De Trump 1er à Trump II
Depuis son retour aux affaires au début de cette année, c’est à un autre Donald Trump que nous avons affaire. Il est plus incisif dans sa politique extérieure, plus agressif, menaçant et provocateur, exigeant des résultats concrets de ses alliés comme de ses adversaires.
Il impose ses solutions de paix et de cessez-le-feu aux belligérants dans les différentes zones de conflit, entre le Pakistan et l’Inde, entre l’Iran et Israël, ou entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. Cette nouvelle approche n’avait pas cours durant son premier mandat entre 2017 et 2020.
Durant son premier mandat, la politique étrangère de Trump était nationaliste à l’excès, unilatérale et souvent imprévisible. En ce temps, on découvrait un Trump atypique qui ne ressemblait à aucun de ses prédécesseurs. Ces premières actions furent la lutte contre l’immigration et le retrait brutal de certains accords multilatéraux. Cela traduisait sa méfiance du multilatéralisme et de ses traités issus des organisations internationales. C’était l’époque du retrait de l’Accord de Paris sur le climat, de celui sur le nucléaire iranien, de l’Organisation mondiale de la santé, de l’Unesco, du partenariat transpacifique TPP, ou du Conseil des droits de l’Homme.
D’un mandat à l’autre, Trump est passé du slogan America First, à Make America great again, MAGA. Il a cependant gardé en lui la même recette politique, teintée d’agressivité et de dédain, et qui lui sert d’arme pour déstabiliser ses adversaires. Avec ses alliés ce n’est pas mieux. Durant son premier mandat, Trump exerçait des pressions pour que les membres de l’Otan augmentent leurs dépenses militaires, alors que la guerre ukrainienne n’avait pas encore commencé. Il critiquait le comportement des Européens pour le peu d’implication dans l’effort d’assurer leur propre sécurité au sein de l’Otan.
Trump aime exercer sur ses alliés toutes sortes de contraintes, qui vont des pressions économiques aux menaces politiques. Il a souvent accusé ses partenaires de l’Otan de profiter du parapluie américain sans participer à l’effort financier. Avec ceux de l’Union européenne, il y a ajouté les tensions commerciales, et a même apporté son soutien au Royaume-Uni pour quitter l’Union dans le cadre du Brexit. En dehors de ses alliés européens, il a adopté la même politique avec ceux de l’Asie en exigeant des Japonais et des Sud-Coréens, pourtant proches alliés, plus de financement pour maintenir les troupes américaines stationnées sur leurs sols.
C’est la même politique qui fut adoptée lors du premier mandat avec les pays du Moyen-Orient. Trump a maintenu une forte pression sur l’Iran après son retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. Il s’est aussi attelé à réduire l’influence de Téhéran sur l’Irak, ce qui a abouti à l’assassinat du général Qassam Soleimani à quelques semaines de la fin de son premier mandat. Toute cette politique s’est accompagnée d’un rapprochement avec l’allié de toujours qu’est Israël, en reconnaissant Jérusalem comme capitale, et en rapprochant ce pays avec des Etats arabes dans la cadre des accords d’Abraham.
Le retour du démocrate Joe Biden au pouvoir en 2020 permettra à Trump et à ses équipes de réorganiser les rangs des républicains, en choisissant de nouvelles personnalités et en renforçant leur idéologie autour des thèmes nationalistes et de puissance. Toute la campagne électorale menée pour reconquérir le pouvoir, et qui fut financée par les grands fortunés du pays, s’est déroulée autour de l’idée de l’incapacité de Biden et des Démocrates à bien gérer le pays. Une fois à la tête de l’Etat pour un second mandat, Trump a fait table rase du bilan des Démocrates, et a repris le pays en main là où il l’avait laissé en 2020.
Rapidement, les Républicains relancent la même politique de grandeur que Trump préconisait durant son premier mandat, avec plus d’ardeur cette fois-ci. La doctrine de l’ère Trump 1er est reprise, tout en la durcissant vis-à-vis du reste du monde et sans distinction. Le président devient insatiable, veut conquérir le Groenland, le Canada, le Panama et tout ce qu’il trouve sur son chemin. De nouvelles vagues de taxes sont vite imposées pour étancher sa soif de puissance. Il revoit à la hausse les tarifs sur les importations en provenance du Canada et du Mexique, de ses alliés européens, et encore plus sur celles en provenance de Chine. L’aide au développement est, elle aussi, suspendue par l’arrêt des activités de l’USAID, et le licenciement des milliers de personnes travaillant dans ce département.
De l’isolationnisme à la diplomatie transactionnelle
Mais le plus surprenant, c’est que l’isolationniste qu’était Trump hier, celui qui a détricoté la diplomatie de son pays au premier mandat, s’est maintenant métamorphosé. Il s’est lancé cette fois-ci dans la résolution de certains conflits internationaux pour en tirer le maximum de profits pour son pays, comme au Moyen-Orient, en Ukraine, et même en Afrique. Il a ainsi mis fin aux attaques entre l’Iran et Israël, et imposé un cessez-le-feu, juste quelques semaines après la signature de juteux contrats avec les pays du Golfe.
