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Fès, une ville en question

Fès, ville-musée au patrimoine millénaire, peine à retenir ses visiteurs plus d’une nuit. Lors d’une récente séance parlementaire, la ministre du Tourisme a souligné le manque de divertissements comme frein au prolongement des séjours. Mais la question va bien au-delà : faut-il transformer l’expérience touristique de la capitale spirituelle pour séduire un public avide de loisirs modernes ou préserver son authenticité et miser sur un tourisme plus immersif ? Une réflexion s’impose alors que les statistiques peinent à traduire les véritables défis du secteur.

Le 31 janvier 2025 à 19h14

Si l’on posait à n’importe quel moteur de recherche cette question d’apparence simple et quasi enfantine "Qu’est-ce qu’un touriste ?", on obtiendrait une réponse qui, elle, ne l’est pas de prime abord mais que donne l’Organisation mondiale du tourisme des Nations-Unies : "Un touriste est un visiteur dont le voyage dure au moins une nuit, ce qui signifie que l’arrivée et le départ ont lieu à des jours civils différents. Il est également appelé "visiteur avec nuitées".

À l’inverse, un excursionniste est un visiteur qui ne passe pas la nuit sur place, son arrivée et son départ ayant lieu le même jour civil. Il est aussi désigné sous le terme de "visiteur de même jour".

C’est en gros, et plus pédagogiquement, ce qu’aurait pu répondre la ministre du Tourisme récemment devant la deuxième chambre lors de la fameuse séance des questions orales à propos de la situation du tourisme à Fès. Cela n’aurait sans doute pas fait de mal aux honorable membres de cette institution.

La ministre a déclaré, selon les médias qui ont rapporté sa réponse, que le touriste dans cette ville vient, en général, passer une seule nuit puis s’en va, car il y a une carence en matière de divertissement et autres attractions (Attarfih).

Ce n’est pas faux, le touriste lambda, c’est-à-dire celui qui booste les chiffres, ne se contente pas d’être logé et nourri. Il exige aussi d’être bien servi et bien diverti. Cela dit, il est vrai que, selon la définition onusienne, à Fès on est à la limite du touriste (une nuitée) et de l’excursionniste (une journée). C’est une sorte de visiteur-voyageur au profil et au motif  indéfinis, mais qui ne fait ni avancer ni affoler les statistiques de ce secteur vital pour l’économie du pays.

Les dépêches qui ont rapporté les propos de cette séance orale, relativement hebdomadaire, ne disent pas si l’on a creusé le débat sur la question. Mais on se doute que non, tant il est vrai qu’il est rare qu’on "creuse" dans ce type de séances, où souvent les questions sont orales alors que les réponses sont écrites à l’avance et vice versa.

De plus, tout est calibré pour dire très peu et passer très vite à autre chose, parce que ce ne sont pas les questions qui manquent. Elles ne manquent pas en effet, et puisqu’on parle de statistiques, rappelons que, selon ces dernières, bien rapportées encore une fois par les médias, sur un total de 3.045 questions orales posées par les députés de l’autre chambre cette fois-ci, seules 465 ont reçu une réponse au cours des sessions d’octobre 2023 et d’avril 2024, soit un taux de réponse de 15, 38%. Où sont donc passées les autres ? "La réponse, mon ami, est soufflée par le vent" (The answer my friend is blowing in the wind), comme dirait le chanteur et prix Nobel (hé oui !) de littérature Bob Dylan.

D’un musicien à l’autre et à propos du souffle du vent, voici ce que conseillait le compositeur Claude Debussy : "N’écoute les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte les histoires du monde." Alors ne faut-il pas écouter d’abord l’histoire d’une ville comme Fès pour savoir quel genre de touristes peut-elle accueillir : le visiteur d’un jour, pressé et incurieux qui passe en coup de vent ou le passager d’une nuit qui, dès le lendemain, s’en va voir ailleurs ? Et de quelles autres distractions, comme ils disent, aurait finalement besoin celui qu’on veut garder plus d’une nuit dans une ville dont la visite se mérite et prend des jours et des nuits ?

Il n’est nul besoin ici de recenser les sites et attractions d’une ville millénaire tant les guides de voyages qui invitent à s’y rendre pullulent et ressassent les mêmes lieux et monuments. Longtemps, la ville a été une attraction touristique avant d’être détrônée par Marrakech, première destination touristique nationale, puis Agadir, ville aux multiples attraits balnéaires.

Aujourd’hui, les responsables du tourisme mettent la capitale spirituelle en compétition, peut-être à tort, avec les deux autres destinations à coups de statistiques et d’indicateurs afin de mesurer et corriger son attractivité et ses performances touristiques. Bien entendu, on ne peut négliger l’indice de satisfaction qui assure à la fois la durée des nuitées et le taux de retour, à savoir la fidélisation du touriste, laquelle renseigne sur la performance de la destination et les recettes qu’elle engendre. Mais certains indicateurs sont arbitraires et peuvent induire en erreur, sachant que le concept du tourisme demeure intuitif, ambigu et incertain, son approche relevant de plusieurs disciplines qui vont de la sociologie à l’économie, en passant par la science politique et la géopolitique. Alors que les historiens, quant à eux, ne datent son émergence qu’à partir du XIXe siècle.

Que peut offrir une ville, musée à ciel ouvert, et la plus ancienne et plus grande cité piétonne du monde, aux touristes, internationaux et domestiques, qui s’y rendent ? Au voyageur solitaire sans bagages culturels comme au visiteur curieux des choses et des gens ? Comment retenir les uns et les autres et comment les faire revenir ? Faut-il leur offrir d’autres attractions, "trendy" et instagrammées, plutôt que celles, antiques et prestigieuses, que recèle déjà la cité et concevoir des lieux créés spécialement pour satisfaire leurs besoins : parcs modernes, malls, casinos, boîtes de nuits et autres restaurants gastronomiques aux chefs bardés d’étoiles Michelin venus de France et de Navarre ?  Autant d’interrogations que des députés, curieux et avisés, pourraient poser lors de ces séances expéditives et rébarbatives du mercredi.

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Le 31 janvier 2025 à 19h14

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