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Emmanuel Macron en maître des horloges

Après tous les remous causés par la dissolution inattendue de l’Assemblée Nationale, et par les résultats consécutifs des élections législatives qui ont relégué son parti au troisième rang, le président Emmanuel Macron a estimé qu’il était temps de laisser retomber la poussière avant d’entamer une nouvelle étape. En partant cette semaine aux États-Unis pour le sommet de l’Otan, il a réédité ce vœu et fait publier une lettre aux Français. Il les a appelés à un large rassemblement des forces républicaines leur demandant, encore une fois, de laisser le temps aux forces politiques pour bâtir des compromis.

Le 12 juillet 2024 à 13h19

Il ne fallait pas plus pour que les leaders de l’opposition montent au créneau pour critiquer la lenteur du président à nommer un Premier ministère pour former rapidement un gouvernement. De gauche comme de droite, les critiques ont été nombreuses et surtout sévères à l’égard du président qui veut disposer de plus de temps pour agir. Ainsi, si Martine Aubry à gauche y a vu un déni et un refus d’accepter la défaite, Jordan Bardella à l’extrême droite a accusé Macron d’organiser la paralysie du pays en positionnant la gauche aux portes du pouvoir après d’indignes arrangements, dit-il.

On ne connaissant pas à Macron cette qualité de miser sur le temps et de patienter pour laisser mûrir les situations. C’est un passionné et un impatient, agissant souvent sous l’émotion et à chaud, devant des situations parfois complexes et sans se donner le recul nécessaire. On se rappelle de son idée d’instaurer une Alliance internationale contre le Hamas après l’attaque du 7 octobre dernier, ou l’envoi de troupes françaises au sol en Ukraine pour combattre les russes. Toutes ces positions, et bien d’autres, sont restées évidemment sans lendemain.

Le voilà maintenant voulant ralentir les échéances et prendre le temps face aux événements qu’il a lui-même déclenchés. Les sueurs froides qu’a engendrées au sein de la société française la dissolution de l’Assemblée, a poussé Macron à mesurer, après coup, la gravité et les conséquences de cette décision. Cette grande tempête a failli apporter l’extrême-droite au pouvoir, balayer la paix civile, et mettre la France en difficulté sur les plans européen et international.

Car pour Macron, laisser retomber la poussière n’est rien d’autre que d’attendre à ce que la situation se clarifie pour voir plus clair. Une fois cet horizon dégagé, il lui serait plus aisé d’identifier les éléments essentiels de la nouvelle situation. Il pourra alors proposer, sinon imposer, une nouvelle politique, lui permettant de sortir de l’impasse qu’il a lui-même provoquée. En fait, Macron veut choisir le bon moment pour instaurer une nouvelle situation qui ne soit pas trop défavorable, ni à lui ni à son camp, pour continuer à gouverner le pays jusqu’à 2027.

Au sein de l’opposition, cette attitude de les faire attendre n’a pas été du goût de tout le monde. Le chef de la France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, a été le premier à sentir le coup venir. Il a demandé au président, le soir même de l’annonce des résultats, de s’incliner et d’admettre sa défaite. Selon lui, le Premier ministre doit s’en aller et le président a le devoir d’appeler le Nouveau Front Populaire à gouverner. Mélenchon, en politicien expérimenté, avait pressenti que Macron allait manœuvrer pour gagner du temps, et faire tomber l’enthousiasme qu’a suscité cette élection auprès d’un large public.

Comment dès lors expliquer qu’un chef d’Etat, toujours omniprésent, puisse soudainement disparaitre des radars, et demander de surcroît à ses citoyens de patienter davantage, alors que le pays est en crise profonde ? Cela ne peut être expliqué que par son intention volontaire d’attendre que les conditions, qui ont mené à ce désordre, changent d’intensité et d’ampleur. Autrement dit, ne pas répondre ou réagir sous la pression face à l’opposition, et attendre le moment pour aboutir à de meilleurs arrangements.

