à côté de l’ancien président Issoufou, comme auprès du président Bazoum élu en 2021. Que s’est-il donc passé pour qu’il passe à l’acte et renverse ce dernier et l’assigne à résidence.
Dans sa première allocution, le général a légitimé sa prise de pouvoir par la dégradation continue de la situation sécuritaire et la mauvaise gouvernance économique et sociale, selon ses propres dires. Il est vrai que depuis l’intervention française en Libye et la chute du régime de Kadhafi, armes et combattants se sont dispersés dans les pays du Sahel, aggravant dangereusement la situation au Niger. Ces troupes qui ont nourri le terrorisme se sont ajoutés aux autres extrémistes que le pouvoir algérien a déversés sur le Sahel durant la décennie noire.
Ce sont les mêmes motifs de faillite devant le terrorisme qui ont poussé les militaires au Mali et au Burkina-Faso à s’accaparer le pouvoir par la force. Ils étaient, comme le Niger, rongés par la violence jihadiste qui a consommé le peu de moyens dont ils disposaient pour lutter contre ce fléau, réduisant à néant tous les efforts de développement. Comme eux, le Niger faisait face aux terroristes d’Al-Qaïda et à l’État Islamique à l’Ouest mais aussi à Boko Haram au Sud-Est.
Alors que les militaires du Mali et du Burkina ont misé sur une politique radicale pour lutter contre le terrorisme, avec l’aide des russes et de leur groupe Wagner, le Niger du président Bazoum avait opté pour une approche moins conflictuelle. Parallèlement aux opérations militaires menées conjointement avec l’aide des français et des américains, ce dernier pratiquait une politique de main tendue. Ceci s’est traduit par des amnisties et l’intégration d’anciens insurgés dans les forces régulières. Une partie des militaires ne semblait pas partager cette politique.
C’est ce pacte contre le terrorisme qui unit désormais les militaires au pouvoir au Niger comme au Mali et au Burkina. Dès l’installation du CNPS au Niger, ces deux derniers ont immédiatement apporté leur soutien aux insurgés nigériens et annoncé même qu’ils seront de leurs côtés en cas d’entrée en guerre des troupes de la communauté économique de l’Afrique de l’Ouest CEDEAO.
Dès l’annonce du coup d'État au Niger, la CEDEAO avait décidé, d’instaurer un ensemble de sanctions qui vont de la suspension des transactions financières et commerciales, au gel des avoirs des militaires, en passant par l’interdiction de voyage contre les officiers nigériens impliqués dans le coup de force. Ces trois pays au Sahel, dont bien de choses séparaient, se sont trouvés ainsi unis contre la CEDEAO, et surtout contre la France.
Paris, qui peine à sauvegarder son influence en Afrique francophone, et en particulier au Sahel, a dénoncé le coup d'État au Niger, comme elle a fait auparavant pour le Mali et le Burkina, sans grande conviction. Il est certain que la guerre en Ukraine, dont la France est impliquée, accapare tous ses efforts. La prise en main de la situation au Niger par la CEDEAO était perçue comme un grand soulagement pour les autorités françaises.
La France n’avait pas d’autres choix que d’exprimer son soutien à l’ensemble des conclusions adoptées par la CEDEAO. Elle a applaudi des deux mains la décision d’activer le déploiement d’une force militaire pour déloger la junte nigérienne et rendre le pouvoir aux autorités civiles. Mais les dirigeants de la CEDEAO, conscients des risques et des coûts d’une intervention militaire, n’ont pas été unanimes pour l’usage de la force. Ils ont laissé la porte ouverte à la diplomatie pour trouver une sortie honorable à la crise.
Au sein de l’Union Africaine, l’option militaire n’a pas eu la faveur de tous les pays. L’organisation panafricaine n’a pas été en phase avec la CEDEAO sur les moyens à utiliser pour régler la crise du Niger. Le Conseil de Paix et de la Sécurité, CPS, organe de l’Union Africaine a tenu d’interminables réunions sans se mettre d’accord sur une position commune. En d’autres termes, l’Union Africaine ne partage pas la vision de la CEDEAO qui cherche à maintenir l’option militaire sur la table.
Parmi les pays qui s’opposent à l’option militaire se trouve l’Algérie, elle-même dirigée par les militaires. Alger estime que l’implication des forces armées de la CEDEAO au Niger serait une option malheureuse. Sa diplomatie a été mise en branle pour appeler à la prudence et à la retenue face aux intentions d’interventions militaires étrangères au Niger. Pour la diplomatie algérienne le retour à l’ordre constitutionnel doit impérativement s’accomplir par des moyens pacifiques, pour éviter à l’ensemble de la région un surcroît d’insécurité et d’instabilité. Position compréhensible quand on observe que l’Algérie est totalement encerclée par les conflits.
Quant aux Américains, ils paraissent pour le moment plus prudents que les Français. Ils privilégient les tentatives de médiation pour ne pas s’aliéner les populations locales. Washington, dont les services de renseignements suivent de près les implications de Moscou dans la région, à travers le groupe Wagner, ont certainement pris acte de l’affaissement de la présence française dans cette zone. Si Paris n’assume pas son rôle face aux Russes, les Américains n’auront d’autres choix que de s’y impliquer davantage.
Conçue depuis les années d’indépendance, la présence française dans le continent africain semble arriver à terme. Une grande partie des Africains en sont maintenant plus convaincus que les politiques français eux-mêmes. Les erreurs cumulées par Paris lors de sa guerre en Libye contre le colonel Kadhafi continuent d’avoir de graves conséquences sur le Niger, comme sur tout le Sahel. Le chaos installé, et les affrontements entre factions libyennes pour le contrôle du pouvoir, ont impacté la sécurité dans la région sahélienne tout en accentuant une migration incontrôlée vers l’Europe.
Une grande partie des militaires nigériens tournent, maintenant, le dos à la France alors qu’ils y ont été formés. La mainmise française sur leur sous-sol et sur leur finance est le premier facteur décrié après chaque coup d'État. Ce néocolonialisme ampute, selon eux, leur indépendance d’un attribut important de souveraineté, d’où le rejet de tout ce qui s’apparente à l’ancien colonisateur. Les populations nigériennes pauvres et démunies sont sujettes à toutes les manipulations. Ne voyant pas leur quotidien s’améliorer, elles accumulent haines et frustrations à l’égard de la France et de la docilité du pouvoir en place.
Le spectre d’une intervention armée semble momentanément éloigné et ne remporte pas l’unanimité au sein des opinions publiques africaines. Si guerre il y aura, ces mêmes opinions accuseront ceux, derrière les coulisses, qui manigancent et manipulent pour aller vers la guerre. Elles désigneront, encore une fois, à tort ou à raison, la France qui chercherait à travers ses proches alliés dans la région, à se maintenir, par la force, dans son pré-carré et son domaine réservé contre vents et marées.
La question toute légitime qu’un africain lambda se posera est comment son pays ira-t-il en guerre quand on a lamentablement échoué face au terrorisme qui gangrène depuis longtemps toute la région.
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