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Deux recommandations politiques pour la crise mondiale

  WASHINGTON, DC, 23 avril 2013 – Une chose que les experts savent, et que les non-experts ignorent, c'est que l’étendue de leurs connaissances est plus limitée que ce que pensent les non-experts. Ceci est apparu de manière évidente lors des Spring Meetings du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui viennent de s'achever – trois jours intenses de pourparlers qui ont réuni ministres des finances, banquiers centraux et autres décideurs politiques.  

Le 3 mai 2013 à 11h20

Notre expertise économique est limitée en plusieurs aspects fondamentaux. Prenez les politiques monétaire et budgétaire. Malgré des décennies de collecte de données et de recherche mathématique et statistique approfondie, sur nombre de grandes questions, nous ne disposons guère que de règles générales approximatives. Par exemple, nous savons qu’il convient de baisser les taux d'intérêt et d'injecter des liquidités pour lutter contre la stagnation, et qu’il convient au contraire de relever les taux directeurs et les ratios de réserve de trésorerie des banques pour étouffer l'inflation. Parfois, nous nous appuyons sur notre jugement en associant aux mesures de taux d'intérêt des opérations d'open-market. Mais le fait demeure que notre compréhension de la mécanique de ces politiques est rudimentaire.

Ces règles générales fonctionnent (au moins assez pour être tolérées) grâce à l'évolution. Au fil du temps, les mauvais choix sont pénalisés et, soit leurs utilisateurs apprennent en regardant les autres, soit ils disparaissent. Nous obtenons de bonnes politiques monétaires et budgétaires de la même façon que les oiseaux construisent de bons nids.

Comme avec tous les comportements façonnés par l'évolution, lorsque l'environnement change, il y a un risque que les adaptations existantes deviennent dysfonctionnelles. Tel a été le sort de certaines de nos politiques macroéconomiques standard. La formation de la zone euro et un demi-siècle de mondialisation inexorable ont modifié le paysage économique mondial, rendant les politiques d’autrefois inefficaces.

Lorsque la Riksbank suédoise fut fondée en 1668, suivie par la Banque d'Angleterre en 1694, la motivation était qu'une économie unifiée doit avoir une banque centrale unique. Au cours des trois siècles suivants, quand les avantages de l'instauration d'un monopole de création monétaire furent plus largement reconnus, un grand nombre de banques centrales furent créées, une pour chaque économie bornée politiquement.

Ce qui n'avait pas été prévu, c'est que la mondialisation pouvait éroder ces limites. En conséquence, nous sommes revenus au passé que nous avons essayé de fuir – une seule économie, dans le cas présent le monde, avec de multiples autorités de création monétaire.

Ceci est clairement inadapté et explique pourquoi les injections massives de liquidités par les banques centrales des pays avancés ne parviennent pas à relancer l'économie et à créer plus d'emplois. Après tout, dans une économie mondialisée, une grande partie de ces liquidités traverse les frontières politiques, donnant lieu à des pressions inflationnistes dans des pays lointains et précipitant le risque de guerres des devises, alors que le chômage reste dangereusement élevé à l’intérieur des frontières, menaçant d'éroder les compétences des travailleurs. Les dommages à long terme pourraient être dévastateurs.

Ce qui était évident lors des Spring Meetings de la Banque mondiale et du FMI, c'est que pratiquement tous les décideurs sont en détresse et que personne n'a de réponse complète. Moi non plus. Mais voici deux idées simples qui pourraient aider à atténuer la crise.

Tout d'abord, en l'absence d'une autorité bancaire centrale unique au niveau mondial, un minimum de coordination des politiques monétaires entre les principales économies est nécessaire. Nous avons besoin d'un groupe des grandes économies – appelons-le « G Major » - qui annoncerait les politiques monétaires de manière coordonnée.

Pour comprendre pourquoi, considérez le cas du Japon. Les décideurs politiques japonais ont de bonnes raisons d'essayer de promouvoir une certaine inflation et même de corriger l'appréciation incessante du yen au cours des six ou sept dernières années. Mais, dans le monde unilatéral d'aujourd'hui, d'autres banques centrales répondraient bientôt en injectant des liquidités, ce qui inciterait la Banque du Japon à agir de nouveau. Ces actions sont généralement justifiées en tant que politiques pour stimuler la demande intérieure, mais elles finissent par alimenter une guerre des monnaies peu productive.

Par contre, si les économies du G Major publiaient des annonces trimestrielles concernant les importants changements politiques à venir – par exemple, un petit tour d'assouplissement quantitatif par le pays X, une injection de liquidités plus importante par les pays Y et Z, et ainsi de suite – les marchés seraient rassurés que les opérations en question ne relevaient pas d’une guerre des monnaies. Les mouvements des taux de change seraient minimes et seulement dans le sens prévu, et la volatilité serait contenue, parce que les injections en tant que représailles n’existeraient plus et la spéculation déclinerait. De plus, les injections de liquidités seraient susceptibles d'avoir un impact plus important sur la demande car la synchronisation réduirait les fuites en-dehors des frontières nationales.