Course contre la montre

Dans sa lettre du 10 juillet aux Français, Macron a été explicite en demandant aux forces politiques d’engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide et plurielle. Il y a souligné que les idées et les programmes sont plus importants que le choix des personnalités et des postes. Ce rassemblement que le président désire de tous ses vœux, devra se construire autour de grands principes et valeurs républicaines claires et partagées, selon lui. Ce projet doit être pragmatique et lisible, qui prend d’un coté les préoccupations des Français, et de l’autre garantir la stabilité de la cinquième république.

Cela suppose, écrit encore Macron, de laisser un peu de temps aux forces politiques pour bâtir des compromis avec sérénité et respect, avant la nomination du prochain Premier-ministre. En voulant faire retomber la tension, il souhaite, en fait, se donner le temps pour recueillir des conseils et des recommandations, avant d’entamer la prochaine étape qui ne sera pas moins difficile. Cela lui permettra de mieux négocier pour trouver le meilleur scénario possible pour gouverner la France. Simplement, prolonger cette attente risque à l’évidence, d’exacerber encore plus les tensions et la méfiance entre les différents partenaires et de produire l’effet inverse.

La vie politique de Macron se résume à une course contre la montre et à tout faire rapidement. Alors qu’il est ministre durant le mandat de François Hollande, il s’est lancé en 2016 pour créer un parti sur-mesure appelé En Marche, mélange de socialisme et de centrisme, pour déloger la gauche. Arrivé au pouvoir, cette aventure s’est essoufflée et fondue comme neige sous soleil, en raison de ses errances politiques. Les résultats des récentes élections européennes et législatives en témoignent.

Le vrai défi que Macron doit relever c’est de pouvoir maintenir l’unité de ce qu'il lui reste de la Macronie. L’autre difficulté à laquelle il devrait faire face également est de se maintenir à la tête de l’État jusqu’à 2027, tout en évitant les règlements de compte et les divisions internes au sein de son propre parti. Nombreux de ses adversaires ne lui font plus confiance et n’attendent que le moment propice pour le pousser à la démission en rendant le pays ingouvernable.

Comment peuvent-ils lui faire encore confiance quand au lendemain de la dissolution et lors de sa visite à Oradour sur Glane, Macron fait une étrange remarque rapportée par le quotidien Le Monde. En s’adressant à un patron, il l’informe qu’il prépare cette dissolution depuis une semaine, et qu’il en est ravi. Je leur ai balancé une grenade dépouillée dans les jambes, maintenant on va voir comment ils s’en sortent, lui dit-il. Cette révélation n’a pas été démentie, mais elle en dit long sur la personnalité du président, et surtout sur son état d’esprit.

Pour toutes ces raisons, et pour bien d’autres, ce qui reste de ce second mandat de Macron risque à l’évidence d’être difficile autant pour lui que pour la France. Contrairement à ses prédécesseurs qui ont su jouer avec la cohabitation et laisser le temps au temps pour reprendre la formule mitterrandienne, Macron cherche simplement que son clan fasse partie de la prochaine coalition pour continuer à gouverner le pays comme si de rien n’était. Par le passé, les expériences de cohabitation en France se sont révélées des parenthèses heureuses. Celle qui s’annonce avec Macron risque de ne pas l’être.

Si les portes du pouvoir se sont enfermées cette fois-ci encore contre le Rassemblement National, le péril de l’extrême droite reste présent. Il est aux aguets, toujours menaçant, et risque de revenir avec autant de vigueur lors des prochaines échéances électorales, nourri en cela par les multiples crises qui traversent la société française. Lorsque retombera la poussière, et qu’une nouvelle majorité sortira du chapeau, l’urgence serait certes de répondre aux attentes des Français. Mais le plus urgent c’est de réfléchir sereinement, et dès maintenant, comment éviter à la France de succomber à la tentation d’être un jour gouvernée par l'extrême droite. Ce n’est qu’une question de temps.

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Le 12 juillet 2024 à 13h19

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