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Emploi des jeunes : 12 mesures en 12 mois

Douze mesures. Pas ces réformes lointaines, non plus ces promesses conditionnées à des plans quinquennaux. Douze mesures simples, réalistes, déjà dans nos tiroirs, déjà dans nos lois, déjà testées quelque part.

Le 30 septembre 2025 à 17h04

Elles n’attendent qu’une chose : qu’on arrive à opérationnaliser nos stratégies nationales et redonner confiance à nos politiques publiques. Car l’urgence n’est plus théorique : elle est là, brutale, dans le quotidien de millions de jeunes marocains qui se heurtent au mur du chômage et du désespoir ! Et quand c’est la Banque centrale elle-même qui choisit de hausser le ton, ce n’est plus une note technique : c’est une alerte nationale.

Bank Al-Maghrib vient de dresser un constat implacable. En 2024, malgré une croissance de 3,8% tirée par le non-agricole, notre marché du travail reste incapable d’absorber la jeunesse. Le chômage atteint 13,3%. Depuis 2019, un million d’emplois agricoles ont disparu, non compensés par les autres secteurs. Chaque année, 275.000 jeunes arrivent à l’âge de travailler mais ne trouvent pas leur place. Le taux d’activité plafonne à 43,5%… et s’effondre à 19,1% pour les femmes.

Quand c’est Abdellatif Jouahri lui-même qui rappelle ces chiffres, ce n’est pas une note technique : c’est une alerte nationale. La Banque centrale ne se contente pas de suivre les marchés, elle nous met face à une évidence : le Maroc ne peut plus différer la bataille pour l’emploi des jeunes. En août dernier, j’écrivais dans Médias24 : " Jeunesse marocaine : c’est maintenant !". Aujourd’hui, ce rapport de Bank Al-Maghrib en est la confirmation brutale. La décennie 2025-2035 doit être celle de l’emploi, ou elle sera celle du décrochage. De l’urgence au plan d’action, l’objectif n’est pas d’ajouter un diagnostic de plus à la pile. Il s’agit d’exécuter, vite et bien, un plan pragmatique, activable en douze mois, en utilisant les dispositifs existants.

Gouvernance solide mais action rapide : 12 leviers simples, concrets et déjà là peuvent relancer l’emploi et donner une chance réelle aux jeunes et aux femmes !

Tout en ancrant l’action dans une gouvernance solide, il s’agit d’aller vite et de faire simple : éviter les réformes lourdes et privilégier des solutions “plug-and-play” ; concentrer l’effort sur les secteurs où l’emploi net peut réellement s’envoler, à commencer par l’offshoring dopé à l’IA ; et, surtout, placer les jeunes et les femmes au cœur de la dynamique grâce au contrat part-time choisi, aux micro-licences de proximité et à l’insertion territoriale.

>Idmaj ou CPE nouvelle formule : combler le vide avant qu’une génération ne le paie !

Avec l’arrivée des lauréats 2025 des universités, des grandes écoles et de l’OFPPT, il n’est pas question que l’action gouvernementale chôme.

Or, c’est bien ce vide qui menace, avec un dispositif IDMAJ en transition, et une ANAPEC orpheline en attente de sa nouvelle directrice générale. Le Maroc ne peut pas se permettre de perdre la cohorte 2025-2026. D’où l’urgence d’une nouvelle formule de Contrat Première Embauche : un CPE de 18 mois, accessible aussi bien aux diplômés qu’aux jeunes sans diplôme après une courte pré-qualification (6 à 8 semaines) ; une activation immédiate des exonérations IR prévues par la Loi de finances avec une procédure 100% digitalisée ; et un bonus d’embauche pour les TPE de moins de 20 salariés, conditionné à la stabilisation en CDI après 12 mois.