La deuxième recommandation porte sur lamécanique des injections de liquidités, dont la plupart prennent actuellement la forme – en Europe, au Japon et ailleurs – d’achats d'actifs. La Réserve fédérale américaine, par exemple, est en train d'acheter des actifs (beaucoup d'entre eux garantis par hypothèque) à concurrence de 85 milliards de dollars chaque mois.

Les injections de liquidité et les faibles taux d'intérêt ont un effet microéconomique qui a reçu peu d'attention : ils font baisser le coût du capital par rapport au coût du travail, ce qui provoque une chute relative de la demande de main-d'œuvre. Ceci aggrave très probablement le problème du chômage ; et ne fait en tout cas certainement rien pour l’atténuer.

Une solution consiste à canaliser une partie des injections de liquidités pour lutter contre cette asymétrie dans le coût des facteurs. Ainsi, pour chaque tranche de 100 $ de nouvelles liquidités, on pourrait utiliser 60 $ à l'achat de biens et le reste à donner aux entreprises une subvention de création d'emplois marginale, ce qui pourrait se révéler particulièrement efficace dans les économies qui disposent de marchés du travail flexibles qui permettent l'embauche à court terme.

Même si la subvention à l'emploi était offerte seulement, disons, pour un an, les entreprises seraient tentées de recourir davantage au travail pendant cette période. Et, parce que l’accès de chômage actuel est un mécanisme qui s’auto-renforce, une fois que l'équilibre est rompu pendant un certain temps, l'économie pourrait se déplacer vers un équilibre à emploi plus élevé de manière permanente, sans avoir besoin d'aucune autre aide du gouvernement.

Cette recommandation présente un problème. Les achats d'actifs n'ont pas d'effet au bilan, car les actifs remplacent l'argent. Subventionner le travail, en revanche, revient à une pure injection de liquidités. Toutefois, précisément pour cette raison, une subvention à l'emploi devrait être plus efficace pour stimuler de la demande, ce qui implique qu’une injection plus faible de ce type est susceptible de stimuler la demande autant qu’un achat d'actifs plus important.

Parmi les quelques certitudes dans l’art de concevoir de bonnes politiques économiques, il y a la nécessité de s'adapter aux changements extérieurs. Notre défi est semblable à celui des papillons de nuit de l'ère de la révolution industrielle, qui s'adaptèrent à leur nouvel environnement chargé en suie en devenant plus sombres (et donc mieux à même de se cacher des prédateurs). Dans une économie mondialisée, les responsables politiques nationaux ne devraient pas être contraints à virevolter en masse autour des sources lumineuses.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

WASHINGTON, DC – Une chose que les experts savent, et que les non-experts ignorent, c'est que l’étendue de leurs connaissances est plus limitée que ce que pensent les non-experts. Ceci est apparu de manière évidente lors des Spring Meetings du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui viennent de s'achever – trois jours intenses de pourparlers qui ont réuni ministres des finances, banquiers centraux et autres décideurs politiques.

Notre expertise économique est limitée en plusieurs aspects fondamentaux. Prenez les politiques monétaire et budgétaire. Malgré des décennies de collecte de données et de recherche mathématique et statistique approfondie, sur nombre de grandes questions, nous ne disposons guère que de règles générales approximatives. Par exemple, nous savons qu’il convient de baisser les taux d'intérêt et d'injecter des liquidités pour lutter contre la stagnation, et qu’il convient au contraire de relever les taux directeurs et les ratios de réserve de trésorerie des banques pour étouffer l'inflation. Parfois, nous nous appuyons sur notre jugement en associant aux mesures de taux d'intérêt des opérations d'open-market. Mais le fait demeure que notre compréhension de la mécanique de ces politiques est rudimentaire.

Ces règles générales fonctionnent (au moins assez pour être tolérées) grâce à l'évolution. Au fil du temps, les mauvais choix sont pénalisés et, soit leurs utilisateurs apprennent en regardant les autres, soit ils disparaissent. Nous obtenons de bonnes politiques monétaires et budgétaires de la même façon que les oiseaux construisent de bons nids.

Comme avec tous les comportements façonnés par l'évolution, lorsque l'environnement change, il y a un risque que les adaptations existantes deviennent dysfonctionnelles. Tel a été le sort de certaines de nos politiques macroéconomiques standard. La formation de la zone euro et un demi-siècle de mondialisation inexorable ont modifié le paysage économique mondial, rendant les politiques d’autrefois inefficaces.

Lorsque la Riksbank suédoise fut fondée en 1668, suivie par la Banque d'Angleterre en 1694, la motivation était qu'une économie unifiée doit avoir une banque centrale unique. Au cours des trois siècles suivants, quand les avantages de l'instauration d'un monopole de création monétaire furent plus largement reconnus, un grand nombre de banques centrales furent créées, une pour chaque économie bornée politiquement.

Ce qui n'avait pas été prévu, c'est que la mondialisation pouvait éroder ces limites. En conséquence, nous sommes revenus au passé que nous avons essayé de fuir – une seule économie, dans le cas présent le monde, avec de multiples autorités de création monétaire.

