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De l’exégèse du discours royal

Grandes sont les attentes des Marocains à l’occasion de chaque discours du Roi Mohammed VI. Et le plus souvent, elles le restent sitôt le discours achevé.

Le 19 octobre 2017 à 12h28

Est-ce à dire qu’elles sont démesurées et hors de portée d’un chef d’Etat, quelles que soient sa bonne volonté ou ses qualités politiques? Ou est-ce plutôt qu’elles font l’objet d’une écoute peu attentive de sa part ou qu’il aurait décidé de n’y répondre que partiellement?

Sans doute que la vérité se trouve quelque part entre ces deux interrogations. Mais ce qui est certain, c’est que le système institutionnel marocain repose désormais quasi exclusivement sur un modèle de relation binaire Souverain/Peuple parfaitement affranchi des corps intermédiaires; les partis politiques étant totalement décrédibilisés par leurs propres égarements, les organisations syndicales marginalisées par leur faible représentativité et les associations peu déterminantes au final du fait d’une capacité d’action et d’une puissance financière limitées.

Dans ce contexte, la parole officielle du Roi est, si ce n’est unique, du moins ultra prédominante, dans la définition du débat public et l’orientation de l’opinion publique.

Toute la classe politique ainsi que les acteurs économiques, comme les citoyens et les médias, restent suspendus à l’annonce de cette parole et essaient d’en décrypter le sens profond ainsi que le caractère prédictif pour tenter d’anticiper les décisions stratégiques à venir.

Le discours du Trône de juillet 2017 et celui prononcé à l’ouverture de la session d’automne du Parlement, sont une illustration parfaite de cette immense attente qui, lorsqu’elle atteint son paroxysme, se transforme en attentisme mortifère ou en dépendance quasi maladive à une présumée omniscience.

Cet état d’esprit collectif fait peser tout le poids de la responsabilité politique sur les épaules du Roi, bien au delà de ses prérogatives constitutionnelles, ouvrant ainsi la possibilité aux autres dépositaires de l’autorité publique de s’abriter confortablement dans l’irresponsabilité et l’expectative.

Comment ne pas constater à quel point les ministres concernés par les investigations sur le projet El Hoceima Manarat Al Moutawassit sont tétanisés par les rapports de l’IGF, de l’Inspection de l’Intérieur et de la Cour des comptes, reléguant au second plan la gestion de leur ministère et la conduite des projets d’avenir?

Comment ne pas remarquer l’ampleur de la grève à l’investissement et à l’embauche dont font preuve les grands groupes du secteur privé, qui se réfugient derrière les facéties d’une organisation patronale en quête permanente de privilèges fiscaux, financiers, fonciers ou réglementaires?

Comment ne pas souligner l’oisiveté économique d’un système bancaire oligarchique et oligopolistique, qui prospère de façon éhontée sous la protection d’une réglementation favorisant la rente et déphasée avec la réalité du tissu des TPE & PME marocaines?

Comment ne pas noter l’abandon du champ de la pensée libre et de la réflexion impertinente par des intellectuels embourgeoisés et prisonniers de la paresse de l’esprit, ou celui du débat d’idées et de l’enquête journalistique par une presse soumise au diktat des achats d’espaces publicitaires? Comment …

Toutes ces augustes personnes ont décidé de s’installer confortablement dans une prestigieuse salle d’attente, reniant leur vraie raison d’être, oubliant de prendre des décisions politiques audacieuses et de les assumer, de gouverner et de réformer, de prendre des risques dans l’intérêt du pays, d’investir dans les régions et les territoires les plus éloignés, de créer de la valeur pour l’économie nationale, de recruter massivement et de donner aux jeunes générations de diplômés une chance de construire leur avenir, de débattre sur des idées et des projets, d’interpeller les puissants et de s’indigner, de transformer et de moderniser la société marocaine, de …

Aucun des dignitaires auxquels il est fait allusion précédemment, ne se sent concerné par l’admonestation royale. Chacun croit dur comme fer, ou feint de l’être, qu’elle s’adresse à son voisin.

En fait, tout ce beau monde se trompe et aucun Marocain n’est dupe de leur ruse. Les deux discours royaux précités ont été abondamment commentés, le plus souvent paraphrasés plutôt qu’analysés.

