Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Dignité, solidarité, vérité
"Les grandes douleurs sont muettes" dit un philosophe qui a expérimenté la vie. Celle ressentie par tout un peuple depuis vendredi dernier, à la suite du terrible et dévastateur tremblement de terre que la région du Haouz a connu, est, à ce jour, indescriptible et insoutenable.
Les images, les sons et les propos que de multiples médias ont tenté de traduire ou de restituer sont incapables d’en livrer la véritable mesure. Au-delà de certains commentaires de circonstances émis par quelques médias ou personnalités étrangers au pays, les pleurs et les lamentations d’autres ainsi que les propos déplacés, inappropriés, malveillants et parfois totalement éhontés, il est une dimension humaine que ces gens-là ont parfois peu mise en avant et ont mal considérée : c’est celle de la solidarité et de l’entraide nationales. Peu après cet événement ravageur et alors que le choc et l’effroi ne sont pas encore passés, c’est tout un peuple qui s’est mis debout comme un seul homme pour venir en aide aux sinistrés, panser des blessures et partager la tristesse des survivants éplorés, des enfants, des veufs et des veuves ravagés par la douleur et la perte de leurs parents et de leurs proches.
La solidarité, concept moral ou sentiment, oubliés depuis des lustres par d’autres, pourtant si prompts à donner des leçons aujourd’hui, est celui-là même dont le peuple tout entier, du sommet de la hiérarchie du pourvoir au plus modeste citoyen, a fait preuve par un comportement digne, résolu et indéfectible. La solidarité, n’est pas un vain mot et n’est pas l’équivalent de charité qui est faite pour soulager la conscience du riche ou de celui qui donne sans soulager la faim ou la douleur de celui qui souffre. Et puis il y a la compassion, autre sentiment qui nous fait partager le malheur d’autrui et pourrait, ou pas, déboucher sur la solidarité, une solidarité véritable et agissante.
C’est en fait, parfois, à des réactions et à des sentiments pour le moins troubles venus de l’étranger que nous avons assistés dès le lendemain de la catastrophe naturelle, alors que les Marocains sont toujours sous le choc. Fort heureusement ils n’émanent pas de partout ni de la part de beaucoup de monde. Mais le peu de journalistes issus de quelques médias hexagonaux -car cela ne concernait étrangement que cette contrée- ont fait montre d’un comportement qui déshonore cette profession que nous avions pratiquée et tant aimée. Une profession construite sur un savoir et une morale comme Albert Camus disait à ce propos : "Un journaliste est un homme qui, d’abord, est censé avoir des idées ; ensuite un homme chargé de renseigner le public sur les évènements de la veille. Un 'historien au jour le jour' dont le premier souci est la vérité."
Mais peut-être mieux vaut-il n’opposer à l’irresponsabilité et à l’ignominie de certains qu’une digne ignorance pour leurs dits et leurs écrits afin d’économiser notre mépris. Renvoyons-leur quand même ces vers d’un poète de leur tribu mais avec plus de talent et une certaine clairvoyance. Ils sont de Paul Verlaine qui donnait ce sage conseil : "Fuis du plus loin la Pointe assassine, / L’Esprit cruel et le Rire impur, / Qui font pleurer les yeux de l’Azur,/Et tout cet ail de basse cuisine !".
Et comme nous avons évoqué la conception de la vérité chez le philosophe prix Nobel et journaliste qu’est Albert Camus, rappelons des extraits de ce document rare qu’est le message qu’il avait adressé à une délégation marocaine le 18 novembre 1946 à l’occasion de la célébration du XIXe anniversaire de l’intronisation du Roi Mohammed V. Absent pour un voyage hors de Paris, le message a été lu par son ami, l’écrivain Jean Amrouche, dans une réunion à la Maison de la Chimie : "(….) je saisis avec joie cette occasion qui s’offre à moi aujourd’hui pour manifester cette solidarité. Puisque vous voilà tous réunis pour fêter votre souverain et lui rendre ce qui lui revient, il ne me sera pas difficile d’adresser, au nom de quelques écrivains français, à Sa Majesté Sidi Mohammed Ben Youssef, sultan du Maroc, des félicitations et des vœux qui n’ont rien d’officiel et qui ne sont que la libre expression de l’amitié respectueuse que les hommes libres portent à celui qui représente aujourd’hui l’espérance, et donc la dignité, de millions de Marocains.
Et il y a peut-être une raison encore plus particulière à l’attention et à la sympathie que des écrivains libres peuvent porter aujourd’hui à votre souverain. Nous n’ignorons pas que son plus grand souci est de répandre l’enseignement dans son peuple autant qu’il le pourra. Et cela est bien calculé. Car la connaissance est toujours universelle, et c’est elle qui réunit, au lieu que l’ignorance sépare. Le meurtre, la haine et la violence ne viennent pas d’un cœur méchant, mais d’une âme ignorante. Celui qui sait, au contraire, se refusera toujours à dominer et à violenter. A la puissance, il préférera toujours l’exemple."
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