Le pilotage doit être assumé et dans une très profonde redevabilité publique : MIEPEEC et ANAPEC, pour un démarrage dès le quatrième trimestre 2025. Les indicateurs de réussite sont simples et mesurables : entrées mensuelles, taux de conversion 6-12 mois-CDI, et coût public par emploi stabilisé. Bref, une passerelle pragmatique, rapide et faisable. Encore faut-il avoir le courage de la déployer sans attendre.

>Commande publique : cash rapide, lots accessibles, zéro retard

La commande publique peut et doit devenir l’amie des TPE. Pourquoi maintenant ? Parce que les délais réels commencent à s’améliorer Hamdoulah, et qu’il est urgent d’aller plus loin : sécuriser le cash des très petites entreprises et multiplier les lots accessibles.

Cela passe par une circulaire claire : allotir par défaut tous les marchés inférieurs à 5 MDH, avec des seuils adaptés à chaque région. Cela passe aussi par un suivi mensuel des délais réels par donneur d’ordre, avec pénalités automatiques en cas de dépassement contractuel. Et surtout, mettre en place un préfinancement des factures via l’affacturage simple, mobilisant banques publiques et privées.

Le pilotage est limpide : MEF et Trésor, avec les ordonnateurs, pour un démarrage dès le quatrième trimestre 2025. Les indicateurs sont parlants : délai moyen réel en jours, taux d’allotissement, part des marchés remportés par les TPE et les jeunes. Un chantier technique, mesurable et à fort impact ; encore faut-il décider de le déployer sans tergiverser.

>Apprentissage alterné : caser vite, former bien

Le Maroc dispose déjà du cadre légal (loi 12-00) et de l’outil institutionnel (OFPPT). Il serait dommage de ne pas exploiter à grande échelle ce qui marche : l’apprentissage en alternance. Car oui, il s’agit aujourd’hui du moyen le plus rapide et le plus efficace pour insérer les jeunes en entreprise.

L’idée est claire : lancer des cohortes trimestrielles dans douze métiers-relais, maintenance industrielle, logistique urbaine, hôtellerie-restauration, énergies, BTP-finitions, santé-appui, commerce digital. Offrir une prime au maître d’apprentissage, notamment pour les TPE la première année, avec un contrat type simplifié.

Le pilotage revient à l’OFPPT et aux branches professionnelles, pour un démarrage dès le quatrième trimestre 2025. Les indicateurs suivront : taux d’embauche à 6 et 12 mois, abandons, satisfaction des entreprises. Une démarche simple, pragmatique et immédiatement duplicable, capable de transformer l’alternance en un vrai tremplin de masse pour la jeunesse.

>Awrach : des métiers locaux pour une insertion durable

Awrach mérite d’être redynamisée, et qu’il serait irresponsable de ne pas l’amplifier. Le temps est venu de renforcer son volet insertion durable et d’en faire un vrai levier de métiers territoriaux.

Concrètement, cela veut dire flécher une part significative des chantiers vers la maintenance urbaine, le social de proximité, la résilience climatique et la numérisation locale. Cela veut dire aussi fixer un quota minimum de sorties vers l’emploi ou l’auto-entreprenariat par province, avec de vrais contrats-objectifs.

Le pilotage doit être clair : les régions aux côtés des walis, des CRI’s et du MIEPEEC, pour un démarrage dès le quatrième trimestre 2025. Les indicateurs de réussite sont connus et mesurables : taux d’insertion à 6 et 12 mois, et part des jeunes devenus auto-entrepreneurs encore actifs après 6 mois. C’est un chantier à portée immédiate, territorial, mesurable : il ne reste qu’à l’actionner.

>Forsa 2.0 : accompagner, financer et faire durer l’auto-emploi

L’opportunité est là : malgré ses retards et ses litiges, Forsa reste un outil précieux pour l’auto-emploi. Mais il doit passer en version 2.0 : assainir, accélérer, accompagner. Cela veut dire publier chaque trimestre les KPI clés (dossiers débloqués, taux de survie à 12 mois, cartographie des retards).

