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Européens encore un effort !

Trente ans après le processus de Barcelone, l’Union européenne relance un “Pacte pour la Méditerranée” censé redynamiser la coopération entre les deux rives. Mais derrière le discours du partenariat, l’initiative semble surtout répondre aux priorités européennes – migration, énergie, sécurité – plutôt qu’à une réelle ambition de prospérité partagée.

Le 24 octobre 2025 à 11h55

La Commission européenne a présenté récemment sa nouvelle stratégie visant à renforcer ses relations avec les partenaires sud-méditerranéens sous l’appellation Pacte pour la Méditerranée, PpM. Ce projet a été discuté lors du sommet réunissant des chefs d’Etat et de gouvernement des pays méditerranéens, tenu en marge de la troisième Conférence des Nations-Unies sur l’Océan organisée à Nice en France en juin dernier. Il viendra en amélioration des anciens programmes du processus de Barcelone et de la politique de voisinage.

Au départ, l’objectif assigné à ce sommet était d’améliorer la connectivité maritime et terrestre entre les deux rives. Suite au processus de consultations lancé depuis cette date, le contenu du projet a évolué en tenant compte de la diversité des besoins des parties prenantes.

Dans un contexte géopolitique international instable, ce nouveau pacte négocié par l’UE demeure en deçà des attentes et peu ambitieux, aussi bien dans ses objectifs que dans son offre globale. Il reste principalement centré sur les défis que rencontre l’Europe au niveau de la migration et de la sécurité, et de ses besoins en matière d’énergie, au lieu d’instaurer une véritable politique qui puisse réduire les inégalités entre les deux rives.

Ce pacte sera proposé pour approbation par l’Union et ses partenaires du Sud de la Méditerranée en novembre à l’occasion du 30e anniversaire du processus de Barcelone. Et il est probable que son contenu et ses propositions soient revus et améliorés entre temps.

Les initiatives sur lesquelles se mettraient d’accord toutes les délégations seraient transposées dans un plan d’action spécifique qui précisera les parties prenantes et les actions à mener en commun durant les années à venir. On estime que ce plan entrera en vigueur dès qu’il sera avalisé, et qu’il serait évolutif avec possibilité d’y intégrer de nouvelles initiatives au fil du temps.

A son annonce, l’UE avait informé que le pacte, tel que présenté, est le résultat d’un processus de consultations approfondies et inclusives, auxquelles ont participé un large éventail de parties prenantes. A les croire, on y trouve les partenaires du sud de la Méditerranée, les Etats européens, les institutions de l’Union, des représentants de la société civile, les secteurs privés, le monde universitaire, des groupes de réflexion et bien d’autres organismes. L’objectif affecté à ce programme est de renforcer la coopération et les liens économiques entre les deux rives, pour construire un espace méditerranéen commun, connecté, résilient et sûr, lit-on.

On nous assure également que cette nouvelle initiative se distingue nettement de celles expérimentées par le passé – et on aimerait bien y croire. Elle serait, nous dit-on, centrée sur des actions concrètes, susceptibles d’apporter une réelle valeur ajoutée aux populations et aux économies des deux rives. Elle créerait des avantages mutuels, notamment à travers la production d’énergie propre, le déblocage des investissements privés et la mobilisation de projets régionaux. Par effet de ruissellement, ces projets devraient à leur tour générer des opportunités pour les citoyens et les entreprises, en mettant particulièrement l’accent sur les jeunes, les femmes et les petites structures.

L’Europe compte articuler sa nouvelle démarche autour de trois axes que sont les citoyens, l’économie et la sécurité. Pour chaque pilier, l’Union a identifié des initiatives qu’elle voudrait atteindre dans sa coopération avec la rive sud. Au niveau citoyen, les actions seront tournées vers la jeunesse, l’enseignement, et la culture. Au niveau économique, le pilier comprend les actions liées à la modernisation des relations commerciales et d’investissements, à l’énergie, aux technologies propres, à l’eau, à l’agriculture, à l’économie bleue, au numérique, et aux transports entre autres. Dans ce contexte, une initiative sur les énergies renouvelables et les technologies propres, nommée T-Med et StartUp4Med, serait envisagée.

C’est le troisième pilier sur la sécurité et la gestion des migrations qui parait sensible et prioritaire aux yeux des Européens. L’UE y a intégré la préparation aux catastrophes en Méditerranée, la gestion des migrations et le contrôle des flux migratoires. Pour cela, le Pacte a prévu une approche globale et une gestion intégrée des frontières et de la sécurité, qu’il faudrait détailler davantage. On sait que l’Europe cherche à intensifier les retours des clandestins vers les pays du Sud, et à maintenir une coopération accrue pour prévenir la migration illégale. Bruxelles compte à cet effet organiser un Forum sur la paix et la sécurité pour coordonner les actions à mener avec les pays sud-méditerranéens.