Il a également tenté de ramener le président russe Poutine à plus de raison pour pacifier ses relations avec l’Ukraine, tout en marchandant de juteux contrats sur les richesses minières ukrainiennes qui intéressent tant les industriels américains. Celui qui promettait de résoudre cette crise en vingt-quatre heures s’est heurté à un Poutine encore plus intransigeant que lui. Le président russe ne veut, lui aussi, voir de paix que celle qui lui garantit la puissance et les nouvelles acquisitions territoriales en Ukraine.
Cependant, le plus surprenant dans cette démarche de pacification et de diplomatie transactionnelle, c’est son intérêt subi pour l’Afrique. L’administration Trump cherche à appliquer la même approche sur des dossiers complexes comme celui de la guerre entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Ce conflit qui semblait inextricable croise des problématiques communautaires, politiques et sécuritaires, mêlées à la course mondiale aux minerais stratégiques dont regorge la région. Si Trump s’est attelé à sa résolution, c’est beaucoup plus par intérêt que par altruisme.
Il faudrait admettre que sur cette crise qui ensanglante le continent africain, Washington a marqué une réussite, là où plusieurs initiatives et médiations, dont celles de l’Union africaine, avaient échoué. La dernière tentative était sous les auspices du Qatar en mars dernier, qui a préparé l’aboutissement à cet accord signé à Washington entre les chefs de diplomatie de la RDC du Rwanda des Etats-Unis mais aussi du Qatar. Pour les Américains, établir la paix dans cette région est la condition sine qua non pour fructifier les affaires, et damer le pion aux Chinois et aux Russes qui veulent mettre la main sur ces immenses richesses.
C’est ainsi que l’accord parrainé par les Américains prévoit des dispositions sur le respect de l’intégrité territoriale et l’arrêt des hostilités dans l’Est de la RDC. Il comprend également un volet économique, peu détaillé pour le moment, mais qui risque bien de nous surprendre. L’on se rappelle que lors de sa visite à Kinshasa, en avril dernier, le conseiller américain pour l’Afrique, Massad Boulos, avait évoqué un accord minier qui intéresse au plus haut degré les Américains. A Washington, on attend de pieds fermes la signature de cet arrangement à la fin de ce mois entre les présidents congolais, rwandais et américain pour conclure l’accord et enterrer la hache de guerre dans la région.
Avant de se rendre bientôt à Washington pour signer cet accord, le président congolais a qualifié cet accord d’un tournant historique qui mettra fin à ce long conflit. Ce n’est pas seulement un document, a-t-il dit, mais c’est une promesse de paix pour les populations. Cet enthousiasme sera-t-il partagé par le mouvement M23 qui mène depuis des lustres une guerre larvée contre le gouvernement congolais ? Pour ces rebelles, cet accord est plus imposé de l’extérieur que voulu de l’intérieur. Mais comme ce mouvement rebelle dépend de Rwanda, il n’aura d’autre choix que d’accepter ce moindre mal qui signifie tout simplement sa fin.
Pour sa part, le gouvernement rwandais qui, forcé, a participé à l’élaboration de cet accord s’est engagé à lever ses dispositifs sécuritaires aux frontières, à cesser toute forme d’ingérence, et à neutraliser les forces rebelles. La sécurisation des ressources minières stratégiques, dont 60% se trouvent dans la région en conflit, fait partie de l’arrangement qui vise aussi à renforcer l’intégration régionale. Cet accord est certes une opportunité pour la RDC, mais ce n’est pas un cadeau gratuit, car les Américains attendent également un retour sur cet investissement politique.
Ainsi, si Trump 1er avait négligé l’Afrique, Trump II s’y intéresse désormais, et de plus près. Il ne veut plus laisser l’Afrique aux seules mains de ses concurrents, russes soient-ils, chinois ou européens. Il sait que la puissance américaine dépendra aussi de la qualité de son partenariat avec l’Afrique, au moment où l’influence européenne s’y estompe. Le 17e sommet des affaires Etats-Unis-Afrique, tenu en juin dernier en Angola, allait bien dans ce sens pour encourager les investissements et le commerce en Afrique.
De même, le sommet annoncé à Washington du 9 au 11 juillet courant entre les Etats-Unis, le Gabon, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Sénégal et la Mauritanie traduit lui aussi ce même désir et cette dynamique. Cette rencontre inédite est le signe de cette nouvelle doctrine américaine qui s’annonce et qui consiste à voir l’Afrique comme un marché à conquérir, et non comme un continent à assister. Le Maroc, qui fait de notre continent une de ses priorités, et qui a lancé des initiatives audacieuses comme celle de l’Atlantique, du désenclavement du Sahel, et du gazoduc Nigeria-Maroc, a ici une belle fenêtre de tir.
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