Cela veut dire imposer un ticket d’accompagnement obligatoire représentant 10% du financement, couvrant comptabilité, marketing, e-commerce, formalités ONSSA/commune. Cela implique enfin instaurer une médiation accélérée (+30 jours) pour résoudre les blocages bancaires.

Pilotage : ministère du Tourisme, MEF et Médiateur, dès T4-2025. Indicateurs : délai médian de décaissement, taux de survie des projets, satisfaction des bénéficiaires. Une réforme pratico-pratique, indispensable pour redonner crédibilité et confiance.

>Intelaka-Express : des tickets rapides pour produire et exporter

Il est temps de passer en mode Intelaka-Express pour les TPE productives et la micro-industrie. Le dispositif Intelaka existe déjà, mais encore trop centré sur le financement classique.

Le moment est venu de cibler l’équipement productif léger et l’export de services. Concrètement : des tickets rapides, entre 100 et 500 kDH, pour équiper des ateliers de transformation (agroalimentaire, bois, métal), mais aussi des ateliers partagés, cuisines collectives, laiteries, unités de dattes, valorisation de l’argan.

À côté, un volet services exportables (design, développement, data), adossé à une facture export et à un coaching pour l’acquisition de clients.

Le pilotage doit être clair : Tamwilcom, les banques et les CRI’s, avec un démarrage dès le premier trimestre 2026. Les indicateurs de réussite sont concrets : nombre d’emplois créés par TPE financée, taux de remboursement, part de l’export atteinte à 12 mois. Un levier rapide, ciblé et mesurable pour transformer l’initiative Intelaka en un véritable moteur productif et exportateur.

>IA & Offshoring: 10.000 nouveaux emplois “human-in-the-loop”

Le Maroc s’est imposé comme une plateforme majeure d’offshoring, notamment dans la relation client. Mais l’arrivée de l’intelligence artificielle change la donne.

Loin de détruire l’emploi, elle ouvre un nouveau champ : des postes « human-in-the-loop », où l’humain supervise, contrôle et enrichit la machine.

L’objectif est clair : 10.000 postes nets à créer. Pour y parvenir, il faut un pacte sectoriel réunissant intégrateurs, plateformes et OFPPT, afin de former en 12 semaines des AI-ops agents spécialisés dans la qualité, la supervision et l’escalade. Il faut aussi encourager l’extension des sites dans les villes moyennes, où loyers abordables et viviers OFPPT offrant un terrain propice.

Les indicateurs de suivi sont simples : nombre de postes créés, montée en gamme mesurée par le salaire médian et le mix francophone/anglophone. Un pari audacieux, mais à portée de main, pour positionner le Maroc comme pionnier de l’offshoring augmenté par l’IA.

>Un pilote : Passeport Freelance Export pour simplifier la vie de milliers de jeunes

Des milliers de jeunes Marocains vendent déjà leurs services à l’international, souvent dans des conditions précaires et avec des circuits administratifs complexes.

Le moment est venu de leur faciliter la vie et d’institutionnaliser cette dynamique avec un "Passeport Freelance Export". L’idée est simple : créer un guichet unique, adossé à l’AMDIE et aux banques, pour offrir une facturation export simplifiée, la réception sécurisée des devises, une micro-assurance professionnelle et un guide fiscal clair. À côté, mettre en place un accélérateur d’acquisition clients, via les grandes marketplaces B2B et des salons virtuels, pour accompagner 2.000 freelances certifiés.

Le pilotage doit être partagé entre l’AMDIE, le GPBM et Maroc PME, avec un lancement au deuxième trimestre 2026 après cadrage. Les indicateurs de réussite sont concrets : chiffre d’affaires export moyen par freelance, nombre de missions récurrentes, taux de formalisation. Un pilote simple, ciblé et porteur d’un impact direct pour une génération déjà branchée sur l’économie mondiale.

>Génération Green : l’agro-transformation locale comme levier d’emplois

La stratégie Génération Green fixe un cap clair : accroître fortement la valorisation agricole d’ici 2030. Le chemin passe par la petite transformation locale, capable de créer des emplois et de retenir la valeur ajoutée dans les territoires.

