Feuilles d’Afrique. La France face à ses démons
Maltraitée au Sahel et mal-aimée au Maghreb, la France est en train de perdre définitivement son influence en Afrique.
Emmanuel Macron ne sait plus où donner de la tête. Largement préoccupé par l’invasion russe en Ukraine, il se trouve rattrapé par le cumul d’erreurs françaises sur le continent africain. Jadis une chasse gardée française, aujourd’hui l’Afrique rejette cette main basse sur ses richesses et prône une « véritable » indépendance.
La malédiction du Sahel
Le Mali représente aujourd’hui, pour Paris, ce casse-tête que la Guinée de Sékou-Touré constituait il y a un demi-siècle. Cette « dissidence » malienne présente un double risque à la présence française dans toute l’Afrique de l’Ouest à commencer par la bande du Sahel.
D'un côté, les clés du pays remises par le régime de Assimi Goïta à Moscou permettent à ce dernier de prendre officiellement pieds dans une zone historiquement et exclusivement française. C’est un grand camouflet de la diplomatie de Macron depuis qu’il est à l’Élysée.
D'un autre côté, Paris redoute l’effet de contagion qui commence déjà à se faire ressentir. Le virage vers la langue anglaise par le Gabon, un grand ami de la France, pose plusieurs questions pour lesquelles Paris ne fait aucun effort pour apporter des réponses et y remédier. Pis encore, Paris fâche même l’élite francophone africaine, relais culturel de sa langue et de son histoire, par une posture hautaine et arrogante notamment en matière de politique de visas.
Par ailleurs, la France s’embourbe davantage en soutenant des régimes autocrates et en avalisant des coups d’État, comme celui perpétré par Mahamat Idriss Déby au Tchad qui a étouffé dans le sang la révolution populaire contre la prise par la force du pouvoir. Une posture qui fait remonter les populations africaines contre une France perçue de plus en plus comme une puissance néo-coloniale qui pille leur richesse et qui s’insurge dans leur quotidien au mépris des droits de l’homme.
Ni Rabat, ni Alger
À force de feindre de jouer une certaine neutralité dans le conflit algéro-marocain, la France perd la sympathie des deux pays. En effet, cette position a poussé les deux pays, depuis cinq ans au moins, à chercher une diversification de partenariats qui atténuerait la domination française sur leurs économies.
Résultat des courses, l’Espagne devient le premier partenaire économique du Maroc, et l’Italie est en train d’accaparer les opportunités de business avec l’Algérie. Et comme cela ne suffisait pas, Paris a brandi ce qu’elle qualifie de « sanction par les visas », une humiliation qui ne passe ni à Rabat ni à Alger, et « une erreur stratégique » comme le qualifie, sous anonymat, un diplomate français en poste à Rabat.
Les conséquences de cette tergiversation française au Maghreb s’illustrent bien cette semaine. Le Roi Mohammed VI, dans un discours officiel, somme la France (sans la nommer) de prendre une position claire et nette dans le conflit du Sahara, comme les États-Unis, l’Espagne ou encore l’Allemagne, si elle veut continuer à compter sur Rabat comme un partenaire majeur. Le ton est on ne peut plus précis et déterminé.
Et dans trois jours, Macron s’envolera à Alger, officiellement pour atténuer la crise ouverte entre les deux pays depuis deux années, mais le pouvoir algérien sait pertinemment que le président français s’intéresse uniquement au gaz algérien dans un contexte géopolitique dominé par l’embargo européen sur le gaz russe, et en préparation à la saison du grand froid en Europe. Alger pourrait-elle pour autant faire plaisir à Paris au grand dam de son allié à Moscou ? Rien n’est moins sûr.
À défaut de transparence et de cohésion dans sa politique étrangère au Maghreb, il y a de fortes chances que Macron rentre à l’hexagone bredouille. Au même moment, l’abandon du FCFA par les pays de l’Afrique de l’Ouest n’est plus qu’une question de temps et Paris se verrait démunie d’une bonne réserve d’or placée dans ses coffre-forts parisiens, pour le compte de pays africains, depuis les années soixante.
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