Voici donc un florilège des propos du Roi Mohammed VI:  

«N’a-t-on pas honte de signaler que ces résultats sont le fait du Maroc d’aujourd’hui?»,

«La dysharmonie l’emporte trop souvent sur la cohérence et la transversalité, que la passivité et la procrastination remplacent l’esprit d’initiative et l’action concrète»,

«Les fonctionnaires publics, pour la plupart d’entre eux, manquent de compétences et d’ambition et n’ont pas toujours des motivations liées au sens des responsabilités, liées à leur mission»,

«Si le Roi du Maroc n’est pas convaincu par certaines pratiques politiques, s’il ne fait pas confiance à nombre de politiciens, que reste-t-il, donc, au peuple?»,

«Un tel agissement ne constitue pas uniquement un manquement au devoir, mais bien une trahison»,

«Dysfonctionnements qui sévissent à tous les paliers de l’Administration et au niveau des conseils élus et des collectivités territoriales»,

«Rompre avec le laisser-aller et les pratiques frauduleuses qui nuisent aux intérêts des citoyens».

Je ne me prêterai pas simplement à cet exercice de paraphrase, mais je me risquerai de proposer une interprétation qui me semble être plus conforme au texte et à l’esprit de la Constitution. Une exégèse, en quelque sorte.

Le message royal est, de mon point de vue, assez clair: le Souverain se préoccupe moins des responsables politiques ou des hauts fonctionnaires, qu’il tance vertement et qu’il gratifie d’une considération relative et sélective, que des citoyens qu’il prend à témoin.

Ceux-là mêmes à qui s’adresse spécialement le message royal sont, à mon sens, d’ores et déjà disqualifiés. Le PJD, qui occupe des strapontins dans un gouvernement qu’il donne l’impression de diriger «à l’insu de son plein gré». L’Istiqlal, qui a été domestiqué suite aux turbulences de son ancien secrétaire général et “mis sous le contrôle de baronnies locales“.L’USFP, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. La FGD, qui demeure prisonnière de positions dogmatiques et refuse le compromis historique.

Les partis dits administratifs ne sont pas en reste, eux non plus. En dépit des apparences, ils ne devraient pas pavoiser, mais plutôt se sentir aussi concernés par la colère royale. Quand bien même ils disposeraient d’une proximité avec le palais leur permettant d’être plus facilement associés à la gestion des affaires de l’Etat, leur contribution à l’affaissement de la classe politique est considérable, comme l’échec de leur politique l’est tout autant (endettement public, croissance, déficit commercial, évasion fiscale, corruption, pauvreté, chômage, éducation, santé…).

Le PAM, un parti sans idéologie politique, sans élite intellectuelle, armé exclusivement de professionnels de la conquête électorale. Le RNI, un parti qui prend des libertés par rapport aux règles de démocratie interne et entretient des relations plus qu’étroites avec le monde des affaires. Le MP et l’UC, transformés en succédanés d’un parti omnipotent. Les autres partis, à la taille lilliputienne qui les rend incapables de peser sur une quelconque décision politique.

Dans un pays où la classe politique ne bénéficie ni de la confiance du Chef de l’Etat, ni de celle des citoyens qui ont décidé en conscience de déserter les urnes (taux de participation aux législatives partielles de septembre-octobre 2017 inférieur à 8% à Agadir ou 6% à Tétouan), celle-ci doit tirer sa révérence de sa propre initiative pour conserver un semblant de dignité ou être contrainte de le faire.

Elle doit se mettre en réserve de la responsabilité publique. Elle doit entreprendre les réformes nécessaires pour se reconstruire et regagner la confiance du Roi et du peuple.

Elle a une fenêtre de tir de quatre années pour moderniser le fonctionnement interne des partis et préparer l’échéance des législatives de 2021 selon les standards d’une démocratie effective basée sur les combats d’idées, les confrontations de projets et les compétitions loyales entre les personnalités.

Cette perspective justifierait aujourd’hui la formation d’un gouvernement de compétences, je dis bien «compétences» et non pas «technocrates», et traduirait dans les faits ce que le Roi Mohammed VI qualifie de «véritable séisme politique».

www.mohammedbenmoussa.com                                                                    

@benmoussamed01

Par Rédaction Medias24
Le 19 octobre 2017 à 12h28

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