Ceci est clairement inadapté et explique pourquoi les injections massives de liquidités par les banques centrales des pays avancés ne parviennent pas à relancer l'économie et à créer plus d'emplois. Après tout, dans une économie mondialisée, une grande partie de ces liquidités traverse les frontières politiques, donnant lieu à des pressions inflationnistes dans des pays lointains et précipitant le risque de guerres des devises, alors que le chômage reste dangereusement élevé à l’intérieur des frontières, menaçant d'éroder les compétences des travailleurs. Les dommages à long terme pourraient être dévastateurs.

Ce qui était évident lors des Spring Meetings de la Banque mondiale et du FMI, c'est que pratiquement tous les décideurs sont en détresse et que personne n'a de réponse complète. Moi non plus. Mais voici deux idées simples qui pourraient aider à atténuer la crise.

Tout d'abord, en l'absence d'une autorité bancaire centrale unique au niveau mondial, un minimum de coordination des politiques monétaires entre les principales économies est nécessaire. Nous avons besoin d'un groupe des grandes économies – appelons-le « G Major » - qui annoncerait les politiques monétaires de manière coordonnée.

Pour comprendre pourquoi, considérez le cas du Japon. Les décideurs politiques japonais ont de bonnes raisons d'essayer de promouvoir une certaine inflation et même de corriger l'appréciation incessante du yen au cours des six ou sept dernières années. Mais, dans le monde unilatéral d'aujourd'hui, d'autres banques centrales répondraient bientôt en injectant des liquidités, ce qui inciterait la Banque du Japon à agir de nouveau. Ces actions sont généralement justifiées en tant que politiques pour stimuler la demande intérieure, mais elles finissent par alimenter une guerre des monnaies peu productive.

Par contre, si les économies du G Major publiaient des annonces trimestrielles concernant les importants changements politiques à venir – par exemple, un petit tour d'assouplissement quantitatif par le pays X, une injection de liquidités plus importante par les pays Y et Z, et ainsi de suite – les marchés seraient rassurés que les opérations en question ne relevaient pas d’une guerre des monnaies. Les mouvements des taux de change seraient minimes et seulement dans le sens prévu, et la volatilité serait contenue, parce que les injections en tant que représailles n’existeraient plus et la spéculation déclinerait. De plus, les injections de liquidités seraient susceptibles d'avoir un impact plus important sur la demande car la synchronisation réduirait les fuites en-dehors des frontières nationales.

La deuxième recommandation porte sur lamécanique des injections de liquidités, dont la plupart prennent actuellement la forme – en Europe, au Japon et ailleurs – d’achats d'actifs. La Réserve fédérale américaine, par exemple, est en train d'acheter des actifs (beaucoup d'entre eux garantis par hypothèque) à concurrence de 85 milliards de dollars chaque mois.

Les injections de liquidité et les faibles taux d'intérêt ont un effet microéconomique qui a reçu peu d'attention : ils font baisser le coût du capital par rapport au coût du travail, ce qui provoque une chute relative de la demande de main-d'œuvre. Ceci aggrave très probablement le problème du chômage ; et ne fait en tout cas certainement rien pour l’atténuer.

Une solution consiste à canaliser une partie des injections de liquidités pour lutter contre cette asymétrie dans le coût des facteurs. Ainsi, pour chaque tranche de 100 $ de nouvelles liquidités, on pourrait utiliser 60 $ à l'achat de biens et le reste à donner aux entreprises une subvention de création d'emplois marginale, ce qui pourrait se révéler particulièrement efficace dans les économies qui disposent de marchés du travail flexibles qui permettent l'embauche à court terme.

Même si la subvention à l'emploi était offerte seulement, disons, pour un an, les entreprises seraient tentées de recourir davantage au travail pendant cette période. Et, parce que l’accès de chômage actuel est un mécanisme qui s’auto-renforce, une fois que l'équilibre est rompu pendant un certain temps, l'économie pourrait se déplacer vers un équilibre à emploi plus élevé de manière permanente, sans avoir besoin d'aucune autre aide du gouvernement.

Cette recommandation présente un problème. Les achats d'actifs n'ont pas d'effet au bilan, car les actifs remplacent l'argent. Subventionner le travail, en revanche, revient à une pure injection de liquidités. Toutefois, précisément pour cette raison, une subvention à l'emploi devrait être plus efficace pour stimuler de la demande, ce qui implique qu’une injection plus faible de ce type est susceptible de stimuler la demande autant qu’un achat d'actifs plus important.

Parmi les quelques certitudes dans l’art de concevoir de bonnes politiques économiques, il y a la nécessité de s'adapter aux changements extérieurs. Notre défi est semblable à celui des papillons de nuit de l'ère de la révolution industrielle, qui s'adaptèrent à leur nouvel environnement chargé en suie en devenant plus sombres (et donc mieux à même de se cacher des prédateurs). Dans une économie mondialisée, les responsables politiques nationaux ne devraient pas être contraints à virevolter en masse autour des sources lumineuses.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

© Project Syndicate

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Le 3 mai 2013 à 11h20

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