La clé : développer un réseau d’ateliers partagés, adossés aux CMC et aux Maisons des Jeunes, intégrant normes ONSSA, packaging et circuits de commercialisation. Ces ateliers doivent s’appuyer sur des passerelles directes avec Forsa et Intelaka, pour financer l’équipement et le fonds de roulement.

Le pilotage est collectif : MAPMDREF, INDH, OFPPT et CRI, avec un démarrage dès le premier trimestre 2026. Les indicateurs sont parlants : nombre d’unités actives, emplois créés pour les femmes et les jeunes, taux de conformité sanitaire. Une politique à la fois productive et sociale, ancrée dans les territoires, et parfaitement alignée avec l’esprit de Génération Green.

>Tourisme créatif : licences simples, storytelling digital, emplois jeunes

Le tourisme n’est pas seulement une vitrine : il est aussi un puissant moteur d’emplois jeunes et de dynamisation locale, surtout lorsqu’il croise l’économie créative. L’idée est simple : organiser et encadrer des circuits « quartiers vivants », capables d’irriguer les TPE et de valoriser la richesse culturelle. Cela suppose des licences simplifiées pour les micro-événements et les circuits piétons délivrées par les CRT et les communes, accompagnées d’une formation express pour les guides et accompagnateurs. Il faut aussi déployer des outils de billetterie et de storytelling digital, avec des paniers d’expériences, afin d’allonger la dépense moyenne des visiteurs. Le pilotage doit associer ministère du Tourisme, CRT et communes, pour un démarrage au premier trimestre 2026. Les indicateurs de succès sont clairs : nombre de guides certifiés, dépense moyenne par visiteur, emplois directs et indirects générés. Une approche créative, inclusive et territoriale pour transformer l’expérience touristique en levier durable d’emplois et de revenus.

>Diaspora : du transfert d’argent à la création d’emplois

Les transferts de la diaspora marocaine n’ont jamais été aussi élevés. Mais si l’argent circule, il est temps d’aller plus loin : convertir une part de ces flux en investissements créateurs d’emplois locaux.

Cela passe par des guichets MRE intégrés directement dans les CRI, offrant un accompagnement "clé en main", juridique, bancaire, foncier, recrutement, et des offres de stages de retour favorisant le reverse brain drain. Cela suppose aussi d’organiser des roadshows ciblés, en dehors de la période estivale de l’opération Marhaba, dans six pays à forte présence marocaine.

Le pilotage doit réunir CRI, AMDIE et ministère des MRE, pour un lancement dès le quatrième trimestre 2025. Les indicateurs suivront : nombre de projets MRE accompagnés, emplois créés, montants investis. Un guichet concret, territorial et stratégique, pour transformer le capital de la diaspora en levier d’emploi et de développement.

 >Transparence & rythme : un tableau de bord public trimestriel

Sans mesure partagée, on improvise. Avec un suivi transparent, on délivre. C’est aussi simple que cela.

Le Maroc a besoin d’un tableau de bord public, publié chaque trimestre, pour rendre lisible et pilotable l’action en faveur de l’emploi. Concrètement : une publication conjointe HCP, MIEPEEC, ANAPEC, OFPPT, détaillant emplois nets créés, coût public par emploi, délais de paiement, sorties des programmes Awrach, Forsa, Intelaka. À cela s’ajoute un audit d’exécution semestriel, avec des correctifs rapides en mode stop/go.

Le pilotage doit être assumé au plus haut niveau, par le Chef du gouvernement, avec un démarrage dès le quatrième trimestre 2025. Les indicateurs de crédibilité sont simples : respect du calendrier de publication, correctifs réellement implémentés, variation trimestrielle des emplois jeunes. Un instrument de transparence et de rythme, indispensable pour redonner confiance et passer de la promesse à la livraison.

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Le 30 septembre 2025 à 17h04

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