Emigration et diplomatie
Le parlement hollandais vient de voter une résolution pour annuler l’accord portant sur la sécurité sociale avec le Maroc. Concrètement, cela signifie que les marocains travaillant aux Pays-Bas doivent rester sur place s’ils veulent continuer à bénéficier des prestations sociales. C’est une décision qui est prise dans un contexte de poussée de l’extrême droite. Mais avant de crier au loup, essayons de comprendre la nature du problème.
Il y a plusieurs années, le gouvernement hollandais, socialiste à l’époque, avait demandé au Maroc de collaborer à l’information fiscale, une coopération que le Maroc a refusé. Le ministre des Affaires étrangères néerlandais nous avait expliqué, à nous journalistes, que dans cette période de crise, il était anormal que des gens perçoivent des aides sociales aux Pays-Bas, alors qu’ils sont propriétaires, qu’ils ont des commerces, qu’ils payent des impôts au Maroc. Il avait précisé que ce thème favorise la montée de l’extrême droite.
La majorité des émigrés marocains sont des gens honnêtes qui préfèrent gagner dignement leur vie. Et les Pays-Bas sont l’un des pays d’accueil qui accorde le plus de protection sociale aux travailleurs étrangers. Parmi les Marocains, les Rifains constituent le contingent le plus important.
Situons-nous dans le contexte économique. Partout en Europe, la crise a induit des politiques publiques de réduction des déficits. La protection sociale subit une véritable attaque : retraites rabotées, âge de départ reculé, indemnités de chômage révisées à la baisse. Dans le cadre de ces politiques, le contrôle des bénéficiaires des prestations sociales a été resserré.
Que l’extrême droite et une partie de la droite en profite pour discriminer la population d’origine étrangère est un fait. Mais on ne peut contester la validité d’une telle approche parce qu’il ne s’agit pas d’enlever des droits mais de combattre des abus.
A mon humble avis, Rabat aurait mieux fait d’accéder à la demande des autorités hollandaises concernant la coopération sur l’information fiscale. Cela ne concernait que quelques dizaines de Marocains qui ont des commerces ici et qui perçoivent des aides là-bas.
Au lieu de cela, nous avons une mesure unilatérale qui touche des milliers de gens, les retraités qui préfèrent le bled au froid néerlandais, les RME qui tombent malade lors d’un séjour au Maroc, etc. La diplomatie marocaine agit comme un syndicat quand il s’agit d’émigration. Ce n’est ni crédible, ni efficace, les Pays-Bas en sont la preuve.
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