L’ensemble du programme devrait être soumis pour approbation par l’Union et ses partenaires en ce mois de novembre, à l’occasion du 30ᵉ anniversaire du processus de Barcelone. On se souvient que ce processus avait été lancé en 1995 dans l’espoir de consolider les accords de paix d’Oslo entre les pays arabes et Israël. Treize ans plus tard, en 2008, voyait le jour l’Union pour la Méditerranée, une organisation plus large réunissant les pays du Sud et de l’Est méditerranéens. L’un des objectifs non déclarés de ce nouvel ensemble était de tempérer l’enthousiasme de la Turquie à rejoindre l’Union européenne – une perspective que la France de Nicolas Sarkozy ne souhaitait pas voir se concrétiser.

Les pays du Sud de la Méditerranée devraient engager une réflexion sereine afin de tirer les enseignements de leurs relations passées avec l’Union, depuis la fin de la colonisation jusqu’à aujourd’hui. Au lendemain des indépendances, l’Europe a cherché à préserver ses privilèges : sécuriser ses approvisionnements en matières premières, accéder à nos marchés et bénéficier d’une main-d’œuvre abondante et bon marché. C’est parce que ces relations ne pouvaient perdurer en l’état qu’est né le processus de Barcelone, porteur de nouveaux objectifs : instaurer une zone de paix et de stabilité, renforcer le dialogue politique et sécuritaire, et soutenir le développement socio-économique et culturel.

L’élargissement de l’Union européenne vers l’Est a, à son tour, influé sur la coopération entre les deux rives de la Méditerranée, poussant Bruxelles à lancer la Politique européenne de voisinage. À travers des plans d’action bilatéraux, l’Union a apporté un appui financier aux pays du Sud méditerranéen afin de réformer leurs économies, d’améliorer la gouvernance et de moderniser les administrations. Elle a également renforcé la coopération en matière de sécurité et de gestion des migrations. Les révolutions du "printemps arabe" sont ensuite venues bouleverser ces priorités, contraignant l’Europe à ajuster une nouvelle fois sa politique, à la suite de la chute de certains régimes arabes et de la montée des mouvements islamistes.

Le Pacte pour la Méditerranée qui sera adopté ce mois de novembre compte donc réformer l’ensemble des relations entre pays méditerranéens. Les Européens se présenteront, comme à leur habitude, en rangs serrés pour parler le même langage et défendre les mêmes intérêts. A l’opposé, les Sud-Méditerranéens y assisteront en rangs dispersés et sans coordination préalable. Pour ne prendre que l’exemple des pays du Maghreb, l’absence d’entente et d’une vision politique collective handicapent lourdement leurs démarches face à l’Europe.

Cependant, ce qu’il faut surtout retenir, c’est que l’Europe abordera ce sommet dans un contexte de réévaluation de ses priorités stratégiques internationales, cherchant à renforcer sa position géopolitique dans le concert des nations. Face à elle, une Russie toujours plus menaçante s’affirme à travers la guerre en Ukraine, tandis que l’Amérique de Trump se montre peu concernée par les affaires européennes. De son côté, la Chine adopte une posture économique à la fois agressive et affirmée, en Europe comme dans le reste du monde. Ces puissances concurrentes de l’Europe ne constituent pas nécessairement des adversaires pour les pays du Sud méditerranéen.

Par ailleurs, l’enveloppe prévue pour ce programme s’élèverait à 42 milliards d’euros, qui ne seraient déboursés qu’à partir de 2028 pour s’étaler jusqu’en 2034. Autrement dit, il s’agirait d’un budget annuel de 6 milliards d’euros sur huit ans, destiné à l’ensemble du pourtour méditerranéen. L’extrême droite européenne critique déjà ce qu’elle qualifie de gaspillage et de générosité excessive de l’Union, oubliant que ces dépenses profiteront d’abord aux entreprises européennes elles-mêmes. Le projet d’échanges d’étudiants Erasmus, par exemple, a été sévèrement critiqué par certains, qui y voient une porte ouverte à la migration.

Bien qu’il présente des aspects positifs, le nouveau pacte proposé par l’Union reflète les craintes et les fragilités d’une Europe qui cherche avant tout à se protéger, plutôt qu’à s’ouvrir davantage sur son voisinage et à contribuer réellement au décollage du Sud de la Méditerranée par la création d’une zone de prospérité partagée. Depuis longtemps, l’Europe fait de sa propre sécurité et de la défense de ses acquis une priorité – ce qui peut se comprendre. Mais l’insécurité en Méditerranée découle justement de cette inégalité de développement, qui ne pourra être surmontée que par un partenariat sincère et généreux entre les deux rives du Mare Nostrum.

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Le 24 octobre 2025 à 11h55

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